Dans l'enfer quotidien des vendeurs en magasin d'instruments de musique

Dans l'enfer quotidien des vendeurs en magasin d'instruments de musique

Reprises massacrées, commandes débiles, pédales pleines de vomi et jazzmen qui font des bruits bizarres avec leur bouche : la vie d'un vendeur en magasin d'instruments de musique n'a rien d'une sinécure, mais ils n'en changeraient pour rien au monde.
20.2.18

Certains les craignent, d'autres leur vouent une haine qui confine à la psychose, mais la grande majorité comprennent et partagent leur souffrance. Car non, être vendeur en magasin d'instruments de musique n'a rien d'une promenade de santé. Reprises massacrées de Nirvana et Led Zeppelin, gammes pentatoniques sur un ampli de démonstration poussé à 11, demandes impossibles, requêtes irréalisables : le quotidien de ces forçats de la six-cordes fait véritablement froid dans le dos. Afin de rendre hommage à cette noble profession et à ses plus infâmes clients, nous sommes allés questionner plusieurs vendeurs et vendeuses à Annecy et en région parisienne.

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Noisey : Est-ce que vous ça vous est déjà arrivé de regretter d'avoir choisi ce métier ?
Manu (47 ans, vendeur dans une boutique de synthés, machines et claviers modulaires, à Pigalle, Paris) : L'argent pourrait me faire éventuellement regretter, parfois, mais ce qui fait que je continue, c'est la passion. Si je vendais des slips ou des pizzas, ce serait différent. Après, la passion de l'instrument, je trouve que c'est de plus en plus compliqué depuis une dizaine d'années.

Fred (30 ans, vendeur d'accessoires de batterie à Pigalle) : On peut dire qu'on est privilégié quand on travaille avec des musiciens. C'est plus sympa que de bosser à Darty ou à la Fnac. Le rapport avec les clients est plus cool, une proximité s'installe, on se tutoie très vite. J'ai jamais regretté d'avoir choisi ce métier.

Fred et un collègue masqué. Toutes les photos sont de l'auteur.

Vincent (58 ans, 25 ans de métier à Pigalle, bassiste du groupe de heavy metal Vulcain): Je ne l'ai jamais regretté - je suis musicien, alors devenir vendeur d'instruments dans un magasin de musique représentait une bonne alternative pour gagner ma vie, parce que la musique ça paye pas [Rires].

Didier (49 ans, luthier et vendeur dans un magasin de musique à Villemomble, Seine-Saint-Denis) : Je n'ai jamais regretté ce choix, même les jours où c'est extrêmement pénible. J'étais fait pour ça : petit, j'ai démonté ma première basse le soir-même de son achat pour savoir ce qu'il y avait dedans.

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Laurent (42 ans, vendeur chez Annecy Musique, Haute-Savoie) : Je n'ai jamais eu de regret : j'ai beaucoup appris dans ce domaine qui me passionne, j'ai eu les patrons les plus cool de ma vie et je suis fan de musique depuis toujours.

Florian (28 ans, musicien de l'Orchidée Cosmique , ex-vendeur chez Annecy Musique, désormais prof de guitare) : J'ai choisi ça pour faire un métier qui touche à la musique, en plus c'est un bon moyen de se faire des contacts. Le seul truc que je regrette dans ce métier ce sont les samedis où tu bosses jusqu'à 19h, c'est pas évident pour les concerts avec ton groupe…

Alex (33 ans, vendeur de guitares à Pigalle) : Je n'ai pas vraiment choisi : je n'étais pas très bon à l'école, j'ai fait un BEP Vente et je me suis retrouvé à bosser dans une boutique de Pigalle. Et j'y travaille toujours, dans une boutique axée sur l'occasion et le vintage.

