Sur les îles grecques, la souffrance des migrants s’ajoute à la crise économique

Les îles de Grèce font face à deux urgences en même temps : la crise économique du pays et l'arrivée de migrants sur ses côtes.

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13 juillet 2015, 3:50pm

Photo par Thanassis Stavrakis/AP

VICE News regroupe ses articles sur la crise migratoire mondiale sur son blog "Migrants"

Alors que l'incertitude demeure en ce qui concerne la situation économique de la Grèce, ses îles accueillent des réfugiés qui continuent d'affluer sur les côtes.

Quelque 78 000 migrants sont arrivés en Grèce cette année — six fois plus que l'année dernière, selon l'Organisation des Nations Unies — et ce nombre augmente quotidiennement.

Les arrivées sur l'archipel grec sont déjà 50 pour cent plus élevées que pour l'ensemble de l'année 2014, a rapporté le Guardian, un nombre plus supérieur à celui des arrivées en Italie. Le nombre de migrants en quête de refuge en Union européenne a été 70 pour cent plus élevé les cinq premiers mois de 2015, par rapport à la même période l'année dernière.

Plus de la moitié des migrants qui atteignent les côtes grecques arrivent à Lesbos, selon Laura Padoan du Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU (UNHCR), qui a décrit à VICE News la pression toujours plus élevée qui pèse sur l'île.

Les moyens de transport sont limités, et certains réfugiés qui arrivent sur la côte nord de l'île sont forcés de parcourir 70 kilomètres à travers les montagnes avant de pouvoir être pris en charge par un centre d'accueil. Parmi eux, beaucoup sont des femmes avec enfants. « Nous sommes vraiment inquiets à propos de la situation pour les plus vulnérables » indique Padoan. Les habitants de l'île qui aident les migrants à se déplacer risquent d'être arrêtés pour « trafic d'êtres humains ».

Une fois que les nouveaux arrivants parviennent à traverser Lesbos, les structures d'accueil sont débordées. Les ressources ont été réduites de manière drastique. Le gouvernement gère plusieurs camps sur l'île — il y a près de 5 000 personnes entassées dans le camp de Kara Tepe.

À Lesbos, une grande partie de l'aide a été coordonnée par les insulaires qui ont de la compassion face au sort des nouveaux arrivants — majoritairement des Syriens fuyant la guerre civile. Des artistes locaux, des touristes et un chef de village nommé Thanassis Andreotis ont réagi en donnant de leur temps et en aidant à bricoler des abris. Pourtant, eux-mêmes sont frappés de plein fouet par la crise qui sévit actuellement en Grèce, et n'ont qu'un accès limité à des financements — la limite de retrait quotidien dans les banques grecques étant fixée à 60 euros pendant plusieurs jours à la fin du mois de juin et au début du mois de juillet.

L'UNCHR, Médecins du Monde et l'ONG grecque METAction font partie des organisations apportant l'aide de base, mais leur champ d'action est également limité par l'incapacité d'accéder à l'argent, selon Padoan.

Les salaires du personnel travaillant dans les centres d'accueil n'ont pas encore été versés. Plus tôt la semaine dernière sur la plus petite île de Samos, située plus au sud, l'armée grecque est intervenue afin d'assurer la continuité de l'aide alimentaire.

Située à seulement 9,6 km de la Turquie, à l'est de la mer Égée, Lesbos ne représente qu'un voyage relativement court pour ceux qui tentent de rejoindre l'Europe, mais cela reste très dangereux, ne serait-ce qu'à cause de l'état toujours plus désastreux des bateaux utilisés par les migrants, selon Padoan.

« Certains arrivants ont raconté avoir passé seulement 20 minutes en mer avant que l'eau ne commence à pénétrer dans leur bateau » a-t-elle expliqué. La majorité de ceux qui font le voyage le font de nuit.

Mardi 7 juillet, 19 personnes seraient mortes en mer, entre la Turquie et la Grèce, après que leur bateau a chaviré. Il s'agit de la tragédie la plus importante impliquant des migrants depuis mai. 

Suivez Sally Hayden sur Twitter : @sallyhayd

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