Quand on suit votre parcours, et qu’on voit toute cette évolution et ces retombées dans la musique heavy, je suis curieux de savoir ce que vous pensez de la scène metal et de son évolution ?Tomas : Elle n’est plus du tout la même. Les gens me demandent parfois pourquoi At The Gates n’a pas eu plus de succès. Je pense que c’est parce que nous sommes restés honnêtes. On est toujours là en tant que fans, et on ne s’est jamais souciés de la perception que les gens avaient de nous.
Jonas : Notre image n’a jamais été une préoccupation.
Tomas : Et c’est le seul truc qui compte maintenant. Quand tu entends un groupe, tu peux télécharger instantanément l’album en deux secondes, ou l’éliminer en deux secondes si tu ne l’aimes pas, ça marche dans les deux sens. Voilà le truc – on est trop vieux pour ça j’imagine, on fait toujours les choses à l’ancienne. C’est comme ça qu’on travaille. On perçoit les changements, et dans un sens, ils ont du bon, mais j’ai toujours un mode de pensée qui appartient au passé, et à mon avis, c’est grâce à ça qu’on a survécu.
Anders : Ouais, on est resté vrais et on s’est constamment rappelé pourquoi on avait créé ce groupe.
Tomas : Aujourd’hui, la reconnaissance est instantanée. Après ton concert, tu peux aller sur Instagram et voir combien il y a de commentaires et toutes ces merdes. [
Rires] Si tu fais un concert catastrophique comme le notre hier soir, là ok, tu as besoin de réconfort, pour te remettre d’aplomb. [
Rires] Mais sinon, on s’en fout.
Est-ce que, selon vous, cette disponibilité et cette immédiateté des médias a permis à la musique heavy et extrême de devenir plus populaire ?Jonas : Oui, je crois que la musique extrême a finalement trouvé sa place. À l’époque, c’était une communauté très étroite.
Tomas : C’était très fermé.
Jonas : Très secret et isolé.
Anders : Internet a aidé les gens à se relier socialement.
Tomas : Si tu vas sur Pitchfork, tu peux voir des chroniques de metal à côté de trucs indé qui n’ont rien à voir. Avant, notre musique était limitée à un public de convertis. Maintenant, nous pouvons toucher d’autres gens. Ça aide, et c’est devenu énorme, mais en tant que groupe on fait ce qu’on a à faire. On écrit un album. On tourne. Rien n’a changé.
Anders : Les gens peuvent accéder beaucoup plus facilement au metal. Tu peux en écouter sur Spotify ou YouTube, et tu as également des recommandations instantanées vers d’autres groupes. Le jeu de piste est devenu très simple.
Jonas : À l’époque, tu devais patienter six semaines pour qu’un album arrive chez toi. Maintenant, il suffit d’un click.
Qu’est ce qui a changé pour vous, d’un point de vue personnel, depuis vos débuts ? Vos perspectives ont-elles changé ?Tomas: Tout a changé. Mais en même temps, le noyau est resté intact – notre but commun. At The Gates est aussi important pour nous aujourd’hui qu’au départ, mais pour d’autres raisons. A l’époque, c’était une question de vie ou de mort, dans un sens très négatif.
Anders: C’était quelque chose qui nous obsédait, en permanence, aujourd’hui c’est juste une partie de nos vies.
Tomas: C’est toujours aussi important. Peut-être encore plus qu’avant. Plus professionnel. Mais je peux te le dire, une vie normale aide beaucoup, vraiment.
Jonas: La famille, les amis et tout le reste.
Tomas: Beaucoup de groupes dans notre position ont sûrement des problèmes à ce niveau, c’est très facile de perdre les pédales.
Il va se passer quoi en 2014 pour At The Gates ?
Anders : On entre en studio le mois prochain.
Et quel est votre état d’esprit, 19 ans après Slaughter of the Soul ?
Anders : Ça fait longtemps qu’on réfléchit à la suite, et le processus s’est finalement enclenché l’été dernier. On a bouclé tout le concept à l’automne. La majorité des titres des morceaux et des paroles étaient déjà écrits depuis environ un an et demi. Maintenant, tout est prêt.
Jonas : L’album est terminé. Il ne manque plus que les arrangements.
Tomas : Il y avait deux façons d’envisager les choses. On aurait pu se dire : « OK, le moment est crucial. Les gens attendent beaucoup de ce disque », et passer des heures sur chaque détail, à tout peaufiner, en se disant qu’on avait pas le droit à l’erreur. Ou bien on se laissait porter par le truc, et on voyait où tout ça allait nous emmener.
Anders : En fait, on a juste acheté les riffs sur eBay. [Rire général]
Jonas : On n’était même pas certains de vouloir faire un autre album, mais on s’y est mis et ça a marché. Tu ne dois jamais te forcer à écrire de la musique. Rien de bon n’en sortira. Si ça coince, mets tout de côté jusqu’à ce que l’inspiration revienne.
Tomas : Parfois, on jouait juste un petit truc et on se disait « OK, on a le morceau. Partons là-dessus ! ». On était tous impliqués à 100 %. Quand j’ai une idée, ça part un peu dans tous les sens, mais ces deux mecs sont capables de tout remettre en ordre.
Anders : On l’aide à canaliser son inspiration.
Tomas: Oui. Si j’écrivais tout moi-même, ce ne serait pas bon. Les gens qui font partie de ce groupe ont une bonne perception de la musique en général et c’est ce qui est le plus important. Comme je l’ai dit, nous sommes des fans de metal avant tout.
Jonathan Dick est sur Twitter – @steelforbrains
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