Roubina (35 ans, vendeuse de guitares à Châtelet) : Non, au contraire, je me rendais compte de la chance d'être contente de me lever pour aller bosser. Ce n'est pas donné à tout le monde. Je n'ai jamais regretté. En revanche, avoir une femme dans l'équipe du rayon guitares était une expérience à la fois pour moi et pour les autres vendeurs : mon premier directeur n'y était pas favorable au début car il redoutait qu'une présence féminine ne sème des problèmes relationnels. Comme j'étais la seule vendeuse, mes collègues ont eu la bonne idée de me baptiser « Kévin », pour l'intégration… Mes ex-collègues m'appellent encore ainsi aujourd'hui.

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Vous souvenez-vous de la requête la plus improbable à laquelle vous ayez eu affaire ?
Didier : Je commençais tout juste le métier. Un gars entre dans le magasin et me demande « une guitare style Louis XIV ». Le gars est super sérieux, il insiste. Je ne savais pas ce que c'était, moi, une « guitare style Louis XIV » mais on avait une grande pile de magazines de guitare alors je lui ai proposé de s'asseoir, de chercher le modèle et de me le montrer. Au bout d'une heure et demie à feuilleter les magazines, il me fait signe et, triomphalement, pointe du doigt la pub d'un modèle de guitare série signature Steve Lukather [guitariste de Toto]. Il avait confondu « Steve Lukather » et « style Louis XIV ».

Manu : Quelqu'un est rentré dans le magasin un jour pour me demander si c'était bien un boucher qui était là y'a 20 ans. Aucune idée.

Fred : Des mecs qui bossent dans une compagnie d'assurances sont venus nous acheter un gong, afin qu'ils puissent le frapper glorieusement à chaque fois qu'ils signent un contrat. Un duo de batteurs, Fills Monkey, nous a demandé de construire une bagnole avec des fûts de batterie.

Vincent : Une fois j'ai prêté une guitare à Slash de Guns N' Roses parce qu'il avait besoin d'une Les Paul, pour faire des photos.

Laurent : Parfois, je repense avec un peu d'émotion à ces quelques personnes qui achètent du matériel super haut de gamme mais qui n'ont pas encore appris à jouer le moindre accord… Mais ils m'intriguent moins que ceux qui pénètrent le magasin en pensant pouvoir y acheter des CDs et nous expliquent, déçus, que c'est idiot d'appeler ça un magasin de musique si on n'y vend pas de musique.

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Florian : Un jeune débutant qui voulait ab-so-lu-ment une guitare huit cordes pour débuter. Le metal va mal…

Alex : En ce qui nous concerne, ça marche plutôt dans l'autre sens : dès qu'on rentre un truc farfelu ou méga-rare, on sait tout de suite quel vintagefreak ou quel pedalfreak appeler. Par exemple, une très grosse personnalité de la musique est toujours en recherche de pédales folles et rares, un autre est drogué à la Telecaster vintage, etc. D'ailleurs je nous vois un peu comme des dealers de came parfois : certains de nos clients ne sont pas bien du tout lorsqu’ils n'ont pas le pognon sur le moment !

Capture de Wayne's World de Penelope Spheeris (1992)

Il y a forcément des morceaux que vous détestez désormais parce que les clients les jouent tout le temps. Lesquels ?
Didier : Exercer ce métier m'a logiquement conduit à détester « Stairway To Heaven ». Et je suis passé à côté de Nirvana à l'époque parce que j'entendais des mômes défoncer « Smells Like Teen Spirit » du matin au soir au magasin où je bossais. C'est dingue, les pains étaient toujours au même endroit. Y'a aussi le riff de « Europa » de Santana. Ça, je ne peux pas. Je ne peux plus.

Florian : « Apache » des Shadows, fièrement joué par tous nos amis guitaristes sexagénaires.

Alex : C'est marrant parce que je n'ai jamais écouté de classic rock, mais c'est exactement ce que j'entends le plus à longueur de journée. Du coup je les ai quasiment tous découverts déjà massacrés. Mon top 3, dans l'ordre :

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« Little Wing »de Hendrix, souvent mis à sac et sans survivants ;

« Sultans Of Swing » de Dire Straits, qui est un enfer, bien joué ou non ;

et je crois me souvenir d'une version du thème du Parrain, version Slash, qui était absolument cauchemardesque, plein d’aiguës et de reverb', un véritable supplice chinois.

