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In urina veritas : l'urologue qui faisait pisser le vin

Reinier Opsomer est urologue à l'hôpital de Bruxelles UCL. Chez lui, dans le Brabant wallon, il soigne les vignes comme il soigne les patients.

par Reinier Opsomer
13 Septembre 2016, 11:15am

Suite à un pari entre urologues et après une soirée très « arrosée », j'ai décidé malgré les ricanements, de planter des vignes chez moi, dans les Ardennes brabançonnes, sur un bout de terrain en pente comme on en trouve dans les régions orientées Sud-Est.

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Reinier Opsomer sur sont lieu de travail. Toutes les photos sont de Hadrien Duré.

Je m'appelle Reinier Opsomer, je suis sexologue et urologue à l'hôpital de Bruxelles, l'UCL. Si j'exerce ce métier, c'est que je suis passionné par tous les aspects de mon travail : j'aime observer la reproduction, les liquides, les flux, j'aime faire pisser un patient dans un pot et analyser quelles sont les causes de ses défaillances du système nerveux.

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Le livre du docteur opsomer « Les incontinences urinaires de l'homme ».

J'aime la science derrière l'urine.

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Mais après des années de pratique, il me fallait quelque chose en plus, quelque chose qui me rattache à mon domaine d'expertise, l'urodynamique, en dehors du boulot.

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opsomer-vin-04 Un entonnoir, l'un des outils de l'urologue.

L'urodynamique, c'est l'examen médical qui consiste à vérifier l'état de fonctionnement du système urinaire. Ce petit truc en plus, je l'ai trouvé dans le vin et dans sa culture qui ont, selon moi, beaucoup à voir avec l'urologie.

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C'est simple, on soigne une vigne comme l'on soigne un patient : on fait un examen clinique en étudiant les feuilles, on procède à un diagnostic, on met en place un traitement et on prévient les maladies. On procède dans un champ tout comme on le ferait à l'hôpital. La seule chose qui manque, c'est le rapport humain.

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Dans les années 90, j'ai franchi le pas et je suis rentré dans un compagnonnage à Huy, en Belgique, pour apprendre le métier et devenir vigneron. Je suis devenu l'un des premiers à posséder des vignes dans le Brabant wallon. Depuis, j'appréhende les vignes comme un patient de mon cabinet : je parle à mes raisins, j'osculte les branches, je presse – la grappe – leur fruit pour étudier leur jus et effectuer un diagnostic.

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Car la vigne, pour moi, c'est phallique. Ce n'est pas pour rien si on l'associe au pénis depuis la nuit des temps : Adam utilise une feuille de vigne pour cacher son sexe, par exemple, et les maladies qui attaquent ses feuilles sont identiques à des verrues génitales.

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Tout comme le vigneron, l'urologue possède ses outils : la débitmétrie urinaire, par exemple, permet de mesurer les incontinences d'une personne, permet de savoir si elle à un débit normal, si la vessie est capable de contenir assez longtemps l'urine ou si elle ne le peut plus.

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À partir d'un litre par jour, on peut dire qu'une personne à un débit normal – si elle est au delà ou en dessous de ce seuil, c'est qu'elle possède une incontinence.

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La consommation de vin – et de vin rouge en particulier – a des effets bénéfiques sur la santé et notamment sur le système cardio-vasculaire : c'est le fameux « French Paradox ». Les diététiciens recommandent aujourd'hui de boire 1 à 2 verres de vin rouge par jour – mais pas plus, sinon tout le bénéfice cardio-protecteur est perdu !

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N'est-ce pas Voltaire qui disait : « Je ne connais de sérieux ici bas que la culture de la vigne. » Cette phrase est le fil conducteur de toutes mes théories et études, si bien que j'ai repris la citation à mon compte : « Je ne connais de sérieux ici bas que l'urodynamique et la vigne. »

Propos rapportés et photos par Hadrien Duré.