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Motherboard

« En 2050, les personnes de moins de 150 de QI ne serviront à rien »

Entre secte, rêves d'humains augmentés et avancée inexorable de l'humanité vers son avenir, le transhumanisme est l'un des courants de pensée les plus excitants du moment.
16.6.16

Entre secte, rêves d'humains augmentés et avancée inexorable de l'humanité vers son avenir, le transhumanisme est l'un des courants de pensée les plus excitants du moment. Mais il remet en question l'avenir de notre espèce. Laurent Alexandre, une des premières (et encore rares) personnalités françaises à se pencher sur la question, fait le point pour nous.

« L'homme qui vivra 1 000 ans est déjà né ». Laurent Alexandre, chirurgien urologue et auteur, notamment de La mort de la mort, aime les phrases chocs. S'il estime qu'il y a eu « beaucoup d'incompréhensions autour de cette phrase », il assume le propos­ : les NBIC (pour nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) vont révolutionner notre monde et étendre considérablement la durée de vie.

Pour Laurent Alexandre, s'il y a une erreur dans ces prophéties, elle se trouve dans la temporalité, pas sur le fond. « Quand Kurzweil annonce qu'il estime que nous arriverons à faire reculer l'espérance de vie d'un an chaque année, cela revient à dire que nous serons immortels. Et pour un horizon aussi proche que 2029, je n'y crois pas une seconde. Par contre, il est évident que nous nous apprêtons à allonger la durée de vie de manière considérable. »

Même réflexion sur l'humain augmenté. « Sur le long terme, je pense que Kurzweil a raison. Mais sur le court terme, je pense qu'il se plante. Il sous-estime la complexité des connexions du cerveau par rapport à nos connaissances actuelles. Un cerveau connecté, on en est encore loin. Croire qu'on y arrivera d'ici 15, 20 ans, il me semble que c'est faire preuve de naïveté neuro-technologique. Pour l'instant, les seules choses que nous arrivons à faire, c'est recréer de faux souvenirs chez des rats par exemple, en les "connectant". Mais on leur bousille le cerveau, on est très loin d'être au point sur ce sujet-là. »

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Une religion sans Dieu

Pour ses nombreux détracteurs, le transhumanisme s'apparente à une religion, voire une secte dont Kurzweil serait le gourou. Récemment, Paul Jorion critiquait leur « message messianique ». Un parallèle que ne nie pas Laurent Alexandre. « Bien sûr, c'est une croyance de nature religieuse. À l'exception que l'on met Dieu de côté. Dieu, c'est l'Homme 2.0. D'ailleurs, Kurzweil estime que dès 2035, nous serons des dieux [« We will be Godlike »].

« Google se rapproche plus d'une église que d'une entreprise traditionnelle. Leurs objectifs sont des objectifs messianiques avant l'accumulation de l'argent. » Dès lors, doit-on s'inquiéter des dangers d'une dérive sectaire? « Nous parlons là de maîtrise de l'intelligence artificielle, de cerveau connecté, de la possibilité d'éditer le génome humain, de se rapprocher de l'immortalité, etc. Les conséquences et les dangers de tout ça sont multiples et vertigineux, je ne pense vraiment pas que le fait de savoir s'il faut considérer le transhumanisme comme une secte soit la priorité, balaye Laurent Alexandre. Il faudrait plutôt se pencher sur notre capacité à anticiper le monde qui arrive. » Ou plutôt notre incapacité.

Nous serons submergés par le tsunami technologique

Car c'est bien le principal problème. Serons-nous en mesure d'anticiper cette révolution annoncée? La réponse est sans appel. « Bien sûr que non. Dans les années 1990, nous n'avons pas été en mesure d'anticiper la vague révolutionnaire qu'était le web; en 2005, nous n'avons pas été en mesure d'anticiper les réseaux sociaux, l'Histoire montre qu'on ne sait pas anticiper. D'autant que nous parlons là d'un futur exponentiel, qui est en tout point différent aux croissances linéaires que nous savons analyser. »

De toute façon, la question économique n'a pas beaucoup d'importance pour Laurent Alexandre. « Je fais partie des gens qui pensent que l'argent est voué à disparaître un jour. Nous vivrons dans une société où l'intelligence ne vaudra rien. L'argent finira par ne plus avoir de sens. » Par ailleurs, Laurent Alexandre estime que si un mouvement d'humain augmenté est amorcé, il sera alors irréversible. Et les générations augmentées seront obligées d'en faire profiter les générations suivantes, sous peine de les marginaliser. « La coexistence entre des gens extrêmement intelligents grâce à la technologie et des gens qui ont des capacités intellectuelles moyennes d'aujourd'hui ne peut pas être harmonieuse, estime-t-il sur Arte. Y a-t-il cohabitation harmonieuse entre les chimpanzés et les hommes? Non, nous les mettons dans des zoos. » Dure fin de siècle en perspective pour les simples d'esprit.