Manu : Dans le temps oui, les éternels standards de claviers : The Doors, Jarre… Aujourd'hui non, au contraire je suis souvent surpris par le niveau. C'est pas rare que je prenne une claque, et je pense que c'est ce qui fait que je suis toujours là aujourd'hui. Je me souviens même de petits moments de magie, si tu veux tout savoir.

Roubina : Comme la plupart des vendeurs guitare, je ne peux plus écouter ni « Stairway To Heaven », ni « Sweet Child O Mine », ni « Symphony Of Destruction »de Megadeth. J'ai même accroché un panneau indiquant « No Stairway To Heaven » -oui, comme dans Wayne's World. Cela dit le mal est fait : je ne supporte plus du tout cette chanson.

Laurent : Disons que le problème ce n'est pas le choix des morceaux. C'est plutôt la façon de les massacrer systématiquement.

Face à un client particulièrement bavard, voire même carrément lourd, un petit truc pour s'en sortir ?
Manu : Des gros mythos y'en a tout le temps et j'entends des conneries inimaginables. En général, ceux qui sortent les plus grosses conneries, ce sont ceux qui sont avec leurs potes et qui veulent se la raconter. Ils ne le savent pas mais je les enregistre parfois avec un magnétophone planqué sous mon bureau – je me prépare un bêtisier perso pour ma retraite. J'entends des truc parfois tellement cons que c'est comme si je m'étais tapé BFMTV toute la journée. Enfin, des fois ça me fait marrer…

Roubina : Certains pensent à tort qu'être incollable sur la matos va impressionner le vendeur ou la vendeuse. A ces personnes, je dirais que nous ne passons pas tout notre temps sur des forums, donc ne vous perdez pas dans des recherches inutiles : jouez de votre instrument et prenez du plaisir.

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Fred : Nos clients étant plutôt geeks, les questions pointues auxquelles j'ai eu droit sont de bonnes questions. J'imagine que ce sont des questions qui emmerderaient des vendeurs d'un magasin un peu généraliste, ceci dit. Même les demandes cheloues, je les prends au sérieux.

Didier : Il faut le dire : c'est extrêmement rare qu'un client ne se trompe pas si ça dépasse un certain niveau de compétence. Souvent c'est de la connaissance de forum, non vérifiée empiriquement. Quand c'est vraiment tout faux je laisse faire, parce que sinon il faudrait tout réexpliquer depuis l'âge de Pierre… Mais il faut savoir éviter le prosélytisme absolu : d'abord parce qu'il n'y a rien de plus subjectif que la musique – et ensuite parce qu'il y a des mecs qui jouent super bien sur des pelles pourries et des mecs qui massacrent Nirvana sur des Les Paul 1959.

Cette personne qui est passée 500 fois essayer du matos chez vous, puis qui va acheter ça en ligne ensuite, il existe ? Qu'est-ce que vous lui dites ?
Roubina : Un instrument se teste en vrai : il peut y avoir dix modèles de guitare identiques, aucune ne sonnera de la même façon.

Alex : Pas plus tard que le weekend dernier, un gars m'a fait brancher trois pédales vintage pour un test, à 5 minutes de la fermeture qui plus est, pour me dire au final qu'il les avait vues moins chères sur des sites d'annonces… T'as évidemment envie de lui rentrer dans le lard. Je plains mes camarades qui vendent du neuf, ça doit leur arriver tellement souvent.

