Publicité
FRANCE

Dans le cortège parisien de la manifestation contre le FN

Entre 30 000 et 80 000 personnes ont défilé ce lundi 1er mai à Paris contre la présence du Front national au second tour de l'élection présidentielle – entre autres choses.

par Bartolomé Simon et Pierre Longeray
01 Mai 2017, 7:00pm

Pierre Longeray/VICE News

Ce lundi 1er mai, le traditionnel défilé syndical parisien n'était pas tout à fait comme les autres. Vers 14 heures 30, plusieurs milliers de personnes (entre 30 000 et 80 000) s'étaient réunies sur la place de la République, à Paris, à l'appel de plusieurs syndicats. Cette année, le contexte était particulier : une partie de la foule défilait contre la présence du Front national au second tour de l'élection présidentielle.

C'est le cas de Bernard et Christine, 62 ans et 53 ans. Tous deux électeurs de Jean-Luc Mélenchon, ils iront voter Macron au second tour. Mais déplorent l'opposition d'un « parti fasciste » à un « banquier ». « Mon mot d'ordre, c'est "Battre le FN le 7 mai, combattre Macron le 8" » lance Bernard, pointant du doigt l'autocollant collé sur la veste de sa compagne. « On va choisir le moins pire ».

Bernard et Christine, place de la Bastille. (Bartolomé Simon/VICE News)

La semi-consigne de vote de Jean-Luc Mélenchon ne les déçoit pas. Tous deux saluent une certaine « cohérence » chez le leader de la France Insoumise, et rejettent l'idée selon laquelle le dirigeant devrait orienter ses électeurs. « Mélenchon n'appartient pas à un parti », estime Christine, enseignante à Thiais. « Je travaille dans l'associatif, et cela fonctionne pareil : on ne suit pas de ligne dominante. On attend pas de lui de vieux réflexes politicards. »

En tête de cortège, l'ambiance était plus tendue que dans les rangs des syndicats, où régnait une ambiance quasi-familiale. Équipée notamment de banderoles « Voix sans issue » ou « On zbeul pas nous ?! », nombre de manifestants organisés en Black Bloc se sont opposés à la police, mais aussi au service d'ordre des syndicats. Entre la place de la Bastille et celle de la Nation, ces affrontements ont été quasi-systématiques à chaque intersection, où les forces de l'ordre étaient stationnées, alors que les manifestants criaient des slogans contre la police et le capitalisme.

La tête du cortège. (Pierre Longeray/VICE News)

« Personnellement, je vais voter Macron au deuxième tour, mais j'ai pas mal d'amis qui ne vont pas se déplacer dimanche prochain, » confiait Raphaël (Ndlr, le prénom a été changé), alors que le cortège de tête faisait du surplace et que les gaz lacrymogènes embaumaient la rue de Lyon. « Je ne comprends pas bien ceux qui ne vont pas voter au second tour, c'est comme s'ils s'attendaient à ce qu'on fasse le sale boulot pour eux. Que Macron ne se trompe pas non plus, dès juin on retournera dans la rue, » nous a assuré Raphaël.

Un manifestant face à deux CRS en tête du cortège. (Pierre Longeray/VICE News)

Jusqu'à la place de la Nation, les forces de l'ordre ont été la cible de divers projectiles et de cocktails Molotov, ce à quoi elles ont répondu par des grenades de désencerclement et une profusion de gaz lacrymogène. On recense ce soir 6 policiers blessés, dont un à la main et un autre gravement brûlé au visage, selon le ministre de l'Intérieur, Mathias Fekl. De nombreux manifestants ont aussi été blessés dans le cortège, dont certains présentaient des plaies ouvertes.

Un manifestant filme les forces de l'ordre, cibles de cocktails Molotov. (Pierre Longeray/VICE News)

Jeudi, les lycéens arpentaient les mêmes rues pour exprimer leur rejet du résultat du second tour. Les rassemblements de 2017 sont loin d'égaler ceux de l'entre-deux tours de 2002, où les Français étaient descendus par centaines de milliers dans les rues pour protester contre le FN.

« Les politiques de Sarkozy et Hollande ont repris les thèmes du parti frontiste. Ce sont eux qui l'ont banalisé » regrettait Christine, qui battait le pavé en 2002. Aujourd'hui, les faibles mobilisations contre Le Pen ne l'étonnaient plus. « J'ai aussi connu Chirac. Je sais qu'il n'a rien fait de ses 80 pour cent d'adhésion en 2002. Alors j'ai beaucoup d'amis qui ne défilent pas, car ils refusent de plébisciter Macron ».

Un manifestant devant une banderole « Voix sans issue » agitée en tête de cortège. (Pierre Longeray/VICE News)


Suivez Bartolomé Simon sur Twitter : @iLometto

Suivez Pierre Longeray sur Twitter : @PLongeray