monde du travail

Comment s'assurer une augmentation salariale chaque année

Vous munir d'un carnet et prendre des notes en réunion est déjà un bon début.

par Gwen van der Zwan
24 Avril 2019, 7:14am

Photo par HAZEMMKAMAL viaGettyImages

Il n’est pas hors de propos de prétendre à une hausse salariale de temps à autre, votre patron en est bien conscient. Lorsqu’il apprécie le travail fourni, il n’a d’autre choix que de vous octroyer une rémunération à la hauteur de vos capacités. Tout patron qui se respecte est conscient qu’à défaut de vous augmenter, c’est la bonne ambiance de toute l’entreprise qui en prendra un coup. Il est par ailleurs plus que probable que ce vendeur hors pair que vous êtes finisse par aller voir chez la concurrence.

Même si votre patron essaye de vous amadouer avec l’un ou l’autre cadeau de Noël reçu par un fournisseur ou avec un ordinateur flambant neuf, tôt ou tard le sujet sera abordé. C’est alors à vous de jouer et de faire comprendre de façon subtile et rusée qu’une augmentation s’impose. Bien que ce soit risqué, il n’existe aucune loi qui limite ce genre de demandes aux réunions d’évaluation ou de prolongation de contrat. Qui sait, le moment idéal se présentera peut-être après avoir remporté l’affaire du siècle, lors d’une réunion de debriefing au cours de laquelle vous pourrez proposer un dernier point à l’agenda qui portera sur les conditions de travail.

Pas la peine de mentionner l’argent au début de la conversation, précise la coach en négociations Ilona Eichhorn. Pour éviter de donner l’impression que c’est la seule chose qui importe, elle conseille par exemple d’entamer la conversation par les conditions de travail. Concentrez-vous davantage sur ce sujet en ne vous limitez pas aux aspects financiers.

« Les dirigeants n’apprécient guère la convoitise, » explique Eichhorn. À la place, mentionnez subtilement les heures sup que vous avez l’habitude de faire ou les tâches supplémentaires qui vous ont été attribuées. Il va de soi que vous continuerez à les exécuter de bon cœur, mais un petit plus au niveau du salaire serait certainement le bienvenu. Demandez si une compensation peut être envisagée pour ces prestations.

Il s’agit en fait de faciliter les choses au maximum pour que le patron accorde l’augmentation tant convoitée. N’hésitez pas à noter les compliments reçus de sa part pendant les mois qui précèdent votre entretien pour qu’au moment venu il ne puisse nier le fait que vous êtes à ses yeux un élément de grande valeur. Si vous avez déjà eu l’occasion de bénéficier d’une évaluation positive, n’hésitez pas à la mentionner au cours de la conversation pour ainsi démontrer que vous avez déjà fait l’objet d’une appréciation favorable, que vous êtes un atout pour l’entreprise.

Eichhorn a une autre astuce pour faire en sorte que le patron n’ait aucune échappatoire possible. « Si à la concrétisation d’un projet il vous révèle qu’il n’y serait pas arrivé sans vous, envoyez-lui de suite un e-mail pour le remercier du compliment. Cela contribuera à une image positive et ne peut qu’aboutir à une évaluation favorable. »

Autre aspect non négligeable de cette manœuvre : vous avez une preuve noir sur blanc que votre patron a une opinion positive vous concernant. Imaginons qu’il tente de minimiser vos capacités pour ainsi échapper à l’octroi d’une augmentation, autant dire qu’il se sentira extrêmement mal à l’aise lorsque vous lui glisserez le mail en question sous le nez.

Dernièrement, un consultant en entreprise m’a appris que les employeurs apprécient le fait d’apporter des supports écrits à une réunion. « On reflète alors une image de quelqu’un qui prend son travail au sérieux. C’est un signe d’ambition. » Il ne faut donc pas craindre que les listes reprenant vos points forts et vos demandes vous donnent un air avide. C’est un pense-bête pour vous rappeler les faits à ne surtout pas oublier, ce sont les bases de votre raisonnement, ce qui expliquera le bien-fondé d’une augmentation par rapport aux responsabilités supplémentaires, aux efforts fournis ou à l’ancienneté dans la boîte. Toutefois, ça ne sert à rien d’exagérer ; évitez donc de vous comporter comme Spud dans Trainspotting, une figure emblématique qui déballe à toute allure un tas d’infos incohérentes les unes par rapport aux autres dans le but de démontrer qu’il est un bon employé.

