Environnement

La semaine dernière, il a fait plus chaud en Antarctique qu’à Paris

Le rythme de la fonte des glaces est plus fort que jamais.

par Meredith Hoffman
31 Mars 2015, 10:00am

Photo de Natacha Pisarenko/AP

Si vous en avez eu marre du froid la semaine dernière, vous auriez trouvé des températures plus clémentes dans des endroits des plus improbables.

Mardi dernier, il faisait 17,5 degrés Celsius dans une région de l'Antarctique, une température jamais atteinte, d'après le site de climatologie OGIMET.

En comparaison, il faisait à peine plus de 7 degrés à Washington, 8 degrés à Paris et 10 à Londres.

Les scientifiques mettent cependant en garde contre le fait de tirer des conclusions d'un seul événement météorologique. Ce record de température fait toutefois écho à d'autres tendances alarmantes sur le plus long terme dans ce continent de l'hémisphère sud.

À certains endroits, les morceaux de glace flottants de l'Antarctique ont diminué de près de 18 pour cent sur ces 18 dernières années, selon une nouvelle étude publiée dans la revue Science. Avec le réchauffement des océans, la masse congelée a tendance à se liquéfier, explique à VICE News le chercheur Fernando Paolo.

« On a la preuve qu'une certaine quantité d'eau chaude dans l'océan est en mesure d'atteindre les morceaux de glace et de les faire fondre, » explique Paolo, en thèse à l'université d'océanographie de San Diego. « Et il y a une inertie de l'environnement. En somme, même si les conditions changeaient aujourd'hui, dans 20 ans l'environnement répondrait toujours de la même manière. »

Les recherches indiquent que le niveau de l'eau continue de monter sur la planète, prévient Doug Martinson, un professeur du Lamont-Doherty Earth Observatory, à l'université de Columbia.

« Vous pouvez mettre un frein au réchauffement de la planète demain mais sur ce point, ça n'aurait que peu d'impact. Il y a déjà tellement de chaleur dans les océans, qu'elle continuera de réchauffer la glace, » nous explique Martinson, qui n'a pas participé à l'étude de Paolo.

L'étude, qui comprend des données antérieures sur la masse de glace de l'Antarctique, compile 18 ans de données, en partant de 1994. Les résultats de Paolo disent que la plus grosse partie de la fonte a eu lieu entre 2003 et 2012.

« On peut observer une accélération de la perte, » dit Paolo, au sujet de la masse de glace. « Une autre chose importante que nous avons pu observer, c'est que le volume de certains morceaux de glace fluctue beaucoup avec le temps. Si vous observez une période courte, vous ne voyez pas la tendance. »

La température de l'air dans la péninsule de l'Antarctique — là où la température la plus élevée a été relevée la semaine dernière — a également un impact sur la fonte des glaces, poursuit Paolo, et une météo aussi torride est d'autant plus préoccupante.

Malgré tout, un ou deux jours de grosse chaleur ne peuvent pas être directement attribués au réchauffement climatique, prévient Hugh Ducklow, qui est lui aussi professeur à l'institut Lamont-Doherty. Pour lui, il ne faut pas tirer trop de conclusions de cette température de 17,5 degrés.

« Je ne pense pas que vous puissiez imputer un évènement isolé au réchauffement climatique. C'est comme de dire, la prochaine fois qu'il fera 40 degrés ou qu'il y aura un ouragan à New York, que c'est à cause du réchauffement climatique, » affirme Ducklow à VICE News. « Un climat plus chaud augmente la probabilité de jours chauds, mais des événements isolés ne sont pas « causés" par le réchauffement climatique. »

C'est que les conditions trouvées dans les eaux de l'Océan ont un impact plus fort sur la fonte des glaces et l'augmentation du niveau de la mer, explique Martinson.

« La chaleur contenue dans l'eau est cent fois plus puissante que celle qu'il y a dans l'atmosphère, » a expliqué Martinson en parlant de l'action de l'eau sur la glace de l'Antarctique.

« La chaleur est absorbée par l'océan comme une éponge, et une bonne partie de cette chaleur remonte. Quand elle arrive, elle fait fondre la face cachée des morceaux de glace, » dit Martinson, mettant en garde contre un phénomène qui pourrait faire monter le niveau de l'eau à un niveau dangereux. « Je n'aime pas les scénarios de fin du monde, mais ça y ressemble. »

Suivez Meredith Hoffman sur Twitter: @merhoffman