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Des nouvelles d'un peu partout

Un Trivial Pursuit islamiste, des réserves de natives à l'abandon et le pire tatouage facial du monde.
1.2.12

TRIVIAL PURSUIT, ÉDITION TERRORISTE
TEXTE : WOLFMAN JAGOFF

En septembre dernier, une radio locale d’Elasha Biyaha, en banlieue de Mogadiscio, a organisé un concours très marrant de récitation du Coran pour les enfants. Le premier prix était un AK-47 et 500 €, et le troisième prix : deux grenades et 300 €. L’événement était sponsorisé par Al-Shabbaab, une filiale somalienne d’Al-­Qaida. Il y avait même un quizz bonus avec des questions du style : « Lors de quelle guerre le frère martyr cheik Timajilic s’est-il fait tuer ? »

Cette compétition permettait surtout d’échapper, au moins pendant quelques instants, à la programmation typiquement ­somalienne de cette radio qui consiste principalement en des bruits de coups de feu, d’explosions et de grognements d’animaux – et ce, depuis que le groupe d’insurgés Hizbul Islam a décrété que la musique dérogeait au « code islamique ». Même Mukhtar Robow, un représentant d’Al-Shabbaab, était bluffé. Il s’est d’ailleurs empressé de souligner : « Pour défendre l’islam, les jeunes devraient tous étudier d’une main et apprendre à se servir d’une arme de l’autre. »

NE VOUS FAITES PAS TATOUER DE SVASTIKA SUR LA GUEULE
TEXTE : ALLISON RAMIREZ
PHOTO : JULIE WIDNER

Quand Bryon Widner, l’un des fondateurs du gang de skinheads Vinlanders, a fondé une famille, il a décidé qu’il était temps de mettre son passé de raciste derrière lui. Chose qui s’avère compliquée quand on a le visage recouvert de tatouages racistes ou ultraviolents, des signaux forts genre un rasoir ensanglanté et des croix gammées.

Bryon s’apprêtait à s’asperger la gueule avec de l’acide quand sa femme a contacté le One People’s Project, un groupe « antihaine » de Philadelphie. Ils l’ont mis en contact avec T.J. Leyden, un ex-néonazi aujourd’hui à la tête d’une organisation du nom de StrHATE Talk. Grâce à l’aide de T.J., un donneur a proposé de financer le retrait des tatouages du visage, du cou et des mains de Bryon. Pour la modique somme de 26 000 euros et après 25 opérations douloureuses étalées sur 16 mois, Bryon souffre désormais de migraines et affiche de multiples lésions de la peau. Il reçoit également des menaces de mort toute la journée. « Il n’y a pas de manuel, explique Bryon. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a. »

  LES INDIENS DU GOUFFRE
TEXTE : BEN MAKUCH
PHOTO : COREY ADCOCK

Les réserves indiennes d’Amérique sont rongées par la violence, comme celle de Samson Cree First Nation où un gosse de 5 ans s’est pris une balle perdue, ou encore celle de Sandy Bay First Nation où une femme s’est fait décapiter. Certaines réserves commencent à ressembler à des favelas brésiliennes : les crimes à l’arme à feu et les incarcérations sont en hausse constante, le taux de sidéens est parmi les plus hauts au monde et plus d’un tiers des habitants a quitté l’école avant le bac. La situation ne devrait pas s’améliorer pour cette communauté qui s’appauvrit à vue d’œil (plus de 1,1 million de personnes au total) et qui représente non seulement la population la plus jeune du Canada mais aussi celle qui connaît la plus forte croissance démographique. Et le problème, c’est qu’au pays des caribous, tout le monde s’en tamponne. Le gouvernement fédéral n’a aucune solution dans ses tiroirs et les Affaires autochtones sont un gouffre financier.

Si la plupart des tueurs en série du Canada prennent pour cible les femmes autochtones, ce n’est pas une coïncidence : les flics s’en foutent. Avant que le serial killer le plus productif de la nation (Robert Pickton, un éleveur de porcs de Vancouver emprisonné pour le meurtre de 50 femmes) ne soit arrêté, les putes autochtones avaient offert à la police des informations sur le criminel. Audrey Huntley, une activiste anishinaabe qui a travaillé avec les prostituées de l’est de Vancouver, ­témoigne : « Une amie est allée voir les flics en 1998 pour leur parler de la ferme de Pickton. Ils l’ont qualifiée de “sale pute junkie”. »

Les statistiques sont éloquentes : Amnesty International affirme que les femmes autochtones ont cinq fois plus de chances d’être assassinées que n’importe quelle autre femme du pays. Quant aux jeunes hommes, ils gonflent les rangs des gangs à une vitesse fulgurante. On reproche à la police d’être totalement indifférente au sort des autochtones. Au lieu de s’occuper du problème, le ­gouvernement continue de protéger les politiques archaïques comme celles de l’Indian Act du XIXe siècle. « Dix pour cent des affaires en cours concernent les autochtones, et ce sont les plus dures à résoudre, explique l’ex-officier de la police montée canadienne. Les témoins sont introuvables : les gangs imposent le silence et les gens ne font pas confiance à la police. Pour eux, les flics sont ­l’ennemi. Et franchement, on ne peut pas le leur reprocher. »