Image publiée avec l'aimable autorisation de Samuel Buton 

Rugby : le Stade rochelais côté vestiaires

Alors qu'il affronte Montpellier ce dimanche 8 avril dans la 23ème journée du Top 14, retour sur l'immersion menée par le photographe Samuel Buton dans les coulisses du club.

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avr. 5 2018, 11:31am

Image publiée avec l'aimable autorisation de Samuel Buton 

Rochelais et passionné de rugby, le photographe Samuel Buton a eu l'idée de raconter, en images, les coulisses de son club de coeur. Pendant deux saisons, tandis que l'ASR bondissait d'un coup, et à la surprise générale, au sommet de la hiérarchie du rugby français, Samuel Buton a glissé son objectif dans les vestiaires, les salles de muscu et les allées du stade. Son livre auto-édité, Hors champ, raconte l'envers du décor en 180 clichés. Aucune photo de sport, mais des instants de vie shootés au plus près des corps et des visages.
Interview avec un

VICE : Comment avez-vous réussi à convaincre le club de La Rochelle de vous ouvrir ses portes ?
Samuel Buton :
De façon très simple. J’ai rédigé un synopsis de mon projet, puis je suis allé rencontrer le président du club Vincent Merling. Je lui ai exposé mon idée qui était, non pas de faire des photos de sport, mais de raconter les coulisses du club, de témoigner de l’atmosphère particulière du Stade rochelais en mettant l’humain en avant. Quelques semaines plus tard ,j'ai pu rencontrer Patrice Collazo, l’entraîneur de l’équipe première.

Pouvez-vous rappeler dans quelle situation se trouvait l’équipe à cette époque-là ?
Nous étions en septembre 2015, elle venait de revenir en Top 14 et avait lutté toute la saison pour conserver sa place dans l’élite. Mais je voulais moins parler des performances du club que poser un regard sensible et poétique sur le rugby.

Les supporters du Stade rochelais sont appelés les bagnards.

Comment s’est passé votre premier jour au club ?
C’était lors d’une séance d’entraînement. Je suis évidemment arrivé à tâtons. Patrice m’a fait visiter les bureaux, les vestiaires, la salle de muscu… Je n’ai pas tout de suite sorti l’appareil. J’ai d’abord observé, et puis, progressivement, j’ai commencé à prendre quelques photos. Ce n’est pas forcément aisé de débarquer comme ça devant quarante bonhommes. Heureusement, certains d’entre eux m’ont tout de suite mis à l’aise. Je pense à Julien Audy [demi de mêlée du Stade rochelais entre 213 et 2016, ndlr] par exemple, qui n’était jamais le dernier à déconner…

Et ensuite, avez-vous réussi à vous fondre dans l’équipe ?
Pour tout dire, je ne savais pas du tout combien de temps j’allais pouvoir rester. Dans mon esprit, c’était un projet au long cours, mais je savais qu’en fonction des résultats ou de l’humeur de Patrice, cela pouvait s’arrêter à tout moment.

Parce que l'entraîneur Patrice Collazo a un caractère disons...spécial ?
Qu’il ait du caractère, ça, tout le monde peut l’observer. Autour de lui, j’entendais les gens dire : « Ça ne va pas être simple de te faire accepter par Collazo ». Pourtant, deux ans après j’étais encore là !

Le Néo-Zélandais Jason Eaton, ancien All Black, est un taulier du vestiaire.

Finalement, vous avez pu travailler pendant deux saisons entières, dont la dernière conclue par la demi-finale du Top 14. Avez-vous vu les joueurs changer durant cette année faste ?
On a senti très rapidement qu’il était en train de se passer quelque chose. Moi, je me disais : « Ce n’est pas possible, ça ne va pas tenir ! » Les mecs se sont mis à gagner un match, puis deux matchs à l’extérieur. Un déclic s’est produit. Pour moi, c’était génial. Je me suis trouvé plus à l’aise parce qu’il y avait une super ambiance dans le groupe.

Avez-vous eu l’impression de faire pleinement partie de l’aventure ?
« Pleinement », c’est un peu exagéré parce que j’ai aussi toujours cherché ma place. J’ai toujours été partagé entre la sensation de rater des photos et au contraire, d’être parfois trop intrusif. Je me souviens par exemple de mon tout premier match. Ce jour-là, Gabriel Lacroix, trois quarts aile rochelais, s’est blessé et je suis allé le prendre en photo alors qu’il était sur le banc. Sur le coup, je me suis dit : « Putain, il ne me connaît pas, il va m’en vouloir ». D’autant que je travaille souvent avec des optiques fixes, du 35 mm, qui oblige à être près du sujet. Mais finalement, cela s’est très bien passé.

