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Crime

La police de Tokyo s’attaque au business des jeunes lycéennes à vendre

Le marché du « joshi kousei » (soit des « jeunes lycéennes ») a le vent en poupe au Japon. Cela peut aller d’une simple promenade, en passant par l'achat de photos coquines de ces lycéennes, et jusqu'à la relation sexuelle tarifée.
14.1.16
Photo de Nobutaka Shirahama/VICE News

Quand une enquêtrice de l'ONU en visite au Japon a condamné le pays pour son manque d'implication dans la lutte contre l'exploitation sexuelle des enfants, elle n'a pas manqué de faire référence au business du « JK ».

Ces deux lettres tiennent pour « joshi kousei » soit « jeunes lycéennes ». Le marché du JK est multiple : cela peut aller d'une simple promenade avec une jeune fille, en passant par l'achat de photos coquines de ces lycéennes, et jusqu'à la relation sexuelle tarifée.

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Après les déclarations de l'enquêtrice onusienne — Maud de Boer-Buquicchio est la rapporteuse des Nations unies sur la vente d'enfants, la prostitution infantile et la pédo-pornographie — le gouvernement japonais avait demandé qu'elle retire ses propos.

Mais de son côté, la police locale semble réagir quelque peu différemment. Le Tokyo Metropolitan Police Department (TMPD) vient en effet de créer un décret pour réguler le marché du JK dans la mégalopole de 13 millions d'habitants.

Des sources policières ont confié à VICE News que le JK est un foyer de prostitution et que les cas de jeunes filles qui souffrent d'abus sexuel sont fréquents. De plus, rentrer dans le business du JK est souvent un pont vers l'industrie du sexe. L'année dernière, le TMPD a perquisitionné les locaux de 4 établissements de JK. Les entreprises étaient soupçonnées de violer les lois de protection des enfants et d'autres délits en tout genre. Suite aux perquisitions, au moins dix lycéennes ont été placées en détention, pour leur propre protection.

Le problème est que les établissements qui pratiquent le JK changent régulièrement de noms et d'adresses, compliquant le travail de la police. De plus, les lois existantes fournissent une belle marge de manoeuvre à ces entreprises. Comme VICE News l'expliquait l'année dernière, les établissements de JK essayent de contourner la loi de toutes les manières possibles. Par exemple, elles donnent du « travail » à faire aux jeunes filles — comme s'adonner à l'origami.


Regardez le reportage de VICE News Des écolières à vendre au Japon.

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Le TMPD va constituer un panel d'experts pour mettre en place la législation la plus efficace possible. Pour cela, les experts vont se baser sur un décret de la préfecture d'Aichi (centre du Japon), qui a été la première — et jusqu'ici la seule — préfecture du pays à viser le business du JK. Aichi est aussi le fief des Yamaguchi-gumi Kodo-kai, une des factions les plus puissantes des yakuzas, qui sont connus pour faire tourner des salons de message à visée sexuelle et animés par des mineures.

Le nouveau décret d'Aichi sur la protection des mineurs a pris effet en juillet dernier. Avec cette nouvelle loi, chaque entreprise, qui emploie des filles de moins de 18 ans, qui portent des costumes (type écolières ou bonnes), et qui s'occupent de clients, est considérée comme un « fournisseur de services nocif » et devient sujet à une réglementation.

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La définition des établissements de JK faite par la préfecture d'Aichi montre à quel point le business du JK est varié et omniprésent. D'après la loi, sont considérées comme établissement de JK, les entreprises qui emploient des filles de moins de 18 ans qui :

  • permettent aux clients de regarder dans leurs chambres grâce à des miroirs sans tain dans des « clubs d'observation ».
  • sont habillées avec des sous-vêtements ou des maillots de bain quand elles travaillent en tant que serveuses ou danseuses.
  • servent de l'alcool.
  • discutent et jouent avec des clients sur rendez-vous.
  • massent des clients dans des salles privées.
  • se promènent avec des clients lors de « rendez-vous galants ».
  • nettoient les maisons de clients.
  • portent des costumes et laissent les clients prendre des photos d'elles.

La première entreprise à être punie à Aichi est le Studio Ee installé dans la ville de Nagoya, qui se faisait surnommer « Club d'Excursion Scolaire ».

« Je pensais que ce qu'on faisait était okay, » aurait dit à la police le propriétaire de 51 ans du Studio Ee, quand il s'est fait arrêter en septembre dernier. « J'étais devenu un peu insensible à tout ça. »

Au Studio Ee, les clients regardaient des filles à travers un miroir sans tain et choisissaient quelle fille ils voulaient observer de plus près. Les filles choisies se rapprochaient ensuite du miroir, relevaient leurs jupes et se mettaient à quatre pattes. Certaines filles se masturbaient ou le simulaient.

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Une des filles qui travaillait ici avait apparemment 17 ans et a déclaré qu'elle aurait commencé à travailler ici pour financer ses études. Au Japon, de plus en plus d'enfants vivent dans la pauvreté, et ils sont nombreux à ne pas pouvoir payer pour leurs études supérieures.

Le décret de la préfecture d'Aichi ne prévoit pas de lourdes peines pour ceux qui enfreignent la loi : ils peuvent voir leurs établissements fermés pendant 6 mois maximum, et ceux qui se font prendre pour la seconde fois risquent au pire un an de prison et 3 900 euros d'amende.

« Même si les criminels sont jugés coupables, les peines sont extrêmement clémentes, » a déclaré De Boer-Buquicchio lors d'une conférence de presse en octobre dernier. « Cette atmosphère d'impunité doit changer. »

La police de la préfecture d'Aichi a confié à VICE News que la loi est efficace. Ils ont enquêté sur 168 établissements soupçonnés de mauvaises pratiques, et ont demandé à 58 d'entre eux de se reprendre — sous peine de se voir condamnés. Depuis que la loi est rentrée en application, il n'y a pas eu un cas confirmé de filles de moins de 18 ans travaillant dans un établissement de JK.

Le TMPD espère imposer des peines plus lourdes qu'à Aichi.

Shihoko Fujiwara, qui dirige l'association Lighthouse qui vient en aide aux victimes du business du JK, estime que le décret ne va pas assez loin.

« C'est triste que la société japonaise a accepté que le marché du JK se développe dans un premier temps, » explique-t-elle. « Le Japon traite la vente de mineures en tant qu'objets sexuels comme quelque chose de parfaitement normal, et il faut que cela change. J'espère que Tokyo va réussir à mettre au point un décret bien conçu. »

Le TMPD table sur une mise en place du nouveau décret d'ici la fin de l'année.

Mari Yamamoto a contribué à la rédaction de cet article.

Suivez Jake Adelstein sur Twitter : @jakeadelstein