Le marché des produits à base d’organes de tigre continue de grossir

La forte demande en produits tels que le vin d'os de tigre et les griffes d'ours marinées nourrit une industrie atroce, et bientôt tout à fait légale.
1.2.16

En Chine, des milliers de tigres élevés en captivité, bien plus nombreux que l'ensemble des tigres sauvages vivant sur notre planète, attendent dans des cages. Un jour, leur os seront réduits en poudre et ajoutés à des vins, tandis que leur peau servira à confectionner des tapis. Pendant plus de vingt ans, l'industrie de l'élevage de tigres a continué de grossir, dans l'ombre. Bientôt, elle aura gagné une nouvelle forme de légitimité.

Vendredi dernier, le Washington Posta rapporté qu'un projet d'amendement à la loi de protection de la faune, en Chine, autorisera l'élevage d'animaux en voie de disparition. Jusque-là, les fermes élevant des tigres n'étaient pas réglementées. Cette nouvelle politique permettra au gouvernement de les surveiller, mais également de légaliser et légitimer leurs activités.

La loi, dont le texte a été rendu public le 1er Janvier et est actuellement à l'étude, s'appliquerait aux tigres en captivité exploités dans le domaine du spectacle, ainsi qu'aux tigres élevés pour leur peau, leurs griffes, leurs os, etc.

En plus de ruiner les efforts déployés par la biologie de la conservation, cette manœuvre politique rappelle qu'il existe un énorme marché pour les organes d'animaux rares ; un marché prospère qui n'a cessé de croître au cours des dernières années.

Peter Knights, à la tête de l'association de conservationWildAid, explique que la loi constituait une occasion en or d'actualiser la législation sur la faune sauvage en Chine. Au lieu de cela, « elle répond aux intérêts d'un petit groupe d'industriels qui élèvent des animaux en captivité dans des conditions atroces. »

« L'élevage de tigres et d'ours a sérieusement entaché la réputation de la Chine ; ils avaient là l'opportunité de corriger le tir, mais ils ont choisi d'encourager ces pratiques, » déplore Knights.

Produits à base d'organes de tigres saisis par l'organisation Fish and Wildlife Service américaine. Image: USFWS Mountain-Prairie/Flickr

Avec une population de tigres en captivité passée de 20 individus en 1986 à plus de 5000 aujourd'hui, le commerce d'organes de tigres est désormais installé à l'échelle industrielle. En 2013, on avait recensé plus de 200 fermes selon un rapport de l'Environmental Investigation Agency.

Même si les yeux, les parties génitales, les dents et les moustaches de tigres sont parfois utilisés pour leurs prétendues vertus médicinales afin de traiter divers problèmes de santé allant de l'alcoolisme à l'épilepsie, les os de tigre sont au cœur des intérêts commerciaux.

Les os, extrêmement coûteux, sont imprégnés de vin de riz ; il en résulte un aphrodisiaque censé soulager diverses affections, comme l'arthrite. Le vin est servi à l'occasion de dîners et d'événements important, à cause de sa symbolique forte.

Selon Munchies, une unique bouteille de cette mixture peut coûter entre 80 et 290 dollars, en fonction de son âge.

Pattes et peaux d'animaux en général sont de grande valeur sur le marché international ; les tigres ne sont pas les seuls grands mammifères concernés en Chine. Tandis que les ours sont élevés pour la bile précieuse extraite de leurs organes de leur vivant, ils sont également prisés pour leurs griffes, qui peuvent être séchées et expédiées facilement. Ces produits sont eux aussi utilisés dans le cadre de la médecine traditionnelle, même si leurs vertus médicinales n'ont jamais été prouvées.

Avec la nouvelle loi, intitulée « loi d'utilisation des ressources de la vie sauvage », exclue de fait du groupe des lois de protection de la nature, ces animaux, pour la plupart en voie de disparition, seront encore plus précieux aux yeux de ceux qui les exploitent.