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Fred : C'est comme ça depuis pas mal d'années. On essaye de penser que l'amabilité et la chaleur du magasin vont faire la différence avec Internet. Après il y a une réalité financière, je ne peux pas cracher sur quelqu'un qui trouve moins cher ailleurs : c'est la loi du commerce et si t'es pas content, tu changes de métier. Niveau mauvaise foi, je connais carrément des magasins où les vendeurs refusent de donner des références précises, parce qu'ils ont peur que la clientèle aille chez le concurrent…

Vincent : Aujourd'hui tout le monde s'est plus ou moins aligné sur les prix d'Internet – d'ailleurs c'est pour ça que j'ai lâché le neuf. Et puis le rapport avec l'instrument est plus sympa, parce que quand tu vends du matériel neuf, tu sors le matériel des cartons, tu l'accroches, tu le vends… Bon, c'est presque comme si tu vendais du jambon.

La pire preuve de mauvaise foi qu'un client vous a jamais sortie ?
Roubina : Je me rappelle d'un client qui souhaitait concevoir un pedalboard, mais il ne savait pas par où commencer. Pleine d'enthousiasme, j'ai passé plus d'une demie-heure dessus, avec schémas personnalisés à l'appui, et je lui ai préparé tous les accessoires dont il avait besoin. Il m'a écouté attentivement, avant de se tourner vers un de mes collègues homme et de lui demander : « Y'a-t-il un vendeur qui pourrait me confirmer tout ce qu'elle vient de m'expliquer ? »

Fred : Un mec à qui je montre une caisse claire (intacte), il l'essaye deux minutes et revient me voir en me disant : « Je la prendrais bien mais elle s'est cassée, vous me faites un prix ? »…

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Laurent : Une mère de famille a ramené deux semaines après achat une guitare classique qui aurait « explosé » toute seule. Le fait qu'il y avait une trace de choc évidente sur la tête ajouté à celui qu'il s'agissait d'une famille avec quatre enfants en bas âge a fait qu'on a eu du mal à croire à sa version…

Vincent : J'ai vendu une guitare, peu après le client la rapporte, cassée net : comme découpée. Donc ça, c'est pas possible hein. Il m'a dit que ça lui était arrivé « en l'accordant ». Je lui ai expliqué que le bois d'une guitare ça ne se cassait ni en l'accordant, ni aussi nettement. Il est sorti furieux en me promettant de revenir avec sa mère (véridique), mais je ne l'ai jamais revu. Sa guitare est toujours au sous-sol du magasin.

Vincent attend toujours, patiemment.

Didier : Un client m'amène une basse pour que je la règle. Le mec est un chiffon : il pue, il ne se lave pas et un vieux fumet de weed le suit partout. Il récupère donc sa basse que je lui ai réglée mais me rappelle une semaine après et me pourrit au téléphone parce que selon lui j'aurais fait « tomber sa basse ». Et le gars d'ajouter : « Ça m'énerve parce qu eje suis un gars très soigneux », ce qu'il n'était évidemment pas. Par la suite il m'a harcelé, m'a rappelé plusieurs fois, notamment la nuit, pour me dire qu'il jouait moins bien à cause de cet éclat de vernis. Véridique.

Quelle a été votre rencontre la plus désagréable avec un client ?
Vincent : Un client avec lequel j'en suis venu aux mains dans le magasin. En plus il était plus balaise que moi, je me sentais mal barré… Pile à ce moment-là une flic est rentrée pour le calmer. Pour une fois j'étais soulagé de les voir, parce que j'allais en prendre une.

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Alex : Il y en a deux ou trois qui sont fichés, comme les criminels dans Lucky Luke… Sinon des stéréotypes : tu as le gros con bourgeois, insupportable et mal élevé, qui te coupe la parole et qui bien sûr n'achète jamais rien. Aussi cet autre énergumène aux cheveux longs qui ne dit jamais bonjour et qui se sert dans ton magasin comme dans un self-service… Mais les pires clients, ce sont les jazzmen : éternels insatisfaits, qui te squattent le magasin pendant une heure, te font bien sentir qu'il y a une imperfection sur telle ou telle case du manche, que ça frise à tel endroit, que la guitare n'est pas juste… En plus ils font des bruits bizarres avec la bouche quand ils jouent. Sans oublier les métalleux qui transpirent beaucoup, mais eux on les aime bien quand même.