Il est par ailleurs recommandé de vérifier au préalable sur le net le salaire horaire moyen pour une fonction telle que la vôtre. S’il s’avère que votre salaire est en-dessous de la moyenne, vous avez tout de suite un argument de taille qui justifierait une augmentation : parce-que même si vous n’êtes pas extraordinaire, vous avez droit à plus ; toutes les personnes avec une fonction similaire ont plus – y compris ceux aux compétences moyennes.

Il se peut aussi que vous découvriez que vous touchez déjà un beau salaire pour le travail exercé. Il convient alors d’éviter de faire des comparaisons. Cependant, si votre patron se pointe avec un tableau récapitulatif des salaires moyens pour justement éviter que vous n’en demandiez plus, vous avez déjà votre réponse toute faite. C’est un fait, les autres gagnent moins, mais vous en faites bien plus. Faites toujours en sorte de savoir exactement de quoi vous parlez. Par exemple : parce que vous vendez trois fois plus de voitures que votre collègue ou que vous livrez les journaux de votre quartier en deux fois moins de temps.

S’il s’agit d’une nouvelle fonction ou d’une promotion, oubliez alors ces moyennes. Enfin, peut-être pas celles relatives à votre nouvelle fonction, mais sachez que l’entrevue prendra alors une toute autre tournure : on se rapproche généralement d’un entretien d’embauche, du début à la fin – et l’aspect financier sera forcément abordé.

Il en va de même si la fonction ne change pas mais qu’une charge vient s’ajouter à votre quotidien, c’est un argument solide pour demander un petit plus. Même s’il ne s’agit que de publier de temps en temps un post sur les réseaux sociaux ou qu’au lieu de vous limiter à débarrasser les verres de la terrasse, vous prendrez dorénavant également les commandes. Il a besoin de quelque chose de votre part, c’est donc le moment idéal pour demander quelque chose en retour.

À l’époque où je faisais moi-même du babysitting, on m’a demandé à un moment donné si j’accepterais de prendre en plus le linge de la maison en charge. Un petit changement, certes, mais le moment idéal pour demander à mon tour un petit supplément pour mes heures de travail. J’ai alors demandé un euro de l’heure en plus, et je l’ai eu.

Il faut cependant une bonne dose de sang-froid, à l’image de Hannibal Lecter : une discussion qui porte sur le salaire peut s’avérer épineuse. Votre patron en fait probablement plusieurs sur l’année, il est donc rodé à l’exercice. « Lors d’une telle entrevue, toutes vos réactions auront de l’importance. » Stipule Eichhorn. « Il est primordial de ne pas enfoncer le clou face à une contre-argumentation mais de détourner adroitement la conversation sur votre valeur ajoutée. »

Ne vous lancez donc pas dans une contre-offensive sans fin face au désaccord éventuel du patron. Et je sais de quoi je parle, ça m’est arrivé. Le reste de mon entrevue a tourné autour de mon instabilité – pas vraiment une bonne base pour demander une augmentation salariale. Il peut s’avérer utile de se limiter à un hochement de la tête dans certains cas, même si vous n’êtes pas d’accord, pour ensuite rebondir avec votre propre argumentation positive.

Il est possible que malgré tout votre patron trouve une ruse pour éviter l’augmentation. Il vous appartient alors de changer de boulot pour voir si l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Même s’il s’agit du job de vos rêves, à un moment donné une augmentation s’imposera pour pouvoir subvenir à vos besoins, payer votre loyer et nourrir vos gosses.

Selon Eichhorn, il est parfois opportun de viser une promotion lorsqu’on souhaite mieux gagner sa vie. Ne serait-ce que pour tirer le maximum de votre travail. Ceux qui ont la chance de bénéficier d'une convention qui prévoit des augmentations de façon régulière, doivent également faire face à un plafond des revenus selon la fonction.

C’est ici mon dernier conseil : si votre boss refuse de faire la moindre concession et que votre seul but est de gagner plus d’argent, lâchez l’affaire et balancez lui un va te faire voir, je démissionne en pleine figure. Ramasse vos affaires et allez-vous en. Si vous avez vraiment de la valeur aux yeux du patron, il se pourrait qu’il vous fasse encore parvenir une offre par mail. Note que ce conseil ne s’applique qu’en dernier recours. Si ça foire, à vous la recherche d’emploi, l’envoi d’innombrables C.V. et lettres de motivation.

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