Culture

Le futur de l'Arabie saoudite vu par 12 artistes saoudiens

« Que se passera-t-il lorsque nous n’aurons plus de pétrole ? »
4.7.16
Ajlan Gharem, Paradise Has Many Gates, 2015. All images courtesy of The Station Museum of Contemporary Art.

Par la vidéo, la sculpture, la peinture, l’installation ou la performance, les artistes présents dans l’exposition « Parallel Kingdom : Contemporary Art from Saudi Arabia » au Station Museum of Contemporary Art, à Houston au Texas, explorent les problématiques de la vie moderne et de la culture du royaume théocratique d’Arabie saoudite. Ils sont au nombre de douze, reconnus ou émergents, dont Sarah Abu Abdullah, Ahaad Alamoudi, Njoud Alanbari ou le collectif de youtubeurs Telefaz 11.

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« Hormis les portraits stéréotypés d’Hollywood, les reportages d’investigation et les vidéos qui circulent sur Internet, on en sait peu aux Etats-Unis sur le peuple et la culture d’Arabie saoudite », annonce d’emblée le dossier de presse de l’exposition.

Abdulnasser Gharem, Hemisphere, 2015

Les peintures au tampon d’Abdulnasser Gharem, Hemisphere et Camouflage, s’attaquent directement à la façon dont la famille royale saoudienne utilise l’islam pour gouverner et supprimer l’individualité et la démocratie. « Ce qui arrive sur ce sol est du camouflage », explique-t-il dans le catalogue de l’exposition. « Ces pays théocratiques utilisent les valeurs des gens pour leur prédire un grand futur à l’islam mais en fait, ce sont les victimes. L’idée pour la série de peinture au tampon m’est venue quand j’ai réalisé que j’étais aussi une de ces victimes. » L’exposition comprend également l’impressionnant Capitol Dome de Gharem, une réplique du dôme du Capitole américain, qui ressemble à celui d’une mosquée à l’intérieur. Il symbolise l’incertitude dans laquelle évolue la région depuis les Printemps arabes.

Abdulnasser Gharem, Capitol Dome, 2012. Photo : Edge of Arabia, London, 2012.

La relation de l’Arabie saoudite au pétrole n’est pas épargnée. Dans Calligraphy Car, Nugamshi a recouvert une jeep de calligraphies au pétrole. Posant ainsi la question : « Que se passera-t-il lorsque nous n’aurons plus de pétrole ? » En empruntant à la calligraphie, Nugamshi fait le lien avec le futur des traditions saoudiennes. La vidéo de Sarah Abu Abdullah, Saudi Automobile, explore également le passé du Royaume. On y voit l’artiste vêtue d’un hijab en train de peindre en rose une carcasse de voiture. Elle fait bien évidemment référence aux nombreuses privations des femmes saoudiennes, au premier desquelles, l’interdiction de conduire. « Ce geste d’espoir était le seul moyen pour moi d’obtenir une voiture — un maigre réconfort pour mon rêve de personne indépendante de conduire moi-même jusqu’au travail », dit Abdullah à propos de son œuvre.

Nugamshi, Calligraphy Car

Paradise Has Many Gates d’Ajlan Gharem représente un groupe d’hommes priant dans une mosquée aux allures de cages, réhaussée de néons. Gharem souligne ici les divisions de générations qui existent dans le royaume saoudien. « L’ancienne génération a plus de foi que de connaissances et notre génération a plus de connaissances que de foi », écrit-il. « Nous cherchons donc des croyances plus en accord avec notre savoir. »

Ajllan Gharem, Paradise Has Many Gates, 2015

Le commissaire d’exposition explique quant à lui, que « Parallel Kingdom » « cherche à utiliser le langage visuel et le vécu de ces artistes pour établir de nouvelles bases de discours et de compréhensions de la société, de la culture et de la politique saoudiennes. »

Telefaz 11, Still, Khambalah, 2013

« Parallel Kingdom: Contemporary Art from Saudi Arabia » est à voir jusqu’au 2 octobre 2016 au Station Museum of Contemporary Art à Houston, aux États-Unis. Cliquez ici pour plus d’informations.