Le jour où Maïté a inventé le burger à la française

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Le jour où Maïté a inventé le burger à la française

Magret de canard, foie et pain de campagne géant : en 1992 Maïté fout la honte à MacDo en cuisinant le plus gros burger de l'histoire de la télé.

_Tout au long de cette année, VICE et l'INA se penchent sur les archives télé des émissions marquantes du PAF _et vous pouvez retrouver tous les articles de la série en cliquant ici._ Chez MUNCHIES, la colonne s'appelle « Nourritures cathodiques ». Pour ce premier épisode, on revient sur la fois où Maïté a foutu la honte à MacDo en cuisinant ce qui constitue encore aujourd'hui plus gros burger de l'histoire de la télé française._

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C'est un Julien Courbet jeune et fringuant dans sa veste croisée vert d'eau légèrement trop grande qui lance la séquence « surprise » : « Pour ceux qui n'ont pas trop le temps entre midi et deux, un petit encas quand même consistant ! ». Pour cette centième de La Cuisine des Mousquetaires, l'émission qui a érigé Maïté au rang de Sainte Patronne de la bonne bouffe à la française, la cuisinière et sa célèbre acolyte Micheline sont justement aux côtés de Courbet, devant une grande cheminée ornée d'un fusil, accompagnées du créateur et réalisateur historique de l'émission, Patrice Bellot. Tout le monde y va de son sourire en coin au moment du lancement de la séquence. Et pour cause, en lieu et place des habituelles recettes bien franchouillardes du duo, une composition arrosée d'ironie autour du « hamburger ».

Nous sommes en 1992, et même si MacDo a déjà exporté son premier restaurant dans l'Hexagone (dès 1972, à Créteil), la croissance de la restauration rapide – et surtout, la popularité qu'elle rencontre auprès des jeunes – est considérée comme une sérieuse menace pour l'exception culturelle culinaire française. « Je ne sais plus qui de Patrice ou de Maïté avait eu l'idée » hésite pascal Roman, qui a travaillé sur quasiment toutes les émissions de la Cuisine des Mousquetaires, en tant que chef de car, l'homme du car régie derrière les 3 caméras. « Le but c'était de se moquer du burger américain et de ses steaks bien calibrés ».

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À émission exceptionnelle, recette exceptionnelle, et la générosité légendaire de Maïté aux fourneaux reste intacte. Le pain de campagne pèse un bon kilo, et le foie gras et le magret jouent des coudes dans une poêle qui exulte déjà de graisse. Point d'orgue de la séquence, Micheline, la composante rationnelle et bien sous tout rapport du binôme, tend à Maïté un hamburger Macdo. Il est accueilli par des gloussements et un « Saint Vierge Marie ! » retentissant. La Landaise le soupèse et l'examine avant d'y croquer avec une mine dégoûtée. Choc des cultures entre le cheeseburger MacDo et le très généreux « hamburger Rionnais ».

burger maite 1

Sous vos yeux : le plus gros burger de l'histoire de la télé.

« Maïté glissait souvent 'y a pas que du mauvais cholestérol !', elle était originaire de Landes, les foie gras utilisés dans l'émission venaient d'oies élevées par sa famille dans la région, c'était une cuisine avec des matières grasses, une cuisine qui déculpabilise. C'était un parti pris à contre-courant de la caricature de la nouvelle cuisine, quoi. » résume Pascal. « On était une petite équipe à bosser sur l'émission, on s'installait à Rion-des-landes, le plateau était une réserve située dans la cour intérieure de son restaurant, et pendant une dizaine de jours on tournait 2 émissions par jour, un peu en autarcie. Dès qu'elle repérait un intermittent maigre, elle le prenait en charge et elle le remplumait vite fait », se marre-t-il.

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À l'origine de l'aventure de la Cuisine des Mousquetaires, il y a Patrice Bellot. Au début des années 1980, ce réalisateur bordelais passionné de sport parcourt les Landes pour un documentaire sur le rugby de village et son tissu social. « Patrice était un bon vivant, il atterrit à Rion-les-Landes dans une troisième mi-temps où Maïté fait à manger pour les joueurs. Contre quelques francs à l'époque, elles les régalaient en foie gras et garbure, des trucs qui tiennent bien l'estomac. Quand il a rencontré Maïté, ça a été un déclic pour Patrice qui avait déjà dans un coin de sa tête une émission de cuisine du marché », se souvient Pascal. C'est lui aussi qui a l'idée de ce tandem inédit avec Micheline Banzet, ancien 1er conservatoire de violon à Bordeaux, issue de la bourgeoisie locale et vraie truffe en cuisine. « Quand on sait que Maïté était clairon chez les cheminots, on peut dire que rien n'aurait dû les réunir », sourit Pascal.

La cuisine des Mousquetaires voit le jour en 1982 sur France 3 Aquitaine, et s'arrête en 1984. Elle reprend après une pause de 5 ans, mais l'émission n'explose vraiment qu'un peu plus tard. « À l'époque le public, c'était des personnes qui aimaient bien vivre, déjà bien établies dans la vie » pose élégamment le technicien. Il se souvient du changement de dimension : « Il s'est passé un truc quand les guignols ont créé la marionette de Maïté et ses 'soupçons' – un soupçon de cognac correspondait en fait à une grande rasade. L'autre moment clé, c'est quand on a lancé les bêtisiers de l'émission avec tous les loupés. On n'arrêtait jamais les caméras donc on a eu de sacrées séquences ». « Au début des années 1990, la Nouvelle Cuisine est déjà bien installée depuis près d'une dizaine d'années au moins et on assiste un retour à la cuisine de bistrot avec des chefs comme Guy Savoy, la bonne vieille cuisine de terroir revient avec un besoin de réassurance. Il y a un côté très immédiat, très maternel et rassurant dans la cuisine de cette femme « gironde » qu'est Maïté » analyse Sébastien Demorand, critique gastronomique et jury de Masterchef.

Aujourd'hui, même ceux qui n'ont jamais vu une recette de bout en bout connaissent le nom de Maïté et ont croisé ses robes à fleur et ses « oh bonne mère » dans des séquences cultes qui fleurissent chaque année dans les bêtisiers de la télé.

Mais une fois dépassée la blague de cette séquence du « hamburger Rionnais », le côté le plus savoureux réside sans doute dans le fait que le burger à la française qu'invente Maïté à grand renfort d'exagération est aujourd'hui devenu monnaie courante sur les tables françaises : au panthéon des plats les plus vendus en France, le burger se place même en très bonne position. La réappropriation du monument ricain passe, peut-être comme l'avaient prophétisé en leur temps Maïté et ses acolytes de la Cuisine des Mousquetaires, par une pluie de burgers « revisités » au canard, au foie gras, à la Tomme ou encore au Cantal. « Je pense que 70 % des restos français présente un burger à leur table aujourd'hui, c'est devenu un support de création » abonde Sébastien Demorand. Avant de retourner s'occuper de son jardin, Pascal Roman, témoin privilégié d'une scène de télé culte, se marre une dernière fois en y repensant : « Pourtant ce burger, on aurait eu du mal à l'imaginer sur nos tables. »