vie extraterrestre

Les extraterrestres au service de la technologie moderne

La croyance en une intelligence non humaine connaît une hausse sans précédent et inspire de nombreux entrepreneurs en technologie.

par D.W. Pasulka; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
03 Avril 2019, 7:21am

Illustration : Johanna Burai

J’ai rencontré Thomas* par l'intermédiaire d'un ami commun. Thomas est quelqu’un que l’on peut considérer comme « normal » : ingénieur biologiste chevronné, il a une femme et un enfant. Le week-end, il aime faire de longues balades et aller au restaurant. Dans le cadre de son travail, il crée des technologies révolutionnaires qui aident les personnes malades. Il a déjà développé un implant sur lequel sont gravés des lasers et codé de manière à ce que le corps du receveur le reçoive comme une partie de son propre tissu, et non comme un agent étranger. Il a également développé une méthode pour soulager la douleur chez les patients cancéreux à partir de cellules-souches anciennes. Mais Thomas n’aime pas dévoiler publiquement l’inspiration derrière certains de ses développements les plus performants. Pourquoi ? Parce que Thomas ne serait plus considéré comme quelqu’un de normal. Ses idées, me dit-il, viennent d’une « intelligence non humaine ». En d’autres termes, ses idées ne sont pas les siennes, ni celles d’un autre être humain. Ses idées viennent d'une source surnaturelle, peut-être extraterrestre.

Son protocole de recherche pour l’implant, par exemple, n’était pas transparent. Thomas n'a jamais dit aux scientifiques recrutés dans son équipe d’où lui était venue l'idée de sa nouvelle technologie. « D’abord, ils auraient pensé que je suis fou, dit Thomas. Ensuite, et plus important encore, s’ils avaient su la vérité, ils n’auraient jamais voulu réaliser ma vision, car elle ne correspond pas à leur vision du monde. Alors, j’ai préféré garder cet aspect secret. »

« Nous sommes peut-être sur le point de prendre un grand tournant. Notre société commence lentement à comprendre que l’idée d’une vie extraterrestre n’est pas si peu scientifique »

Depuis les toutes premières observations d’ovnis, les gens qui croient à ce phénomène sont qualifiés d’« hurluberlus », de marginaux. Le physicien Stephen Hawking était un célèbre représentant de ce point de vue critique. Et pourtant, des esprits brillants récompensés par le prix Nobel, comme le mathématicien John Nash et le biochimiste Kary Mullis, rapportent des rencontres de nature extraterrestre. Même Richard Dawkins, célèbre biologiste de l’évolution à l’université d’Oxford, connu pour son athéisme affirmé, a suggéré que notre civilisation humaine pourrait être extraterrestre. Mais la croyance aux extraterrestres ne s’arrête pas aux salles de classe des grandes universités : selon des recherches effectuées par des psychologues, elle devient de plus en plus commune. En effectuant mes recherches pour mon livre American Cosmic : UFOs, Religion, Technology, j’ai constaté que cette croyance autrefois en marge était désormais la nouvelle tendance, en particulier chez les technopreneurs (entrepreneurs qui utilisent la technologie pour innover ou répondre à un besoin) comme Thomas. Cela m’a beaucoup aidée à comprendre pourquoi la croyance en une intelligence non humaine exerce une influence de plus en plus grande sur notre société, et pas seulement dans le secteur du divertissement.

Jacques Vallée est sans doute le premier technopreneur à avoir exprimé ouvertement sa croyance aux ovnis. Cet informaticien et ufologue a ensuite travaillé sur ARPANET (l’ancêtre d’Internet), un programme financé par l'armée. En parallèle de cette nouvelle technologie, il a expérimenté ce qui est communément considéré comme une pseudoscience : la télépathie. Vallée s’est fait tellement connaître pour son étude des ovnis que Steven Spielberg l’a embauché comme consultant sur le tournage de Rencontres du troisième type (le scientifique français interprété par François Truffaut dans le film est inspiré de Vallée). Vallée a ainsi ouvert la voie à une multitude de scientifiques et biotechnologues de la Silicon Valley qui attribuent leurs succès à une technologie extraterrestre, que ce soit par le biais d’artefacts trouvés sur de soi-disant sites de crash d’ovni ou d’informations qu’ils ont « téléchargées mentalement ».

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Rizwan Virk, expert en jeux video, technologue et investisseur, confirme cette nouvelle tendance concernant la croyance et les pratiques associées aux ovnis. Dans un article publié sur le site Hacker Noon, il écrit qu’il s’est personnellement entretenu avec des chercheurs d’universités prestigieuses (Stanford, MIT, Harvard) qui ont vu des artefacts extraterrestres de leurs propres yeux. J’ai moi-même rencontré de tels chercheurs lors de mes recherches. J'ai même accompagné plusieurs d'entre eux lors d'une expédition sur le site d’un crash d’ovni au Nouveau-Mexique. Ils m’ont seulement dit que ce n'était « pas Roswell », mais je ne saurais vous dire où, exactement, nous étions, car j'avais les yeux bandés.

