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Le vrai ghostbuster

Durant toute sa carrière, William Hope n'a cessé de prétendre qu'il photographiait des fantômes.

par de William Hope ; Article de River Donaghey
16 Juin 2015, 8:00am

All photos courtesy of the National Media Museum and Flickr


Photos publiées avec l'aimable autorisation du National Media Museum et de Flickr

Au début du XXè siècle, un Britannique du nom de William Hope s'est fait connaître dans les cercles de spiritisme pour ses photos d'esprits. Hope a ensuite fondé le Crewe Circle, un groupe de photographes spécialisés en la matière. Lui et sa cohorte allaient rendre visite à des familles endeuillées par la Première Guerre mondiale et cherchaient désespérément des preuves que leurs proches étaient toujours présents sous forme spectrale. En 1922, Hope gagnait suffisamment bien sa vie de son activité, et travaillait également comme médium – même Sir Arthur Conan Doyle, le célèbre père de Sherlock Holmes, en était un fervent soutien.

Quelques sceptiques ont prétendu que les photos de fantômes de William Hope relevaient plus du montage que de preuves d'activité surnaturelle. En 1922, un article du Scientific American a exposé les montages et les techniques de double exposition que Hope et sa bande utilisaient pour créer leurs images. Malgré ces allégations, Doyle a continué à soutenir Hope. Il a même publié un livre destiné à le défendre : The Case for Spirit Photography. Même après avoir été démasqué, Hope a continué à prendre ses photos hantées jusqu'à sa mort, en 1933. Doyle a été un soutien indéfectible jusqu'à la fin.

Les photos de Hope qui nous restent appartiennent aujourd'hui au National Media Museum. Si ces images sont certes étranges et troublantes, on voit clairement qu'elles sont fausses – il est assez ironique que même l'écrivain qui a créé le détective le plus brillant du monde soit tombé dans le panneau. Après avoir découvert l'histoire et les photos de Doyle sur le site Public Domain Review, je me suis intéressé à ses manipulations, impressionnantes pour l'époque. J'ai donc interrogé Nathaniel Stein, conservateur en photographie au Philadeplhia Museum of Art, afin d'en savoir plus sur la photo hantée.

VICE : Comment Hope a fait pour falsifier ces photos hantées ?
Nathaniel Stein : Avant l'ère digitale, il était aussi facile de manipuler une photo qu'aujourd'hui. Les effets supernaturels étaient obtenus en utilisant la bonne vieille technique de la double exposition. Des photographes comme Hope prenaient leurs négatifs sur des verres photosensibles. Vous installez votre apparition (ou ectoplasme, ou peu importe) devant l'objectif et vous enlevez le cache pour une courte durée. Ensuite, vous utilisez le même verre pour photographier un modèle vivant.

Le négatif développé sort avec les deux images – une image pas entièrement exposée de votre « fantôme » et une de votre modèle, qui a l'air de ne se rendre compte de rien. Une alternative est d'imprimer plusieurs négatifs sur le même papier photo.

À l'époque, beaucoup de photographes réalisaient des montages de ce genre ?
Il y a plusieurs noms assez connus dans la photo hantée – William Mumler est peut-être le plus réputé aux États-Unis. Il a connu son âge d'or à la fin des années 1860. Comme Hope, Mumler a été démasqué de son vivant – il y a même eu un procès –, mais pas mal de gens continuent à croire en la véracité de son travail.

Pourquoi des gens ont continué à y croire, même quand il a été prouvé qu'il s'agissait d'un hoax ?
À cette période, le spiritualisme était bien implanté en Europe et aux États-Unis, donc l'aspect photographique de la pratique n'a fait que compléter un phénomène culturel déjà important. Comme les médiums, je suis sûr que les photographes du genre avaient un certain charisme, un magnétisme. Je suis sûr que beaucoup de leurs adhérents avaient un profond besoin de croire qu'un contact avec les morts était possible.

C'est vrai. Beaucoup de fans de Hope ont perdu des proches pendant la guerre ; ils avaient besoin de faire face au deuil.
Oui. Il ne faut pas oublier la micro-photographie, l'enregistrement photographique du spectre visible et la photo par rayon X – autant d'exemples où un appareil photo a été utilisé par des scientifiques comme une machine qui pouvait voir ce que l'œil humain ne peut pas. Est-ce que la photo hantée serait bien différente ?

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