élections européennes

Les jeunes Européens veulent sauver la planète, pas fermer les frontières

On est retourné à la grève scolaire mondiale pour le climat. La bonne nouvelle, c’est que les grévistes sont moins cons que les adultes. La mauvaise, c’est qu’ils n’ont pas encore le droit de voter.

par Theo Englebert
27 Mai 2019, 8:00am

Photos de Théo Englebert pour VICE FR

« Sécher pour le climat, c’est la vie qu’on mène », a écrit Carole-Anne sur sa pancarte. Déjà présent dans les slogans du 15 mars, le rappeur Ninho a décidément la cote dans les manifs des jeunes pour le climat. « J’aime bien Ninho, je voulais qu’il soit sur ma pancarte », explique la lycéenne de 15 ans en seconde au Lycée Carnot dans le 17e arrondissement. Les ados qui mettent en avant leurs propres références culturelles ne perdent pas le nord. Derrière les pancartes qui rivalisent d’originalité et d’humour : de solides convictions. « Il faut mettre en place une transition écologique en sortant du nucléaire, remplaçant les énergies fossiles par des énergies renouvelables », enchaîne Carole-Anne.

La deuxième grève mondiale des jeunes pour le climat a réuni plus d’un million de collégiens et de lycéens à travers le monde. Ils étaient 15 000 à Paris, soit 50 % de moins que le 15 mars. Alors qu’ils ont été largement éclipsés par les « gilets jaunes » dans les médias, la détermination des jeunes force l’admiration. À la veille des élections européennes, ils espèrent être enfin entendus par les adultes et par les politiques en particulier. Lucides et conscients des priorités, ils portent un regard aiguisé sur le monde des adultes. Les grévistes ne se font pas d’illusions sur les motivations des partis politiques qui ont opportunément rejoint leur cortège ni sur la sincérité des discours écologistes qui fleurissent jusqu’à l’extrême droite du spectre politique.

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LOL.

« Si on manifeste, c’est pour notre avenir parce qu’on sait que ça nous touchera, nous et nos enfants », expose Luna, 17 ans en première littéraire au lycée Gustave-Eiffel de Gagny (93). Pour elle, on ne peut pas faire reposer l’écologie uniquement sur les épaules des consommateurs. « Arrêter d’acheter du Nutella c’est bien, mais il faut arrêter d’en vendre en fait. Certes, ça génère de l’argent, mais on détruit des forêts entières. », s’insurge-t-elle. Les Français engloutissent plus d’un quart de la production mondiale de Nutella. Le géant agroalimentaire italien Ferrero qui possède la célèbre pâte à tartiner fait partie des entreprises épinglées par Greenpeace l’année dernière pour sa responsabilité dans la déforestation en Asie du Sud-Est. En cause : les méthodes de production d’huile de palme contenu en grande quantité dans ce produit. Conséquence : l’augmentation du nombre d’espèces en danger comme nos plus proches cousins les Orangs-outans. Pour Luna, les parlementaires européens ont un rôle à jouer. « C’est au niveau européen que les gens doivent arriver à se mettre d’accord pour réduire toute cette consommation », conclut-elle.

Elle n’est pas la seule à trouver que le monde actuel ne tourne pas rond. Beaucoup de jeunes sont sidérés par les décisions de leurs aînés. « Le plastique, c’est inutile et c’est du gâchis. Ce qu’il s’est passé avec Notre-Dame ça prouve qu’on a les moyens d’enlever tout le plastique de la mer. Pourtant ils ne le font pas... », se désole Aude, 16 ans, en seconde au lycée La Bruyère à Versailles (78). Un mois après l’incendie de la cathédrale parisienne, les entreprises avaient déjà donné presque un milliard d’euros pour financer sa reconstruction. Un sens des priorités ahurissant aux yeux des jeunes grévistes.

Aurélien et son slogan à double sens
Aurélien et son slogan à double sens.

« À l’eau les politiques ! » C’est le message d’Aurélien, 16 ans, au lycée Rabelais à Meudon (92). « Nous, en tant que jeunes, on se mobilise dans la rue, mais on n’a pas les moyens de changer ça, constate-t-il. C’est aux politiques de se bouger, ils ont les connaissances et les armes pour le faire. Nous, à part montrer notre mécontentement, on ne peut rien faire de plus ». Échéance électorale oblige, les partis politiques de gauche font mine d’entendre les revendications des jeunes. Ils se sont joints à la manifestation. « C’est un peu tard quand même pour se réveiller, s’agace Aurélien. Maintenant il y a des élections donc il faut être dans l’actualité. Mais c’était avant qu’il fallait y penser ».