Si vous y réfléchissez, il n’est pas étonnant que, même dans la Silicon Valley, des entrepreneurs et des scientifiques croient en une vie extraterrestre, ou même en une technologie extraterrestre. Les croyances religieuses et spirituelles sont des produits de leur environnement. Notre réalité moderne repose sur des environnements numériques qui génèrent de nouvelles formes de croyances, n’en démontre le Jediisme, une religion basée sur le code Jedi de Star Wars. La croyance omniprésente selon laquelle les ovnis et les extraterrestres existent nous a été communiquée non seulement par des livres (comme les religions traditionnelles), mais également par des films, des téléphones et des ordinateurs.

Nous sommes peut-être sur le point de prendre un grand tournant. Notre société commence lentement à comprendre que l’idée d’une vie extraterrestre n’est pas si peu scientifique. Les scientifiques de la NASA sont convaincus qu’ils peuvent trouver la vie sur d’autres planètes, même sous forme microbienne. C’est son éventuelle « vérité » qui distingue cette croyance des religions traditionnelles. Les chrétiens et les musulmans n’attendent pas de preuve scientifique à l’existence de Dieu. Avec les ovnis, la preuve est simplement différée.

« Dans les années 1990, il a commencé à enquêter sur les personnes qui disaient être en contact avec des extraterrestres. Il a tenu compte de toutes les exigences scientifiques de son domaine et a conclu que ses sujets étaient normaux »

Et pourtant, même avec la possibilité de trouver de la vie ailleurs dans l'univers, les acteurs clés de cette nouvelle forme de religiosité continuent d'opérer dans l'ombre. La raison du secret de Thomas et des autres est ce que j’appelle « l’effet John Mack ». Le Dr John Mack était un chercheur en psychiatrie de Harvard, récompensé par le prix Pulitzer. Ses références et ses travaux de recherche antérieurs l'ont placé dans une catégorie rare, celle des universitaires ayant atteint le summum de la réussite scolaire. Dans les années 1990, il a commencé à enquêter sur les personnes qui disaient être en contact avec des extraterrestres. Il a tenu compte de toutes les exigences scientifiques de son domaine et a conclu que ses sujets étaient normaux à tous points de vue, c’est-à-dire qu’ils étaient ni délirants ni malades. Le livre qui en a résulté, Abduction: Human Encounters with Aliens, est rapidement devenu un best-seller, mais a incité Harvard à lancer une enquête interne sur le travail de Mack. Les responsables se demandaient ce qui l’avait poussé à étudier des gens qui croyaient à de telles choses.

Les recherches de Mack ont mis sa carrière en péril, et la publicité générée par le livre ainsi que l’enquête de Harvard l’ont fait passer pour un fou. Alan Dershowitz, avocat et professeur à la Harvard Law School, s'est progressivement intéressé à la notion de liberté académique. Dershowitz faisait partie des nombreux universitaires à avoir défendu publiquement Mack. Bien que les recherches de Mack se soient avérées fructueuses, sa réputation en a pris un coup. Par conséquent, aucune bourse n’a été attribuée pour la recherche sur les ovnis. Personne ne voulait risquer sa réputation en étudiant le phénomène.

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Mais quelle « nouvelle technologie » finira par peupler d'autres planètes, galaxies ou univers ? Lors d'une récente conférence au Consortium for Space Genetics de la Harvard Medical School, il a été dit que les humains sont les mieux adaptés à l’exploration spatiale, notamment ceux dont le cerveau est sensible aux formes de savoir non traditionnelles ; ceux qui ont la capacité de reconnaître des choses surnaturelles ; ceux qui ont une sorte de sixième sens, en somme. Dans sa présentation, Garry Nolan, biologiste moléculaire spécialisé en génétique à l'université de Stanford, a qualifié ces cerveaux d’« hyper ». Il a expliqué que l'exploration spatiale était semée d'embûches, comme le rayonnement ou la lenteur de propulsion des fusées. En raison de ces facteurs dissuasifs, la NASA se concentre de plus en plus sur les véhicules mobiles et autres technologies de découverte. Nolan est convaincu que les personnes capables de prendre les bonnes décisions en une fraction de seconde devraient entreprendre l’exploration des destinations extraterrestres.

Curieusement, ou peut-être à juste titre, ce concept d'hyperintuition nous ramène à Vallée. Il a décrit le « discernement » comme étant l'une des méthodes de recherche les plus efficaces pour aborder le sujet des ovnis. Le « discernement » désigne la capacité de l’esprit à juger clairement et sainement des choses sans disposer d'informations pertinentes. Mais remontons dans l’histoire : le terme dérive du grec aisthesis, ou perception morale, qui décrit le processus de suppression de toute distraction jusqu’à ce que la vérité soit déchiffrée. Dans son travail, Nolan établit un lien entre l’aisthesis et un corrélat réel dans le corps humain, qui peut éventuellement être modifié ou, comme le suggèrent les recherches de Thomas, amplifié. Pour ces scientifiques, les frontières entre le corps humain et la technologie sont de moins en moins perceptibles.

Où cette admiration pour l’intelligence non humaine nous mènera-t-elle ? Les nouvelles approches religieuses et spirituelles incluent la technologie, l’avenir et le potentiel d’infrastructures presque inimaginables dans l’espace et sur la Terre. Et nous avons affaire à une nouvelle forme de religion, qui ne repose pas uniquement sur la foi, mais également sur la possible véracité de ses thèses. Ou, comme le dit Vallée : l'absurdité manifeste de ces thèses ne signifie pas qu'elles sont fausses.

*Le prénom a été changé.

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