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Drogue

Au fait, pourquoi voulez-vous légaliser la weed ?

Entre deux joints, vous auriez peut-être pu vous poser la question.
T. Kid
par T. Kid
30.12.13

_La pochette de l'album de Peter Tosh, Legalize It. _(Photo__ via)

En ma qualité de spécialiste de la weed pour VICE, j’ai rencontré pas mal de fumeurs de ces derniers temps, des mecs en faveur de la légalisation de la marijuana, pour des raisons que vous connaissez sans doute déjà. Je suis bien plus fasciné par les types – amateurs de fumette ou pas – qui s’opposent à ce mouvement de légalisation. C’est ce qui a inspiré cette tribune.

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L'inconvénient des mantras, c'est qu'à force de les répéter, ils ne veulent plus rien dire. Prenez n'importe quel mot, ou phrase : si vous le répétez sans cesse, vous en oublierez le sens. Depuis que la weed est interdite, les amoureux inconditionnels, les militants et les anticonformistes ont mené campagne pour sa légalisation, en transmettant au fil des générations le slogan fourre-tout et plein de bon sens : « Légalisez-la. » Mais Peter Tosh n'a sans doute pas imaginé que le monde d'aujourd'hui se mettrait à la « légaliser », moins de quarante ans après l'écriture de son classique. Maintenant que le processus est bien enclenché, nous verrons bien si la mission est aussi simple que le laissent penser les paroles de Tosh.

J'ai mes raisons de vouloir que la weed soit légale, mais comme beaucoup de fumeurs occasionnels, ces raisons sont en fait des préférences personnelles. Oui, ce serait génial de pouvoir fumer librement, mais est-ce une raison suffisante pour soutenir la légalisation ? Le débat se doit d’être plus poussé que ça.

La première raison qui me vient à l'esprit, c'est l'injustice à la base de notre conception traditionnelle de la marijuana. C'est illégal parce qu'un groupe de vieux magnats du XXe siècle a voulu nous rendre accro à l'essence, au plastique et aux tabloïds. (Certains de ces magnats sont maintenant des personnages de la série Boardwalk Empire.) Aujourd'hui, les lois interdisant la consommation de drogue « douce » font que des jeunes croupissent dans des prisons insalubres. Légaliser la weed, ça ne signifie pas uniquement lever une interdiction – c’est une victoire symbolique contre le sale mélange entre politiques, normes et intérêts d’un petit groupes d’individus qui dirigent l’économie de marché.

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Mais si cette victoire devient effective, une question continue à se poser : on a bien vu à quel point le marché illégal de la weed posait problème, en termes de dégâts sociétaux et de qualité de ce qu’on est amené à fumer. Quand la weed sera légale, on peut être certain que l'industrie de la marijuana sera un marché qui se comptera en milliards d'euros – les hommes d'affaires comme Jamen Shively n'attendent que d’en tirer profit. Qu'est-ce que cela signifiera pour la weed qu'on fume ? Le même genre d’individus douteux qui ont conduit à son interdiction en tireront cette fois profit. Et en ce qui concerne la qualité, j'en ai parlé avec Q, un producteur qui se consacre entièrement à son art et ses plantes : celui-ci était convaincu que le secret d'une weed de qualité reposait sur l'attention privilégiée que l'on portait à chacun des plants. Selon lui, l'agriculture à grande échelle n'égalera jamais la culture privée. Il dit peut être ça parce qu'il perçoit dans la weed industrielle une menace imminente pour son business. Mais on peut sans peine imaginer l’attractivité d’une weed bon marché sur la clientèle, et Q a un pouvoir promotionnel moindre qu’une chaîne de supermarchés.

Ainsi, on ne peut pas vraiment savoir si la production industrielle de weed sera bénéfique à la qualité de ce que l’on consomme. Toutes les dérives de l’industrie agro-alimentaire tendent à nous prouver que ça risque de ne pas être le cas. Mais on peut en revanche se pencher sur les bénéfices thérapeutiques de cette plante que d’aucuns considèrent comme miraculeuse : le fait que la marijuana soit illégale durant tant d’années a considérablement entravé les recherches sur son potentiel médicinal. Mais les résultats les plus récents semblent conformes à ce que les défenseurs affirment depuis le début : en plus de son efficacité contre le cancer et les glaucomes, on découvre que le cannabis a un effet positif sur les maladies difficiles à traiter, comme l'épilepsie.

J'ai tenu ce discours face à ma belle-sœur médecin, qui fait partie de ces professionnels de la santé très sceptiques quant aux miracles qu’on attribue à la weed. On ne peut pas la soupçonner d’étroitesse d’esprit – après tout, elle est mariée à mon stoner de frère, Bhai –, mais malgré les preuves anecdotiques ou les vidéos miraculeuses sur YouTube que j'ai pu lui présenter, je n'ai pas pu la convaincre des vertus thérapeutiques de la weed. Selon elle, tout le raffut actuel crée des attentes délirantes quant aux bienfaits prétendus de la weed médicale.

Bien que le correspondant médical en chef de la CNN, Sanjay Gupta, pense désormais que la weed est cool, on ne peut pas vraiment trancher ce débat. Il faudra des années de recherche pour trouver quels agents soignent quelle maladie, et pour délimiter clairement les effets négatifs de la plante. J'admets avoir des difficultés à croire que ma plante favorite puisse causer du mal, mais c'est justement ce penchant tout personnel qu'il faut éviter de ramener sur le tapis lorsqu'on évoque les vertus thérapeutiques de la weed. Je suis certain que les débats avec ma belle-sœur ne cesseront pas de sitôt.

Nous ne savons pas exactement dans quel monde nous allons vivre une fois que la weed sera en libre accès, mais le mouvement autour de la légalisation ne semble pas près de se calmer. Les adversaires farouches de la weed sont mal barrés, et ceux qui luttent pour la légalisation ont encore du chemin à faire. Je continuerai toujours à affirmer que la weed devrait être légale, mais si je ne me pose pas de questions sur la répétition de ce mantra, je perdrais de vue le débat que ce mantra sous-tend.