Mode

S’habiller pour son enterrement : mode d’emploi

D'un simple linceul aux multiples changements de tenue d'Aretha Franklin, voici comment choisir les vêtements dans lesquels vous serez vus pour la dernière fois.

par Ilise S. Carter; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
13 Décembre 2018, 7:51am

Aretha Franklin dans son cercueil. Photo : Paul Sancya-Pool/Getty Images 

Le président George H.W. Bush a été enterré avec des chaussettes grises imprimées avec des avions de chasse – un clin d'œil à son service militaire et à son penchant pour les chaussettes fantaisie. Fidèle à son statut de « reine de la soul », Aretha Franklin a arboré quatre tenues différentes lors de ses funérailles, dont des talons aiguilles Louboutin de 12 cm. Avant de mourir, Zsa Zsa Gabor a demandé que ses cendres soient transportées à l'église dans un sac pour chien Louis Vuitton.

Comme le veut l’adage, « vous ne l’emporterez pas au paradis ». Et pourtant, il est tout à fait possible de partir avec style et selon vos propres termes. La mode funéraire est une conséquence naturelle du mouvement « death positive » (mouvement positif de la mort), qui encourage les vivants à réfléchir à la manière dont ils veulent être enterrés (entre autres) et ce, bien avant que la maladie ou la vieillesse ne s’installe. De plus en plus de gens choisissent leur mode de vie – et leur mode de mort – de bout en bout. Pour certains, l'ultime tenue est même une priorité.

La plus grande organisation professionnelle de l’industrie funéraire aux États-Unis, la National Funeral Directors Association (NFDA), suggère que les Américains n’ont jamais été aussi peu intéressés par les rituels funéraires traditionnels. Une enquête réalisée par la NFDA en 2017 a démontré un changement dans les services de fin de vie et a révélé que l’importance des composantes religieuses est plus faible que jamais. De plus, les funérailles écologiques gagnent en popularité. Un déplacement vers le personnel et un éloignement de l'institutionnel pourraient expliquer pourquoi davantage de gens abandonnent les vêtements du dimanche pour ce qu'ils porteraient de leur vivant.

Selon Amber Carvaly, directrice de pompes funèbres et cofondatrice de la toute première maison funéraire death-positive-100 % -féminine, Undertaking LA, enterrer les gens dans les habits qu'ils veulent, aussi atypiques soient-ils, est la meilleure chose à faire. « C'est votre dernière tenue. Vous n’avez plus à vous inquiéter de ce que les autres vont penser. Vous êtes mort. Vous êtes enfin libéré de tout ça. Alors portez ce que vous voulez », déclare-t-elle.

Dans un souci de transparence, une autre pratique positive, Carvaly admet qu’elle préfère les vêtements amples. « Tout ce qui est serré est vraiment difficile à enfiler. Vraiment. Les corps, en particulier ceux qui ne sont pas embaumés, peuvent transpirer et les vêtements vont coincer au niveau des jambes et des bras. Si la personne était âgée, la peau peut glisser et se détacher. Donc, pour garder le corps aussi intact que possible, je demande toujours aux familles d'apporter des vêtements plus amples », poursuit-elle. En d’autres termes, libre à vous d’insister pour porter une dernière fois cette robe moulante Herve Leger que vous aimez tant, mais l’enfiler sur votre coquille mortelle risque d’être un poil plus macabre et destructeur que vous ne l’imaginez.

La travailleuse sociale et performeuse Kate Higgins a choisi son ultime look de la tête aux pieds, pédicure y compris. Pour ce qui est de la robe, elle voulait quelque chose qui lui ressemble et qui lui rappelle de bons souvenirs. « Je veux être enterrée dans la robe bleu marine que je portais au mariage de mon meilleur ami. C’était l’un des plus beaux jours de ma vie et je me sens vraiment bien dans cette robe. Je suppose que même ma mort, j’ai besoin de la contrôler un minimum », plaisante-t-elle. Surtout, elle ne veut pas laisser à ses proches le fardeau de prendre ces dispositions pour elles. D’autant plus que sa famille est plutôt du style conservateur. « Je ne veux pas qu’ils profitent d’une dernière occasion pour me faire paraître "de bon goût" », poursuit-elle.

Amy Cunningham dirige le Fitting Tribute Funeral Services, une maison funéraire écologique et familiale basée à New York. Selon elle, il n’y a pas besoin de paillettes et de vêtements de créateurs pour organiser un dernier hommage original (bien que ce soit possible, si vous le souhaitez). Son activité consiste principalement à faciliter les enterrements écologiques, qui ont moins d’impact sur l’environnement que les enterrements traditionnels à base de cercueil et d’embaumement. Dans ce contexte, un simple linceul revêt une plus grande signification.

Elle propose aux familles de participer à l'acte rituel qui consiste à nettoyer et habiller le cadavre d'un être cher, avec ou sans l'aide d'un employé des pompes funèbres. « Je trouve qu’il est important de pouvoir habiller la personne qui vous tient à cœur. C’est un beau symbole », déclare-t-elle.

Elle se souvient d’une cliente en particulier, dont le linceul en matériaux récupérés était un hommage à sa vie d’artiste. Gertrude Berg, Gertie pour les intimes, était une créatrice qui fabriquait des vêtements à partir des tissus jetés par l'industrie de la mode. Elle a demandé à Cunningham de l'aider à composer son dernier look depuis son lit de mort. Cunningham lui a rendu visite à l’hopital : « Je suis entrée et Gertie était très maigre. Elle avait un tube dans le nez, mais était très bavarde, expressive et passionnée. Elle semblait heureuse, en quelque sorte. Elle a commencé à me décrire ce qu'elle voulait. Et elle voulait juste un linceul… elle voulait qu’il soit simple et en lin. En rentrant ce jour-là, je me suis rappelé qu'un ami du New Hampshire m'avait récemment envoyé un tas de linge en lin, des nappes vintage et des morceaux de ferraille découpés. Alors j’ai appelé Kate Hoover [de Vale Shrouds] et je lui ai demandé de fabriquer un linceul sur mesure pour Gertie. »

Malheureusement, Gertie n'a jamais pu donner son accord final – elle est tombée dans le coma avant que le linceul ne soit prêt. Mais elle l'aurait adoré, Cunningham en est certaine.

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