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LE NUMÉRO EMBARGO

Castroland

Les deux pâles Danois que nous sommes avions décidé de passer des vacances à Cuba, au mois d’avril, sans nous attendre à quoi que ce soit de précis.
19.7.10

On a trouvé ce flamant rose en plastique et au cou cassé dans le jardin d’un vieil hôtel de bord de mer, à Cienfuegos. C’est une bonne métaphore du pays dans son ensemble.

Les deux pâles Danois que nous sommes avions décidé de passer des vacances à Cuba, au mois d’avril, sans nous attendre à quoi que ce soit de précis. Bien sûr, on avait en tête tous les stéréotypes : l’architecture coloniale, les vieux messieurs cigare à la bouche, les automobiles américaines des années 1950 et la salsa. Mais on se demandait ce à quoi pouvait réellement ressembler Cuba, surtout maintenant que les architectes de la révolution sont de vieux hommes voûtés qui ont perdu la capacité à gouverner ce que la sœur de Fidel a un jour appelé « une énorme prison entourée d’eau ».

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Ça fait plus de cinquante ans que Castro et ses camarades ont marché sur La Havane pour en déloger le dictateur Fulgencio Batista. Depuis, cette petite île-État a souffert d’un embargo commercial total – un « blocus » – des États-Unis qui prive ses habitants de beaucoup de choses qu’on a généralement tendance à considérer comme acquises. Durant notre voyage, on n’a pas été étonnés d’observer que Cuba conserve en grande partie une sorte d’aura de Guerre froide, parfaitement anachronique. C’est démodé, déréglé, déphasé par rapport au monde moderne.

On a été témoins d’une forme unique de déliquescence sociale, et c’est tout aussi déroutant que beau, et triste. Le pays est paré d’objets à l’esthétique kitsch, en plus d’être privé des technologies modernes les plus répandues. Ces dernières années, c’est en outre devenu un endroit marqué par des formes douteuses de tourisme. Ça évoque pas mal un parc à thème délabré qui serait désespérément en manque de nouvelles attractions. Mais ce contexte particulier a produit de nombreuses belles choses à prendre en photo, ce que nous avons fait.

Les Cubains vont au bowling, mais pieds nus, et les couleurs des boules sont très différentes de ce qu’on peut trouver sur une piste de bowling américaine moyenne.

On a aperçu ce fermier au loin, il contemplait un feu restreint sur ses champs. Mais c’est devenu hors de contrôle quand les épis de maïs sec se sont mis à exploser, dans un nuage de fumée dense. Le fermier n’était, au final, pas très réjoui.

Les Cubains se sont retrouvés politiquement, socialement et financièrement isolés

du reste du monde pendant des décennies. Résultat, leur accès aux outils modernes de communication a toujours été très limité, et le peu de choses auxquelles ils ont accès est très lourdement censuré. Ça fait seulement deux ans que le gouvernement a mis en place une infrastructure Internet et a autorisé les gens à surfer sur le Net.

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Les Cubains sont encore nostalgiques de l’époque où les vedettes américaines et les gangsters flânaient dans les rues de La Havane. Aldo, le barman de notre hôtel, était sapé comme s’il sortait du Parrain II.

Voici Cesar, un retraité italien. Il se rend à Cuba plusieurs fois par an pour faire la connaissance de dames cubaines. Elles deviennent ses « petites amies » et vivent avec lui dans n’importe laquelle de ces casas particulares (des sortes de chambres d’hôtes) où il séjourne. L’industrie du sexe à Cuba est en pleine expansion, notamment parce qu’il y a très peu d’opportunités d’emploi pour les jeunes femmes du pays.

Le zoo national de Cuba est situé à une quinzaine de kilomètres de La Havane. On n’avait pas de carte décente et il n’était nulle part indiqué, mais on l’a trouvé après avoir tourné une bonne heure, au bout d’une route boueuse. C’était un endroit désolé et décrépit. Peut-être que ce clown essayait de réchauffer un peu les cœurs. Ça ne marchait pas vraiment.

Un touriste slovaque qui avait l’air de se sentir comme à la maison, juste en dehors de La Havane. Ce qui était moins kasher, c’était la fille de 18 ans qui l’accompagnait, et qui se tient juste en dehors du cadre.

Et voici Jaimes, un Chilien. D’une façon inexplicable, il nous a demandé si on faisait un projet sur les nazis. Et, comme vous l’avez probablement deviné, c’est un grand fan du Che.

Vladimir est la star du ballet aquatique quotidien de l’Aquarium national, à La Havane. Il était à la fois élégant et viril – ce qui est plutôt difficile quand on porte un pagne.

On a visité Cienfuegos, qui se trouve à environ 250 kilomètres de La Havane. Là-bas, on a rencontré cette femme, la secrétaire d’une organisation étatique composée d’architectes et d’ingénieurs. Son bureau était minuscule et pas vraiment tape-à-l’œil. Malgré ses quartiers plutôt modestes, elle était très fière de l’organisation et contente de nous laisser la photographier au travail. Et, oui, la moustache est très réelle et étonnante.

Une vitrine de magasin à La Havane. Vous pourrez éprouver des difficultés à trouver du dentifrice et du savon, mais si vous êtes tentés par quelque chose d’ésotérique, par exemple un vélo pour mini-ours, ils en ont.

À la tombée du jour, on a trouvé ce touriste américain esseulé qui paressait au bord de la piscine du légendaire Hôtel Habana Riviera, qui a ouvert ses portes fin 1957. Très peu de choses ont changé depuis, sinon que de moins en moins de gens s’y rendent chaque année.

Voici Yimi Konclaze, un rappeur/DJ local assez connu, qui vient de finir son deuxième album. Un de nos amis le connaît et nous a demandé de ramener à Yimi un téléphone portable qu’il est difficile de se procurer (à Cuba). On lui a rendu visite dans son minuscule appartement-studio d’enregistrement, où il vit en compagnie de sa mère, sa sœur, et sa fille de 8 ans.

Reynaldo est un entrepreneur respecté qui verse avec succès dans l’écotourisme. Sa passion : les crocodiles. Il en possède plusieurs exemplaires naturalisés chez lui, en plus d’en avoir un vivant dans sa cour.

C’est vendredi soir à l’hôtel Habana Riviera ! La fête bat son vide sur le dancefloor.

À Trinidad, un village rural, ce vieux monsieur demande 50 cents aux touristes pour se laisser prendre en photo. Le reste du temps, il est assis sur son mulet à fumer des cigares. Il nous a dit qu’il lui arrivait de stationner à d’autres endroits de la ville, mais la plupart du temps, vous pouvez le trouver précisément là. Ces derniers temps, ses affaires vont mal, a-t-il ajouté.

On trouve très peu de publicité à Cuba. Peu d’entreprises occidentales considèrent que c’est profitable, parce que les gens manquent de ressources. Les autorités cubaines sont également convaincues qu’un pays qui se bat pour avoir accès à des biens commerciaux basiques n’a que très peu besoin de propagande commerciale. Nonobstant, les Cubains de cette pub Nestlé ont l’air de beaucoup apprécier leur glace, surtout le mec qui ressemble à Tracy Morgan.