« Marine Le Pen qui devient écolo c’est tout sauf honnête » – Aurélien

Léa, 16 ans, étudie en première au lycée Sophie-Germain dans le 4e arrondissement. Sa pancarte, un peu geek sur les bords, nous rappelle qu’il n’existe a pas de planète de secours. La présence de certains partis politiques la hérisse. « Je trouve ça un petit peu aberrant, s’insurge-t-elle. Surtout qu’il n’y a pas que l’écologie qui s’est greffée sur le cortège. Il suffit de lire leur programme pour s’en rendre compte ». Carole-Anne partage son avis. « C’est pas sympa de nous prendre notre manifestation. Après, ils font ce qu’ils peuvent pour être élus, mais la majorité des gens ici ne peuvent pas voter », observe gentiment la lycéenne. Les jeunes ont suivi la campagne pour les élections européennes et ne sont pas dupes. « Pendant le débat, ils ont parlé d’écologie, mais on sait très bien qu’ils ne vont rien faire, affirme Carole-Anne. C’est des promesses en l’air ».

Luna et sa clique. Au centre Haykel porte un sweat rouge
Luna et sa clique. Au centre, Haykel porte un sweat rouge.

Quant au vernis écologiste de Marine Le Pen, il suscite l’ire des adolescents. Dans la petite clique qui accompagne Luna, on ne mâche pas ses mots « Mais alors elle…. Wow ! Elle est pour n’importe quoi. Elle ne sait même pas ce qu’elle dit », s’exclame Haykel, 17 ans. Le jeune homme en terminale au lycée Jean-Babtiste-Clément de Gagny (93) s’explique. « Elle dit que le Brexit est enclenché alors qu’il n’a même pas encore commencé. Elle veut qu’on sorte de l’euro, mais si ça arrive, on est clairement dans la merde, énumère-t-il. C’est un bel exemple de mensonge politique », appuie Luna.

Dans la manifestation, les grévistes se montrent unanimes. « Marine Le Pen qui devient écolo c’est tout sauf honnête », affirme Aurélien. Même les lycéens plus mesurés sur la question se disent opposés à l’extrême droite. « Bah c’est bien. Peut-être que c’est pour faire la faux-cul, mais si c’est sincère c’est bien », juge pour sa part Marie, 15 ans. La lycéenne originaire de Versailles (78), ne soutient pas pour autant la dirigeante nationaliste. « On est contre Marine Le Pen parce qu’elle est raciste et je ne pense pas qu’elle arrêtera d’être raciste », assène-t-elle.

Aminata, à gauche, et Salomée, à droite
Aminata, à gauche, et Salomé, à droite.

Europe Écologie-Les Verts (EELV) semble être la seule formation politique a trouver grâce aux yeux des jeunes. « On veut que l’écologie gagne des siège », lance Aminata, 19 ans, qui étudie en terminale. « C’est peut-être un peu utopiste de vouloir que EELV gagne l’élection, mais j’espère qu’ils auront un pourcentage assez élevé pour montrer que c’est pas juste des manifestations dans la rue sans impact, mais que les gens veulent que ça change vraiment », poursuit son amie Salomé, 18 ans, étudiante en classe préparatoire. Des convictions partagées par les plus jeunes. « L’avantage, c’est que c’est un scrutin à la proportionnelle donc il y a les petits partis écologistes qui vont pouvoir être représentés au parlement », observe également Carole-Anne. « Moi je suis vraiment pour l’écologie et je conseille de voter dans ce sens-là aux Européennes, expose Léa. Je trouve ça incroyable qu’il y ait aussi peu de représentants des partis écologistes qui soient élus ».

Hier soir, les résultats de l’élection européenne sont tombés et c’est une douche froide. Le Rassemblement national (ex-FN) est arrivé en tête dans l’hexagone où les écologistes n’obtiennent que la troisième place. Plus d’un quart des adultes qui se sont rendus aux urnes ont choisi de soutenir une idéologie populiste dans laquelle la figure du réfugié et celle de l’étranger cristallisent toutes les angoisses contemporaines. Les jeunes qui sèchent les cours et manifestent pour le climat sont définitivement plus progressistes que leurs aînés. Malheureusement, il faudra encore patienter pour que leurs voix soient prisent en compte.

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