À bord du train le plus long, le plus lourd et le plus lent du monde

Profitant du transport gratuit, des hommes et leurs bêtes montent sur le Douira pour un trajet de 20 heures en direction de Nouadhibou au nord-ouest de la Mauritanie.

|
15 avril 2019, 7:09am

Photos: Léo Coulongeat

Pendant longtemps, la Mauritanie avec ses océans de dunes, ses caravanes de chameaux, ses cités de pierre et ses palmeraies, a été une destination privilégiée des fous de désert. Dans le sillage d'Antoine de Saint-Exupéry – qui s’est écrasé dans la région alors qu’il travaillait pour l’aéropostal en juillet 1944 – et de Théodore Monod, célèbre explorateur français du XXe siècle, les marcheurs s’aventuraient entre ergs, canyons et oasis, jusqu’à ce qu’un attentat en 2007 rende ce désert inaccessible, menace terroriste oblige.

Douze ans plus tard, il se rouvre doucement aux voyageurs ce qui permet de faire renaître l'espoir au pays des Maures. Sans revenu touristique, la population mauritanienne d'environ 4 millions d'habitants, vit dans des conditions difficiles. Les ressources du pays proviennent principalement des richesses naturelles de cette zone coincée entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne.

A l’Ouest, la côte mauritanienne est l’une des plus poissonneuses au monde. Très convoitée, la Chine s’est offert un accès privilégié à ces zones de pêche en échange d’infrastructures portuaires. A l’Est, la principale richesse nationale se trouve dans une mine au milieu du désert. L’industrie minière correspond à un tiers des recettes budgétaires du pays. Depuis le départ du tourisme c’est le fer qui se trouve dans ces mines qui régit la santé financière du pays et de ses habitants. Entre ces deux zones, le plus grand désert du monde, le Sahara, traversé par une ligne ferroviaire unique en son genre. Véritable veine principale de la Mauritanie, elle est parcouru par un train transportant le minerai. Certains l’appellent Douira, c’est le train le plus lourd, le plus long et le plus lent au monde.

« Assis sur le minerai, des hommes sont exposés à des températures qui dépassent les 45 degrés en été, bercés par l'entrechoquement métallique des 200 wagons, et le bêlement des chèvres »

Trois trains transportent trois fois par jour une cargaison de 17 000 tonnes de fer chacun à destination du port de Nouadhibou pour l’exportation. Ce qui rend ce train particulier, ce sont les voyageurs qui cohabitent avec le fer, dans des conditions extrêmes. Profitant du transport gratuit, des hommes et leurs bêtes montent sur le train pour un trajet de 20 heures durant lequel ils noircissent au fil des kilomètres. Assis sur le minerai, ils sont exposés à des températures qui dépassent les 45 degrés en été, bercés par l'entrechoquement métallique des 200 wagons, et le bêlement des chèvres.

Pourtant, les voyageurs de cette caravane inédite ne se plaignent jamais. Il y a même une solidarité naturelle qui se nouent entre des pêcheurs, des éleveurs et des cadres d’entreprise. Et pour cause, ils risquent tous leurs vies dans ce train où la moindre chute vous laisse seul au milieu du Sahara, mort.

Les photos ci-dessous :

1553078420417-DA4
1553078439200-DA5
1553099443667-IMG_1337
1553078296378-DA7
1553079899982-DA26
1553074950800-DA3
1553075036253-DA11
1553075339273-DA14
1553074913954-DA27
1553076167918-DA35
1553075767248-DA15
1553075788986-DA37
1553076596454-DA32
1553076023486-DA18
1553076051585-DA16
1553075134443-DA20
1553074771163-DouiraB-3
1553075213974-DA22
1553076229728-DA23
1553075698307-DA2
1553075518174-DA30
1553075537800-DA29
1553075889201-DA10

VICE France est aussi sur Twitter, Instagram, Facebook et sur Flipboard.

Plus de VICE
Chaînes de VICE