Africa Skate développe une industrie du skateboard en Afrique

Le skateboard en Afrique n’est plus un sport niche. De plus en plus, des scènes locales émergent dans les villes, des skateparks voient le jour et une nouvelle génération de skateurs se développe. Pourtant, la plupart des matériels et du soutien proviennent encore de l’étranger. Cela freine la croissance du sport, malgré les nombreuses opportunités qu’il offre aux jeunes Africains.

Africa Skate veut changer la donne. L’organisation est née de l’initiative éthiopienne Ethiopia Skate, fondée par Abenezer Temesgen. Avec Robel Yohannes et Arsema Thomas, ils travaillent à la création d’un réseau de communautés de skateboard à travers l’Afrique. L’objectif n’est pas seulement d’inciter davantage de personnes à pratiquer le skateboard, mais de bâtir une véritable industrie autour de ce sport.

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L’histoire a commencé il y a plus de dix ans en Éthiopie. Ce qui n’était au départ qu’une seule planche et un petit groupe de skateurs enthousiastes s’est rapidement transformé en une initiative d’envergure. Utilisant du béton récupéré sur un chantier, ils ont construit leur première rampe, créant ainsi un lieu de rencontre et de partage pour les jeunes passionnés de skateboard. Depuis, Ethiopia Skate a joué un rôle déterminant dans le développement de la culture skate en Éthiopie. L’initiative a contribué à la création de sept skateparks, répartis dans tout le pays. Ces espaces ont permis de créer non seulement de nouveaux lieux pour pratiquer le skate, mais aussi des espaces de rencontre où les jeunes se retrouvent et tissent des liens au sein d’une communauté.

L’organisation collabore avec les autorités locales dans ce projet. Les municipalités ont fourni des matériaux tels que le béton, le gravier et le fer, et ont financé la construction des skateparks dans des villes comme Addis-Abeba, Konso et Awasa. Avec Africa Skate, les fondateurs ambitionnent désormais d’étendre ce modèle à d’autres pays, afin de construire progressivement un réseau de skateboard solide et indépendant à travers l’Afrique.

Le skateboard comme tremplin

Pour les fondateurs d’Africa Skate, le skateboard est bien plus qu’un sport. C’est un moyen de toucher les jeunes, de les mettre en relation et de leur permettre de s’intégrer à une communauté. Au sein de cet environnement, les jeunes sont encouragés à développer de nouvelles compétences et des opportunités se créent dans les domaines de l’éducation et de l’emploi.

Par exemple, Africa Skate organise des ateliers de photographie, de graphisme, de peinture, de cinéma, de théâtre et de production musicale. Certains skateurs participent également à la construction de nouveaux skateparks. Ainsi, les jeunes apprennent non seulement de nouvelles compétences, mais ont aussi la possibilité de contribuer activement à la communauté qui se forme autour du skateboard.

Selon Yohannes, ces opportunités découlent des enseignements naturels du skateboard. « Au skatepark, chacun reçoit des conseils des autres. Il y a un véritable esprit de solidarité », explique-t-il.

De plus, le skateboard développe la persévérance. Il remet en question l’ego, car dès qu’on tombe, il faut se relever. Et même si on réussit une figure, elle ne fonctionnera peut-être pas la fois suivante. Il faut faire avec les moyens du bord.

D’après Yohannes, ces compétences peuvent également s’avérer utiles en dehors du skatepark. Il estime que la capacité d’adaptation, la persévérance et l’ingéniosité face à des ressources limitées expliquent en partie pourquoi tant de skateurs se tournent vers des secteurs créatifs plus tard dans leur vie.

L’objectif d’Africa Skate est donc de faire du skateboard un tremplin vers l’emploi, et non de le considérer comme un simple loisir. Les ambitions de l’organisation vont bien au-delà de la formation de skateurs professionnels. Africa Skate souhaite permettre aux jeunes skateurs de construire une carrière autour des compétences acquises grâce au skateboard.

Le talent est déjà là

Mais avant que le skateboard puisse devenir une véritable carrière, ce sport doit être plus accessible sur le continent.

Dans certaines villes africaines, il n’existe aucun skate shop. Les planches et autres équipements doivent souvent être importés, ce qui engendre des droits de douane et autres frais. Un skateboard coûte en moyenne entre 70 et 100 dollars.

Se construire une carrière professionnelle est encore plus complexe. Les compétitions sont relativement peu nombreuses et réparties sur le continent, et voyager à travers celui-ci est extrêmement coûteux et inaccessible au skateur moyen.

Ceux qui souhaitent participer à des compétitions intercontinentales et accumuler des points de classement doivent voyager encore plus loin. Les billets d’avion, l’hébergement et les restrictions de visa peuvent rapidement rendre ces compétitions abordables pour seulement un petit nombre de skateurs.

