Dimanche 26 mai, il faudra faire son choix entre une trentaine de listes si l’on souhaite voter aux élections européennes. Parmi elles, on trouve celle du Parti communiste français (PCF). À la traine dans les sondages, le communisme à la sauce française n’a pourtant pas fini de faire parler de lui. Comparé à un « cadavre qui bouge encore » par Nicolas Lecaussin, directeur de l’Institut de recherches économiques et fiscales, le PCF semble sur le chemin de la renaissance pour son patron Fabien Roussel qui prévient : « PCF is back, maintenant c’est la remontada ! ».
Léa Tyteca, 20 ans, mouvement Jeunes communistes de France. Etudiante en philosophie

Avec une amie on a monté l’Union nationale lycéenne, un syndicat lycéen. Elle était militante au Mouvement des jeunes socialistes et me parlait beaucoup d’antiracisme et de féminisme. C’est elle qui m’a donné envie de faire de la politique. Quelques temps après, j’ai rencontré les jeunes communistes à la fête du travailleur catalan alors que je venais de décrocher mon bac.
Videos by VICE
Si on entend crier plus fort au PCF, ou à la France Insoumise, c’est parce que les femmes de gauche ont décidé d’ouvrir la voie. Depuis le mouvement #Meetoo, le féminisme a trouvé un nouveau souffle. On m’estime politiquement, notamment dans ma fédé (66), où j’ai été candidate titulaire pour les législatives. En réaction, beaucoup d’hommes paniquent à l’idée de perdre leur privilège masculin. Et, pour les conserver, ils sont prêts à tout, même à voler des vies : les féminicides n’ont de cesse d’augmenter depuis le début de l’année. La violence des dominants s’exprime toujours comme ça, tous les moyens sont bons pour réprimer la résistance.
« Beaucoup d’hommes paniquent à l’idée de perdre leur privilège masculin. Et, pour les conserver, ils sont prêts à tout »
Je suis active sur le terrain comme d’ailleurs presque tou-te-s les communistes. C’est la richesse de notre mouvement. Entre les réunions, les manifs, les tractages, les fêtes… on n’a pas le temps de s’ennuyer, c’est épanouissant. Mais, depuis que j’ai décidé de briser le silence sur mon agression sexuelle que j’ai subie au sein du MJCF, je me suis un peu mise en retrait.
Le couple est une véritable prison pour la femme. On sait que dans la majorité des cas, la victime connaît son agresseur. Il ne faut pas se voiler la face : les violences interviennent alors même qu’elle a déjà appelé à l’aide, qu’elle a déjà tenté de fuir. Quand elle décide de s’en sortir, l’homme ne la laisse pas faire. On retrouve les mêmes mécanismes dans une organisation politique. Les agressions sexuelles ont souvent lieu sur de jeunes militantes, comme pour les avertir de ne pas prendre trop de place. Mais, elles concernent aussi des militantes plus aguerries, notamment celles qui se revendiquent féministes de manière assumée. L’objectif, dans les deux cas, c’est de les faire taire.
On cherche à nous affaiblir, mais nous, on en ressort encore plus fortes. On a la rage de s’en sortir, d’en finir avec ces oppressions que personne ne peut éprouver à notre place. C’est ce qui m’a donné la force de porter plainte, même si je me doute que ça n’aboutira probablement pas. Aujourd’hui, je ne dis pas que je ne connais plus la peur. D’ailleurs il n’y a pas de courage sans peur. Le courage, c’est la détermination. Mes camarades et moi, on n’a pas d’autres choix que de rester déterminée. Soyons fières de nous.
Ismaël El Hajri, 23 ans, militant communiste au Front uni des immigrations et quartiers populaires

Dans sa jeunesse, mon père a été membre du mouvement Marxiste-Léniniste marocain Ila Al Amame, et mes siestes ont été bercées par des chants en soutien à la lutte du peuple palestinien. Bref, j’entends parler depuis toujours de communisme.
Islamophobie, mal-logement, violences policières, discriminations à l’école et au travail, les oppressions racistes sont omniprésentes. Ces discriminations spécifiques aux immigrés et à leurs enfants ont toujours été reléguées au second plan par la gauche. Et c’est toujours la même rengaine : « Ne pas diviser la classe ouvrière ». Avec le FUIQP, on cherche à construire un rapport de forces pour les imposer aux agendas de luttes de gauche. L’idée ce n’est pas de se construire contre elles, mais de tirer les leçons du passé. Au regard de l’histoire, les travailleurs immigrés ont toujours été de tous les combats. Et toujours, ils ont été lésés. Un exemple frappant : Les 30 Glorieuses. A l’école, on apprend tous que le niveau de vie des plus précaires s’est amélioré durant cette période. On ne nous dit jamais que ça c’est fait au détriment des travailleurs étrangers, en l’occurrence des maghrébins. Ici, c’est bien la conséquence d’une décision politique : les classes ouvrières françaises étaient trop organisées, trop conscientisées. Les classes dominantes ont alors craint de fortes grèves, voir une révolution. Il a donc été décidé d’aller chercher une main d’œuvre moins dangereuse de l’autre côté de la Méditerranée. Il ne s’agit pas de la dérive d’un gouvernement, mais de la construction même de notre système. Le capitalisme a généré la création de races sociales pour hiérarchiser le monde du travail.
« L’histoire du communisme en France, c’est aussi l’espoir d’une vie meilleure et la reconquête d’une dignité volée. C’est le parti de la sécurité sociale, celui qui a fait élire des ouvriers. Cette histoire, j’en suis fier »
En ce moment, on essaye d’articuler les luttes antiracistes aux luttes syndicales, car le racisme n’épargne bien entendu pas le monde du travail. Mais les syndicats ont tendance à combattre le racisme uniquement sous ses formes illégales, c’est-à-dire sous ses formes les plus grossières. Il y a donc un double enjeu : créer des espaces de discussions pour témoigner du racisme au travail. Puis, influer sur les revendications syndicales en matière de luttes antiracistes. Or, c’est lorsque le racisme fait système qu’il est le plus violent. Saïd Bouamama – sociologue et militant du FUIQP – l’explique très bien : je peux toujours ignorer mon voisin raciste. Par contre, s’il a les moyens de me le faire payer sur mon logement, ma santé, mon travail, mes loisirs, c’est une tout autre chose.
L’histoire du communisme en France, c’est aussi l’espoir d’une vie meilleure et la reconquête d’une dignité volée. C’est le parti de la sécurité sociale, celui qui a fait élire des ouvriers. Cette histoire, j’en suis fier. Il y a aussi le communisme municipal : ces villes populaires qui défendent le droit pour tous à la santé, à la culture et au loisir. Petit, j’ai bénéficié de toutes ces activités grâce à la ville d’Allonnes (72), et à ma mère qui m’y inscrivait. On taxe trop souvent les communistes d’utopistes. Ces villes sont la preuve qu’un autre monde est possible.
VICE France est aussi sur Twitter, Instagram, Facebook et sur Flipboard.
More
From VICE
-

Photo: Anton Vierietin / Getty Images -

Photo: Tetra Images / Getty Images -

Photo: Ornitolog82 / Getty Images
