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Todd Phillips : Frat House est hyper cool.Ce qui m'a intéressé, c'est de voir à quel point tu étais impliqué dans ce projet. Tu t'es notamment fait enfermer dans une cage pour chien alors qu'on te balançait de la bière et des cendres.
C'est exactement ça, oui. Je me suis sacrifié pour l'amour du métier. Le film traite des bizutages et des rituels étranges que certains hommes sont prêts à subir pour avoir le sentiment d'appartenir à un groupe. Tout le monde a tellement peur d'être mis à l'écart qu'ils sont prêts à être frappés, à se faire pisser ou vomir dessus juste pour faire partie d'un clan, ce qui est pathétique. C'est un phénomène purement américain. Je ne pense pas qu'il existe en Angleterre, mais on le rencontre dans toutes les facs aux États-Unis. En ce qui concerne la première école où nous sommes allés, les enfants nous ont tous dénoncés et virés en nous disant qu'on n'avait pas le droit d'en filmer plus. Alors, Andrew et moi sommes allés dans une deuxième école, et afin de gagner leur confiance et d'apaiser leurs craintes, nous leur avons dit : « On prêtera tous les serments que vous voudrez, et comme ça nous prendrons notre part de responsabilité. » Ça a relâché un peu la pression, ils ont accepté et… je me suis retrouvé enfermé dans une cage pour chien alors qu'on me vomissait dessus.Qu'est-ce qui t'a traversé l'esprit à ce moment ?
Ce qui est drôle, c'est que j'étais plutôt excité car je savais qu'on filmait exactement ce que je voulais avoir. C'est pour ça que j'ai fait ça. Je n'étais aucunement contrarié car je savais pour quelle raison je le faisais, et que ce serait bientôt fini.Est-ce que tu peux me parler de la polémique suscitée à la sortie du film ?
La controverse ne vient que d'une chose. Quand tu filmes des fils et des filles d'Américains blancs et riches, tu t'engages à en irriter plus d'un. HBO a fait de nombreux documentaires qui ont gagné des prix, et ils traitaient presque exclusivement de la même chose : les maquereaux, les putes, les strip-teaseuses, le crack, les confessions dans un taxi etc. Des cibles faciles. Ils ont fait des films sur des skinheads et des militants anti-avortement acharnés. Des films importants, qui parlent de gens en marge de la société. Je considère les marginaux comme des cibles faciles, alors que Frat House parle d'Américains blancs de la classe supérieure, dont les parents sont avocats, docteurs ou politiciens. À m'entendre, on dirait que je balance une espèce de théorie controversée et paranoïaque, mais c'est vrai. Et quand tu sors ce genre de films, ces gens qui ont plein de ressources vont te menacer de te poursuivre en justice. Tu peux accepter de t'engager dans cette bataille ou pas, et HBO a choisi de ne pas se mouiller. La controverse est là. C'est dommage – c'est eux qui ont les droits sur ce film, ils l'ont financé, je n'ai pas d'autre alternative.De quoi t'accusaient les étudiants en réalité ?
Les gamins disaient qu'ils avaient dû refaire les scènes cinq fois. C'est entièrement faux. Je n'ai jamais dit quelque chose comme « Attends, repasse par cette porte encore une fois ». Ce qui est fréquent dans les documentaires. Mais non, nous n'avons jamais fait une chose pareille. Ce n'est pas comme ça que je procède quand je fais un film. Ce que les gens ne comprennent pas vis-à-vis de la réalisation d'un bon documentaire, c'est qu'il faut écrire un scénario. Tu écris le film, puis tu commences. Et tu manipules chaque personne pour qu'elle dise exactement ce que tu veux qu'elle dise. Je plaide coupable pour ça. C'est comme ça que je fais un documentaire. Parce que tu sais quoi ? Le documentaire purement objectif, ça ne m'intéresse plus, parce que les gens sont trop conscients du pouvoir de la caméra. À mes yeux, les documentaires sont fomentés par la manipulation. C'est triste à dire, mais c'est vrai. Tu vas filmer en sachant parfaitement ce que tu veux faire, et tu reviens avec ce que tu souhaitais. Je suis un manipulateur, et j'en assume complètement la culpabilité.