Rouquins de France, unissez-vous !

L'organisatrice des Ginger Parties nous a parlé de l'importance de rassembler des roux pour empêcher leur extinction programmée.

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mars 12 2015, 9:00am

Toutes les photos sont publiées avec l'aimable autorisation des organisateurs des soirées Roux

De South Park – et l'hypothèse selon laquelle les roux n'ont pas d'âme d'Eric Cartman – à la banque de sperme internationale Cryos quiinterdit aux roux de filer leur semence, jusqu'au clip Born Free de M.I.A dans lequel le génocide de roux est mis en scène, les rouquins ont toujours constitué une cible facile dans la culture populaire, en partie à cause de leur minorité évidente – en France, ils ne constitueraient que 5 % de la population, contre 1 à 2 % dans le monde entier. Afin de remédier à cette discrimination de moins en moins latente, Alice, une Anglaise, et son pote Gérald, un Français – tous les deux étant des natural born ginger – ont décidé de créer les Soirées Roux.

Créées il y a deux mois, les Soirées Roux ont pour but de rassembler le maximum de rouquins et de rouquines du Vieux Lyon pour qu'ils boivent des coups tous ensemble – ce qui est en soi une bonne excuse pour faire la fête, ainsi qu'une chance de procréer pour assurer la survie de leur espèce.

Alice m'a expliqué qu'il y avait déjà des fêtes organisées exclusivement pour les roux en Irlande et aux Pays-Bas mais que c'était la première de ce type en France – avec une telle reconnaissance en tout cas. En effet, l'affaire commence à prendre de l'ampleur dans les petits cercles de Lyon. En attendant leur prochaine soirée le 6 avril, je l'ai contacté pour en savoir plus sur sa Ginger Party.

Alice et son ami Gérald. Photo : Éric Baule

VICE : Hé Alice, comment as-tu eu l'idée de cette ginger party ?
Alice
: On était un peu éméché pendant les fêtes de Noël avec mon pote Gérald, et on parlait du fait d'être roux tous les deux. Lui organise déjà des événements, comme des tournois de pétanque entre commerçants dans le Vieux Lyon. Alors, fort de son expérience d'organisateur et de « rassembleur », on s'est dit que ce serait marrant de faire une soirée pour rassembler plein de roux au même endroit. Pari réussi, je n'avais jamais vu autant de roux dans une même pièce, en vrai.

T'as eu un choc en voyant la quasi absence de roux en France – après ton départ d'Angleterre ?
Un peu ouais. En tant que rousse, j'ai un bon « ginger radar », dès qu'il y en a aux alentours je les vois. Je me suis sentie un peu perdue ici. Mais ça va mieux maintenant.

C'est un hommage aux roux ou juste une occasion de faire la fête ?
C'est vraiment juste une occasion de faire la fête, et c'est drôle d'être en soirée et de voir autant de roux dans le même bar ! C'est fait bizarre mais ça fait du bien. On se retrouve en surnombre, pour une fois.

Vous faites une soirée par mois, c'est ça ? Comment ça se passe sur place ?
C'est bien une fois par mois, la prochaine c'est lundi 6 avril. L'endroit pour le moment est le Johnny Walsh, dans le quartier de St Georges du Vieux Lyon. Normalement pour les Soirées Roux je suis derrière le bar avec le patron (qui a des cheveux gris, signe que la vie est difficile pour les non-roux aussi...). Le bar est cool, et en plus on fait des prix pour les roux et ceux qui viennent « déguisés » en roux. On sert principalement du whiskey cocktail avec ginger ale et des pintes de bières rousses pour rester dans le thème.

Beaucoup de gens sont venus aux soirées depuis le lancement ?
Le bar était plein les deux fois, et si on parle que des roux, on était plus de 25 – ce qui est déjà bien pour une deuxième soirée, surtout quand on sait qu'on a seulement commencé de lancer le « concept » à la mi-janvier. Ça marche fort, surtout pour un endroit comme Lyon où je trouve qu'il n'y a pas beaucoup de roux. La prochaine va être vraiment énorme !

Il y a une espèce d'acharnement inexplicable envers les roux, en as-tu souffert plus jeune?
Oui, j'avais un peu de mal avec ça. J'ai même changé d'école à cause de quelques connards qui m'emmerdaient dans la cour de récré. Je ne pouvais plus vivre avec ce bizutage, et mes parents m'ont changé d'école. Je suis tout de même retournée dans mon ancienne école – pas pour suivre les cours, mais pour frapper le leader du groupe qui m'avait harcelée. Je me suis sentie vraiment mieux après. Bref, je n'en souffre plus – je me dis que les enfants sont méchants quand ils voient quelque chose de différent chez un camarade de classe, c'est comme ça. Tu peux être roux, gros, avoir des bagues, des boutons, etc., le truc c'est juste de ne pas tout avoir en même temps et tu t'en sors en grandissant. Les enfants, c'est un peuple intrinsèquement cruel en fait.

Maintenant ce peuple a grandi et certains des anciens harceleurs de roux de Lyon sont devant la porte de ton bar en perruques rousses pour faire la fête avec toi. Tu les as laissé rentrer ?
Oui, l'objectif n'était pas du tout d'interdire les non-roux. On ne fait pas de discrimination contre les non-roux – on ne veut pas s'abaisser à leur niveau. Le but, c'est de faire venir du monde et qu'ils jouent le jeu ! Par exemple, un copain à nous a joué de la musique en portant une perruque, et d'autres l'ont imité le mois suivant. Pour la première soirée en février, des gens sont venus avec de la bombe dans les cheveux, dans la barbe et dans les sourcils. On avait même un copain noir qui avait teint sa barbe en roux pour l'occasion – ce qui est assez atypique. Après, il l'a gardée jusqu'à la soirée de mars, et il nous assure qu'il va garder sa barbe rousse – on verra bien ! Comme quoi, ces soirées ont créé des vocations.

Selon une étude contestée de The Independent, les roux sont en voie d'extinction, et la banque de sperme international Cryos leur interdit de filer leur semence. Alors est-ce cette soirée avait aussi pour but de regrouper des roux et des rousses dans un endroit chargé d'alcool pour favoriser leur copulation– une sorte d'aide à la reproduction de l'espèce ?
C'est vrai qu'apparemment nous (les roux) sommes en voie d'extinction. Il nous reste que 60 ans sur cette planète à cause du réchauffement climatique. Enfin c'est ce que cette étude prétend. Alors aider à la reproduction de l'espèce, pourquoi pas. J'y ai pensé, un peu. J'en étais consciente en fait – dans un coin de ma tête. On pense demander une extension de licence pour devenir un club échangiste pour les roux – the Sweaty Ginger ou un truc dans le genre [rires]. Si ces soirées augmentent les chances de choper, tant mieux.

Merci Alice. On se voit le 6.

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