Florian : Un mec a testé deux guitares très différentes durant plusieurs heures et plusieurs week-ends dans notre magasin. Au final il est parti avec un modèle complètement différent de ce qu'il recherchait et de son style de jeu. Pourquoi ? Parce qu'en fait, mes conseils, il s'en foutait royalement.

Roubina : Il ne s'est pas passée une seule journée sans que j'entende : « Bonjour, y'a pas un vendeur ? », et ce même lorsque que j'étais seule avec écrit « vendeur guitare » sur mon badge. On m'a prise pour la potiche, c'est pourquoi les femmes que j'ai rencontrées dans ce milieu sont, en général, des femmes de caractère. Indispensable pour s'imposer. Il faut aussi avoir de l'humour et ne surtout pas être féministe dans l'âme, car il n'y a pas que des gentlemen… Sinon, dans le genre, il y a ce monsieur venu acheter une première guitare à son fils de 8 ans. Après les conseils et la préparation de ses articles, le client m'a demandé si son fils pouvait essayer les pédales d'effets branchées sur un stand. En fait son père a profité que son fils avait un casque sur les oreilles pour me me complimenter sur mon physique et me proposer de boire un verre pour faire plus ample connaissance. Je bouillais intérieurement pendant que mes yeux étaient rivés sur son alliance. Alors j'ai répondu : « Je doute que sa mère soit d'accord, mais peut-être pourrions-nous lui demander ? » Il a récupéré son fils, ses achats et a filé.

Manu : Les gens qui rentrent dans le magasin alors qu'ils sont en train de bouffer un sandwich, je les fous dehors direct. Ou alors un truc insupportable : ceux qui répondent au téléphone alors que je leur donne un renseignement qu'ils m'ont demandé – évidemment je poursuis l'explication le temps de leur coup de fil.

Didier : Un type m'a amené une Stratocaster sur laquelle je devais changer un sélecteur. Sympa, je vois que les frettes sont un peu dégueu, alors je les polis. Là, il m'accuse d'avoir mis des coups sur les frettes et de lui avoir abîmé. Le type m'a harcelé par e-mail, par téléphone, au point où je n'en dormais plus. Ça relevait de la maladie mentale. Il a fait le même coup à un confrère à moi et là ça s'est fini au tribunal de commerce et le client a été condamné.

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Des blagues un peu honteuses entre collègues pour lâcher la pression ?
Alex : On aime bien rejouer les morceaux massacrés l'instant d'avant par les clients, ou même imiter les jazzmen et certains clients qu'on ne porte pas trop dans notre cœur. Dans mon ancienne boîte on consignait quelque part toutes les perles et tous les noms écorchés par les gens, sur le matos, les marques etc… genre Rickensoccer au lieu de Rickenbacker, tu vois. Ou le culte « Bonjour, avez-vous des amplis à tubes cathodiques? ». Je te le confirme, c'est essentiel à notre survie.

Manu : Il y a quinze, vingt ans, j'assistais souvent à cette scène : quand des mecs rentraient dans le magasin, ils s'approchaient des machines, et puis ils chuchotaient des explications à leur copine, comme si on était à l'église – sans doute qu'ils avaient peur de dire des grosses conneries et qu'on les contredise devant la nana qu'ils voulaient lever. On passait derrière eux avec une assiette dans laquelle on faisait tomber des pièces, en chuchotant « Merci, Merci… » comme pour la quête à l'église.

Didier : Parfois sur les Les Paul Epiphone, les micros ne sont pas parafinés et dans ce cas-là, si tu branches une saturation type metal sur ta guitare, les micros saturent immédiatement. Un client se pointe et présente ce cas typique. Donc l'ampli tape un gros larsen et là, désemparé, il me dit : « Ma guitare siffle », ce à quoi j'ai répondu sans réfléchir : « Bah apprends à jouer, elle t'applaudira »

Roubina : Mes collègues faisaient parfois sonner mon téléphone lorsqu'un client me tenait la jambe, genre le dragueur bien lourd et bien beauf qui a l'âge d'être mon père.