Résultat : l’Afrique reste sous-représentée à l’international, malgré la présence de talents.

« Le talent est indéniablement ici », affirme Thomas. « Nous manquons simplement d’infrastructures et de ressources, notamment de skateboards et d’équipement.»

Africa Skate souhaite donc organiser davantage de compétitions en Afrique et soutenir les skateurs participants en prenant en charge leurs frais de voyage et d’hébergement. Parallèlement, l’organisation tisse des liens avec les communautés de skateboarders au Kenya, au Nigeria, en Afrique du Sud, à Madagascar et en Ouganda.

Moins dépendants de l’aide étrangère

Les projets d’Africa Skate sont aussi une réponse à la manière dont les organisations internationales ont investi jusqu’à présent dans la scène skate africaine.

Selon Thomas, les organisations étrangères ont joué un rôle important dans le développement de la scène skate éthiopienne. Mais, selon lui, construire un skatepark puis se retirer ne garantit pas automatiquement la pérennité de cette scène.

« Il y a parfois de l’ignorance et un complexe du sauveur blanc », affirme-t-il.

Son propos n’est pas de remettre en question le soutien international. Le problème est que les organisations internationales proposent parfois des solutions sans consulter au préalable la communauté locale.

Construire un skatepark, c’est bien beau, mais qui l’entretient ? Son design est-il adapté à la ville ? Est-il accessible ?

Africa Skate prône une gestion locale. Il ne s’agit pas de transposer un modèle européen en Afrique, mais de développer des solutions issues de la communauté locale elle-même.

Il cite également l’exemple des dons de skateboards. Une planche utilisée intensivement peut se casser en un mois. Si son remplacement doit venir de l’étranger, la scène locale reste dépendante de nouveaux dons. Au lieu d’envoyer du matériel susceptible de tomber en panne ou d’être irremplaçable, ils souhaitent des investissements pour renforcer les infrastructures et la production locales. Africa Skate étudie donc la possibilité de produire des skateboards en Éthiopie et collabore avec des partenaires institutionnels pour définir les besoins. La production locale devrait à terme mettre fin à cette dépendance.

Par ailleurs, ce secteur doit s’étendre au-delà de la simple production.

L’organisation explore également la possibilité d’ouvrir des boutiques et des lieux de restauration à proximité des skateparks, comme des cafés et des magasins spécialisés où les skateurs pourraient travailler et se perfectionner. Yohannes et Thomas parlent d’une

« approche à 360 degrés » : un écosystème où les différentes composantes de la culture du skateboard se renforcent mutuellement.

Restez locaux

L’appropriation locale est au cœur de cette idée.

Ethiopia Skate maintient l’accès gratuit aux skateparks, malgré les coûts d’entretien. L’organisation considère la gratuité comme essentielle pour intégrer le skateboard à la vie locale.

Cela se reflète également dans la conception des parcs. L’art et les noms s’inspirent de l’environnement local, plutôt que de copier un skatepark occidental standard.

Selon Thomas, les skateparks révèlent une facette des villes africaines souvent absente des médias occidentaux. Les villes africaines ne sont pas un ensemble monolithique de pauvreté et de problèmes. Ce sont des lieux où les jeunes créent une culture, s’approprient l’espace et bâtissent de nouvelles communautés. Les skateparks jouent un rôle important dans ce processus.

D’Addis-Abeba au reste de l’Afrique

Depuis l’Éthiopie, Africa Skate ambitionne désormais de s’étendre au reste du continent. Addis-Abeba joue un rôle central dans cette expansion. Capitale diplomatique de l’Afrique, la ville offre des opportunités d’établir des contacts avec les gouvernements et les ministères des Sports d’autres pays.

L’objectif à long terme est de donner aux skateurs africains la possibilité de concourir au plus haut niveau, y compris aux Jeux Olympiques. Mais avant cela, les infrastructures de base doivent être mises en place : des lieux d’entraînement, du matériel, des entraîneurs et des juges, et des compétitions qui ne nécessitent pas de longs déplacements à l’autre bout du monde.

La première étape majeure est l’Africa Skate Cup, qui se tiendra à Addis-Abeba du 13 au 16 janvier 2027. Cet événement vise à rassembler des skateurs de différents pays africains et à donner une plus grande visibilité à la scène skate du continent. Il s’agit également du premier grand projet grâce auquel Africa Skate souhaite attirer l’attention internationale sur ses ambitions.

Pour les fondateurs d’Africa Skate, la question n’est pas de savoir si l’Afrique regorge de talents en skateboard, mais plutôt si les jeunes ont la possibilité de les exploiter pleinement.

Crédits photo : Bamalak Tesfa et Ruel Fissiha

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