Quel le message vouliez-vous transmettre avec ce livre ?
En matière de rugby, il est souvent question de guerriers, de soldats… J’ai voulu prendre le contre-pied de ces discours en montrant qu'ils ne sont, finalement, que des hommes. Le sport fait naître des figures de super-héros et je ne crois pas que ce soit vraiment profitable, ni pour les joueurs, ni pour le rugby. Je pense que cela sert d’abord le « spectacle » et l’inquiétante vague de surenchère qui l’accompagne.

L'ailier Gabriel Lacroix, félicité par son président Vincent Merling après un match.

C’est-à-dire ?
J’ai vraiment souhaité m’en tenir à ce côté humain du rugby. Les joueurs se trouvent très vite pris dans le tourbillon médiatique, ils évoluent dans un jeu de communication en permanence. Le fait d’être proches d’eux à certains moments m’a aussi permis de porter un regard différent. Je suis maintenant beaucoup plus tolérant et j’ai du mal à critiquer un mec lorsqu’il lui arrive de moins bien jouer.

Vous êtes passionné de rugby mais n’avez jamais travaillé dans le milieu sportif. Qu’avez-vous découvert en suivant La Rochelle ?

J’ai sincèrement été surpris par l’implication de Patrice Collazo. Il est à 300%, tout le temps. A chaque fois qu’on prenait rendez-vous, il était là et il voulait se tenir au courant de l’avancée du projet. Il vit tellement les choses à fond que je me suis demandé plusieurs fois comment il faisait pour tenir ce rythme…

Comment se passaient pour vous les jours de match ?
Depuis le bord du terrain, j’avais beaucoup de mal à ne pas suivre les actions et à garder mon calme. Je suis aussi un supporter de l’ASR ! Dans les moments cruciaux, j’étais partagé entre le fait de me concentrer pour prendre la bonne photo et celui de ne rien rater de la grosse occasion d’essai. En réalité, je devais être le seul photographe au bord du terrain qui tournait le dos au jeu pour saisir ce qui se passait dans les tribunes (sourire). Cela faisait bien marrer mes potes quand ils assistaient aux matchs…

Patrice Collazo, euphorique en fin de match

Vous souvenez-vous d’une anecdote amusante ?
Oui, il y en a beaucoup ! Un jour, lors d’une séance de muscu, Qovu a pris mon appareil et j’ai échangé sa place en me mettant au développé-couché... Je déconne, j’ai passé mon tour. Bon, c’était marrant surtout pour lui ! Sinon, j’ai bien aimé le flegme de Gourdon et de Lacroix. Il pourrait y avoir un tremblement de terre qu’ils ne seraient pas perturbés. Et puis, je retiens ce jour où Vincent Merling est entré dans le vestiaire avec une glacière à la fin du match…

Pourquoi donc ?
Lors de la rencontre précédente, un match de Challenge Cup à Gloucester (perdu 14-35), en décembre 2016, une vidéo avait montré Collazo fou de rage à la mi-temps, tapant du pied dans une glacière. Cette vidéo avait pas mal tourné ensuite… Alors, Vincent Merling, au match suivant, a apporté une glacière dans le vestiaire sur laquelle il avait scotché le mot : « Aïe » ! C’était très drôle et les joueurs étaient hilares.

Gardez-vous aussi de moins bons souvenirs ?
Disons que j’ai moins aimé le jeu du chat et de la souris avec la sécurité et les gens de la Ligue les jours de match. Même avec une accréditation, c’était parfois compliqué en raison des droits à l’image, de la présence des caméras de Canal +… Parfois, Collazo me disait de venir dans le vestiaire mais je n’arrivais pas jusqu’à lui. Je me suis fait attraper plusieurs fois.

Patrice Collazo, avant un match

Pourquoi avoir choisi le noir et blanc exclusivement ?
Pour une raison purement esthétique. Il y a évidemment beaucoup de jaune dans le stade Marcel-Deflandre et j’aurais trouvé un peu répétitif que cette couleur illustre chaque page du livre.

« Hors champ », en vente à la boutique du Stade rochelais, dans les librairies de la région ou directement sur le site de Samuel Buton

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