Laurent : Entre collègues on s'est souvent moqués des métalleux et des rastas. Oui c'est facile, je sais.

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Fred : Clairement, on en a. Mais je peux pas te les raconter, je te connais pas assez.

Le conseil que vous donneriez à tous les clients afin de se comporter respectueusement dans un magasin de musique ?
Florian : Éviter de trop raconter ses goûts musicaux ou de ressasser son « passé de rocker ».

Vincent : Ce qui me dérange le plus c'est qu'on touche aux guitares sans demander – voire sans dire bonjour.

Fred : Mes conseils seraient plutôt pour leur matos, c'est là qu'on est pointilleux. Sinon, bon, si un mec est en train d'essayer mes cymbales alors que je suis au téléphone, je vais lui demander de la mettre en sourdine, voilà tout.

Alex : Au contraire, qu'ils restent comme ils sont ! Je ne veux pas d'une clientèle nickel chrome qui jouerait du Satriani à la perfection, ni des gens trop propres sur eux – déjà que le quartier devient plus riche et plus chiant. La clientèle de magasin de musique est sacrée, autant dans sa richesse que dans ses défauts. En fait ça m'étonne que personne n'ait encore eu l'idée de faire une série ou une BD dessus, comme Riad Sattouf, tiens. Pourtant il y a de quoi faire.

Didier : Rester cool. Le client qui arrive en sachant tout, c'est très lourd. Tu vas pas expliquer au boulanger comment faire son pain, non ? Le problème c'est l'ego : les gens qui font de la musique ont parfois un ego assez dimensionné. D'ailleurs les plus talentueux sont souvent les plus cool.

Vraiment aucun regret d'avoir choisi ce métier, finalement ?
Manu : Ah non, aucun !

Roubina : Absolument pas ! Si c'était à refaire, je n'hésiterais pas une seconde ! Il m'arrivait de faire essayer une guitare ou une basse simultanément à des clients qui ne s'étaient jamais rencontrés auparavant. Au bout de quelques minutes, ils jouaient ensemble, sans même se regarder. A la fin, ils se serraient la main, échangeaient leurs numéros de téléphone ou allaient boire une bière.

Fred : Pas du tout.

Vincent : Vraiment pas.

Didier : Non parce que c'est passionnant. Par contre il faut le faire parce qu'il n'y a rien que tu veuilles plus au monde. J'ai croisé des gens qui n'étaient pas fait pour ce métier et laisse-moi te dire que c'est pénible pour tout le monde.

Laurent : Pas du tout, d'ailleurs je remettrais bien ça si c'était possible… Et si ça payait mieux !

Florian : Non pas du tout. C'est une super expérience et j'ai appris énormément.

Alex : Non jamais ! Je me sens parfois comme le vendeur de comics des Simpsons, et j'aime ça. On a pas mal parlé des points négatifs, mais j'ai croisé tellement de freaks, des musiciens supers qui m'ont appris des tas de trucs, que c'est une expérience superbe et enrichissante d'année en année ! J'aime les geeks de matos, et tout les gens bizarres qui se sont présentés un jour dans le magasin, tel le « Cyclope » (un type borgne qui voulait nous fourguer ses pédales dans lesquelles il avait vomi), ces types bizarres qui sortaient du centre de soins pour camés (depuis remplacé par une pizzeria branchouille) du bout de la rue, ce type qui parle tout seul et en boucle de Stevie Ray Vaughan, un ancien truand, des stars de la musique et du cinéma, ce pauvre type en manque qui est prêt à revendre sa dernière gratte tout les 6 mois, ce VRP Cogip des 90's, le « Pharmacien », personnage aussi vicelard que possible… Je les aime tous !