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Avoir un bon CV en Amérique ? Faites une 
fac de renseignement !

Aujourd'hui, devenir espion 
est un cursus comme un autre.

L'université de Georgetown fait partie des dix plus grandes écoles militarisées d'Amérique. Photo via l'utilisateur Flickr oasoea

Cet article est extrait du numéro du Sceptre et de la Couronne

Pourquoi les services de renseignement américains se trompent-ils si souvent ? Pourquoi chaque État islamique, Printemps arabe ou geste de Poutine surprend-il le gouvernement ? Pourquoi des hôpitaux continuent-ils d'être bombardés pour rien ?

Les réponses officielles n'ont pas changé depuis le 11 septembre 2001 : « On ne pouvait pas savoir », « Le renseignement est un art, pas une science ». À chaque nouveau point noir, les échecs du renseignement se muent en arguments politiques.

Et ensuite ? Nous réorganisons. Le budget augmente. Nous collectons encore plus de données, grâce aux drones et aux satellites. Nous passons très peu de temps à nous demander si nos stratégies sont bonnes, ou si « le renseignement » est assez renseigné. Mais, pour la première fois, nous avons un semblant de réponse.

VICE News a analysé les données tirées des cursus universitaires de plus de 90 000 employés des services de sécurité américains et en a tiré ses conclusions :

• Sur les 100 meilleures écoles dans lesquelles vont les cadres de l'élite qui s'occupe de la protection des citoyens américains, 20 sont des usines à diplômes douteuses.

• Aucune des 100 meilleures écoles d'art américaines n'est classée parmi les 100 plus prestigieuses universités du pays – celles où les analystes et agents ont tous obtenu leur diplôme.

• Les institutions par lesquelles la majorité des espions passent sont localisées autour de Washington ou des autres centres de renseignement : Cochise College, Central Texas College ou University of Central Florida.

• Les diplômes de sciences de l'information et de management sont les plus fréquemment décrochés. Aucun diplômé d'histoire ou de langues ne figure sur la liste. Il semblerait que la sécurité nationale soit hermétique au monde extérieur.

Quatre types d'institutions dominent la liste VICE News des 100 écoles les plus militarisées d'Amérique : les écoles en ligne ; les institutions de Washington, du Maryland et de Virginie ; les universités parrainées par la sécurité nationale ; et les écoles qui enseignent la « sécurité intérieure » et le « renseignement policier ». Tous ces cursus universitaires n'existaient pas avant le 11-septembre. Désormais, ils sont proposés par plus de 250 institutions. Beaucoup d'entre elles ont bénéficié du statut d'établissement antiterroriste ; leur chiffre d'affaires total, déduit des contrats de sécurité nationale, des bourses et des frais de scolarité, s'élève à plus de 15 milliards de dollars par an. Les écoles et leur cursus post-9/11 n'ouvrent pas les étudiants au monde – ils les rendent prisonniers des besoins du gouvernement fédéral. Les employés ne doivent pas être spécialistes du Moyen-Orient pour autant. La liste montre simplement à quel point la cyber-sécurité et le traitement des big data ont changé la manière dont on enseigne aux gens qui intègrent les services de renseignement.

L'image renvoyée depuis le 11-septembre est celle d'une communauté dont les activités sont : collection de données et spécialisation dans certaines régions du monde. Mais les faits vont à l'encontre de cette vision : le monde du renseignement est devenu plus technique et embourbé dans les données. Les facs ne se contentent plus seulement d'éduquer – mais de fournir leurs services, au nom d'un plus grand maître.

Cliquez sur l'image pour agrandir.


William M. Arkin est le coauteur de Top Secret America. Il a collecté les données biographiques d'employés des services de renseignement et de personnes ayant été affectées à des missions secrètes depuis le 11-septembre. Alexa O'Brien est une journaliste d'investigation nominée au Martha Gellhorn Prize for Journalism en Grande-Bretagne.