N'importe quoi

J’ai transporté des prisonniers dont le plus célèbre tueur en série au pays

Quelques prisonniers ont tenté de s'évader pendant que j'étais de service. L'un d'eux, qui avait réussi à retirer ses menottes, s'est caché sous le fourgon et a réussi à s'y accrocher.
7.6.16

J'ai transporté des prisonniers pendant sept ans. Je les fouillais, les menottais, les enchaînais les uns aux autres s'ils étaient plusieurs dans un même voyage et les installais dans le fourgon cellulaire. En moyenne, j'en transportais de 40 à 60 par jour. Certains étaient célèbres. Comme Paul Bernardo, violeur et tueur en série, qui a été condamné à la prison à vie. Je l'ai transporté du centre pénitentiaire au palais de justice le jour du verdict. C'était un homme élégant, qui s'exprimait bien, très charismatique. Pas l'air d'un violeur ni d'un tueur. Pour être honnête, je comprends pourquoi des femmes se sentaient bien en sa compagnie. Jusqu'à ce jour-là, il pensait qu'il serait acquitté. Je ne me souviens pas de ses mots exacts, mais il a dit quelque chose comme : « C'est aujourd'hui que je rentre à la maison. » Mon partenaire et moi, on s'est regardés et on s'est dit : « Ouais, bien sûr. »

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On l'a installé dans le compartiment juste derrière nous pour garder un œil sur lui. Il regardait dehors et jasait de tout et de rien, nous a demandé comment on allait, a parlé du temps qu'il faisait. Parmi les autres prisonniers célèbres, il y a eu les accusés de l'affaire Just Desserts : un vol dans un café populaire de Toronto en 1994 au cours duquel une jeune femme a été tuée. Des gars violents qui ne coopéraient pas. Même à l'intérieur du fourgon nous avons eu du mal avec eux. Ils pensaient avoir le dessus sur nous et faire à leur tête. Plus récemment, j'ai surveillé des prisonniers de l'opération Project Pathfinder, des membres d'un gang de Toronto, les Galloway Boys. C'est une autre affaire qui a fait du bruit. Des témoins, des juges, des procureurs et des policiers ont reçu des menaces de mort. Tous les prisonniers sont classés. Il y a ceux qui font partie de la « population générale » : les accusés de fraude, de trafic, de voie de fait simple. Ensuite, il y a les « séparés » et les « super séparés », qu'on ne peut pas transporter avec les autres. Ils profitent de moins d'espace, de moins de temps en dehors de la cellule et de moins de privilèges. Ce sont ceux qui sont condamnés pour agression sexuelle, viol ou abus d'enfant. Bernardo était un « super séparé ». Avec ceux-là, notre vie est en jeu. On doit prendre toutes les précautions : on les transporté toujours seuls et on les garde dans une cellule individuelle au palais de justice. Sauf s'il a tué un enfant, un meurtrier peut se retrouver avec la « population générale ». Il pourrait avoir tué sept personnes que les autres s'en fichent. Mais celui qui a commis un crime contre un enfant sera jugé durement. C'est la mentalité dans le monde carcéral. Quelques prisonniers ont tenté de s'évader pendant que j'étais de service. L'un d'eux, qui avait réussi à retirer ses menottes, s'est caché sous le fourgon et a réussi à s'y accrocher. Quand le fourgon est sorti de la zone sécurisée, il s'est laissé tomber et a couru. Nous l'avons rattrapé 15 minutes plus tard. Un autre, pendant le procès, a sauté hors du box des prisonniers et tenté de s'enfuir en courant. J'ai réussi à le plaquer à l'autre bout de la salle d'audience. Une autre fois, au Old City Hall de Toronto, un prisonnier qu'un de mes collègues transportait a tenté de prendre la fuite en courant sur Bay Street dès que la porte s'est ouverte. On l'a attrapé 20 minutes plus tard au moment où, toujours menotté, il essayait de monter dans un taxi. Une tentative semblable a eu lieu l'an passé, toujours au Old City Hall. Il y avait une fenêtre derrière le box des prisonniers. On demandait depuis longtemps l'installation de barreaux, ce qui n'a jamais été fait. Le prisonnier a cassé la fenêtre avec son épaule et sauté du deuxième étage. On l'a attrapé juste avant qu'il monte dans un tramway. L'adrénaline grimpe vite quand ces tentatives se produisent, mais, après, on en rit et on se moque de celui qui transportait le prisonnier. Il y a des batailles presque chaque jour, les prisonniers tentent de nous frapper, ça fait partie du travail. Des tentatives d'évasion se produisent environ une fois par mois. Tous les prisonniers préféreraient faire partie de la « population générale ». Dans le système carcéral, être mis à l'écart, comme ceux que nous appelons les « séparés » ou les « super séparés », ce n'est pas cool. Mais, même si on leur donne l'option d'intégrer la « population générale », ils refusent : ils savent ce qui les attend. Bernardo n'acceptera jamais de sa vie de signer un formulaire qui l'envoie rejoindre la « population générale » parce qu'il sait qu'il signerait son arrêt de mort. Il passait 23 heures par jour enfermé dans sa cellule. Il sortait pour faire de l'exercice, prendre une douche, entre autres, pendant une heure. À ce moment-là, le reste de la prison était presque entièrement verrouillé. Beaucoup de ces « séparés » ou « super séparés » avaient des problèmes de santé mentale. Je ne leur parlais presque jamais et les voyais beaucoup moins que la « population générale ». Ils passent tellement de temps en prison que ça devient leur monde, leur vie. J'appelais plusieurs des autres prisonniers par leur prénom, je les voyais aussi presque souvent que ma femme. On jasait de tout et de rien : ce sont des humains après tout. Pendant toutes ces années, je les traitais avec respect. Au début, je ne savais pas à quoi m'attendre, mais je n'ai jamais eu peur. J'avais été formé pour ce travail, je savais que je pouvais toujours compter sur mes collègues, ce qui me rassurait beaucoup. Ces prisonniers étaient sous ma garde, si quelque chose arrivait, c'était ma responsabilité. S'ils avaient besoin d'aide parce qu'ils ne se sentaient pas bien, je ne pouvais pas les ignorer ou leur dire de prendre leur mal en patience. On doit les traiter comme on voudrait être traité. Il y a encore des gens qui pensent qu'on doit s'en foutre parce qu'ils sont en prison, parce qu'ils ont tué quelqu'un. Oui, ils ont tué quelqu'un, mais ils restent sous notre responsabilité. En traitant les prisonniers avec respect, ils causent moins de problèmes, ils sont moins violents. Suivez Alanna Rizza sur Twitter.