Culture

Une entreprise tenue par des évangéliques accusée d'avoir acheté des oeuvres pillées en Irak

Hobby Lobby est soupçonnée d'avoir acheté 5 500 objets antiques pour une valeur de 1,6 million de dollars.
Mack Lamoureux
Toronto, CA
7.7.17
Steve Green, le président de Hobby Lobby, et une tablette. (Photos via le Département de la justice américain and le musée de la Bible)

Hobby Lobby se retrouve aux prises avec la justice américaine pour avoir fait rentrer en contrebande des objets antiques pillés. Parmi ces objets, on trouve « une collection de manuscrits, d'antiquités et d'autres matériaux culturels d'une importance historique non-négligeable. »

« Ces artefacts en argile sont originaires d'un territoire aujourd'hui couvert par l'Irak. Ils ont été expédiés – par voie de contrebande – vers les États-Unis en passant par les Émirats arabes unis (EAU), ce qui est contraire à la loi fédérale [américaine], » peut-on lire dans le communiqué.

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Pourtant en 2009, un avocat avait indiqué à l'entreprise que « l'acquisition de biens culturels, émanant probablement d'Irak – dont des tablettes cunéiformes et des sceaux-cylindres – comporte un risque : ces objets ont pu être volés sur des sites archéologiques en Irak. »

Hobby Lobby a décidé de ne pas tenir compte de cet avertissement, et l'année suivante ils ont acheté 5 500 artefacts pour un montant de 1,6 million de dollars. Cet achat présentait pourtant des risques, selon le Département de la justice. L'entreprise a ensuite expédié les artefacts en utilisant une documentation incorrecte, en désignant les objets comme des « carreaux céramiques » et des « échantillons ». Bridget M. Rohde, la procureure des États-Unis pour le District est de New York, a déclaré que les collectionneurs étaient responsables de s'assurer que leurs achats étaient réalisés dans les règles.

« Si ce n'est pas le cas, et que les expéditeurs utilisent de fausses déclarations pour faire rentrer illégalement ces propriétés sur le sol américain, ce Bureau et nos partenaires des forces de l'ordre découvriront la fraude et saisiront la marchandise, » a dit Rohde.

L'entreprise va devoir payer 3 millions de dollars pour cet imbroglio, et la justice américaine a intenté une action au civil.

Ce n'est pas la première fois qu'Hobby Lobby, une entreprise gérée par une famille des milliardaires évangéliques, se trouve sur le devant de la scène judiciaire. L'entreprise s'est notamment fait connaître en 2014, quand ils ont remporté une bataille devant la Cour suprême lors du cas Burwell v. Hobby Lobby. L'entreprise a réussi à montrer à la cour qu'ils n'étaient pas contraints de fournir un moyen de contraception à leurs employés, en raison de la liberté de culte.

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La famille Green n'a jamais été très discrète sur sa collection d'artefacts antiques. En 2016, The Atlantic rapportait que la collection des Green était « l'une des plus importantes collections privées au monde, comprenant 40 000 objets – dont une bonne partie est inconnue des spécialistes. » The Daily Beast indiquait en 2015 que la famille était sous le coup d'une enquête depuis 2011, pour des faits similaires de pillage.

Dans un communiqué, l'entreprise s'est défendue en disant qu'ils étaient nouveaux dans le monde des collectionneurs. « L'entreprise aurait dû être plus précautionneuse, » a déclaré le président, Steve Green.

La famille Green avait pour projet d'ouvrir un musée en novembre prochain pour montrer leur collection. Difficile pour le moment de savoir si cette affaire judiciaire va faire dérayer leur plan.


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