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Crime

Un groupe djihadiste dément la mort du terroriste Mokhtar Belmokhtar, alias « Mister Marlboro »

Le groupe djihadiste libyen Ansar Al-Charia dément la mort de « L’Insaisissable » chef djihadiste dans une frappe aérienne effectuée ce week-end. Ce n’est pas la première fois qu’il est donné pour mort, avant de réapparaître.
15 juin 2015, 8:00am
Photo via Youtube

Depuis ce dimanche soir, impossible de savoir si le chef djihadiste Mokhtar Belmokhtar a bel et bien été tué ce week-end en Libye. Dernier retournement de situation ce mardi matin quand le groupe djihadiste Ansar Al-Charia en Libye dément la mort du chef djihadiste d'origine algérienne. Le groupe publie la liste des noms des djihadistes tués lors des frappes aériennes américaines du week-end, mais aucune mention n'est faite du chef djihadiste surnommé « Le Borgne ».

Le gouvernement libyen avait pourtant annoncé ce dimanche soir, que des frappes aériennes américaines auraient tué « L'Insaisissable, » Mokhtar Belmokhtar, un leader d'un groupe terroriste affilié à Al Qaïda — qui se serait rendu coupable, entre autres, d'une attaque sur une raffinerie de gaz en Algérie, en 2013, qui avait fait 35 morts côté otages.

Le président français, François Hollande, en visite d'État en Algérie ce lundi, avait commenté avec prudence en annonçant qu'il y avait « une très grande probabilité » que Belmokhtar a bien été tué. « Je ne peux pas confirmer [sa mort] mais nous savions par nos propres services que Belmokhtar était en Libye, » a conclu Hollande.

Un islamiste en lien avec les groupes extrémistes libyens, avait aussi émis des doutes, déclarant que les frappes aériennes auraient manqué Belmokhtar. Ces frappes auraient permis de tuer 4 membres d'un groupe djihadiste libyen, que les États-Unis soupçonnent d'être derrière l'attaque de l'ambassade américaine de Bengazi, en septembre 2012. L'ambassadeur Chris Stevens et trois autres Américains avaient péri dans l'attaque.

Belmokhtar était aussi connu sous divers surnoms — comme « Le Borgne » ou « Mister Marlboro ». Cet ancien contrebandier de cigarettes dans le Sahara et au Sahel avait réussi à établir un lien entre la branche régionale d'Al Qaïda (AQMI) et la pègre locale, selon les services de renseignements américains.

Il a créé un système où plusieurs bandes de criminels se sont associées et recrutaient les jeunes de la région. Il est aussi lié à diverses attaques terroristes, et à nombre d'enlèvements d'Occidentaux dans la région — un business très lucratif.

Belmokhtar, originaire d'Algérie, est impliqué dans la mouvance djihadiste depuis l'invasion soviétique de l'Afghanistan. Il déclarait s'être rendu sur place quand il était encore adolescent dans le milieu des années 1980. Il aurait combattu avec les Talibans et Al-Qaïda contre l'URSS, où il a perdu un oeil. C'est là-bas qu'est née sa dévotion pour la cause djihadiste. Il s'est ensuite concentré sur la lutte contre le gouvernement algérien dans les années 1990, pour ensuite rejoindre Al Qaïda.

Belmokhtar a quitté AQMI (Al Qaïda au Maghreb islamique) à la fin de l'année 2012 pour créer sa propre organisation, « Les Signataires par le sang ». Sa mise à l'écart de la branche régionale d'Al Qaïda s'explique, selon l'Associated Press, par sa tendance à ne pas suivre les ordres, de dépenser les fonds de l'organisation de façon inopportune, de ne pas assister aux réunions ou encore de ne pas répondre au téléphone quand les pontes d'Al Qaïda cherchaient à le joindre.

« Pourquoi les émirs qui se sont succédés dans la région ont toujours eu des soucis avec toi ? » demandait le conseil des leaders religieux d'AQMI à Belmokhtar dans une lettre, à laquelle AP a pu avoir accès. La lettre était adressée à « Abu Khaled, » son nom de guerre. « À moins que tous les émirs aient eu tort et que Khaled voyait juste ? »

La nouvelle organisation de Belmokhtar est responsable d'une des attaques terroristes les plus importantes de ces dernières années en Afrique du Nord. Courant janvier 2013, ses hommes ont pris d'assaut une raffinerie de gaz en Algérie. Après avoir capturé près de 800 otages, les hommes de Belmokhtar ont fait le siège de la raffinerie pendant près de deux jours. Quand les forces spéciales algériennes sont intervenues, un garde de sécurité algérien et 35 collaborateurs étrangers de la raffinerie avaient déjà été exécutés. Après cette opération d'envergure, Belmokhtar s'est retrouvé à la tête d'une alliance de partisans d'Al Qaïda : Al Mourabitoune, qui a effectué plusieurs attaques au Mali.

La mort du « Borgne » a été annoncée plusieurs fois, mais il a toujours réussi à réapparaître, ce qui lui vaut la « réputation d'être un des chefs djihadistes les plus insaisissables de la région, » comme le notait le Guardian. En 2013, le président du Tchad, Idriss Deby, avait annoncé que Belmokhtar s'était fait exploser de « désespoir » après la perte d'un camarade de combat. « Nous avons la preuve de sa mort, » avait confié Deby aux médias français, mais il expliquait que malheureusement « Nous n'avons pas pu le filmer. »

Les autorités libyennes pensent, en revanche, qu'il a vraiment été éliminé. Le gouvernement du pays reconnu par la communauté internationale a déclaré, ce dimanche soir, dans un post Facebook que Belmokhtar avait été tué. « Des avions américains ont conduit une opération qui a permis d'éliminer Belmokhtar et un groupe de Libyens qui appartiennent à un groupe terroriste de l'est du pays, » peut-on lire dans le communiqué.

Les autorités américaines ont précisé qu'elles étudiaient encore les résultats de ladite attaque du weekend, mais le porte-parole du Pentagone, le Colonel Steve Warren, a déclaré que les militaires pensaient que la frappe avait touché son but. Ni les autorités libyennes ou américaines n'ont pu fournir une preuve de la mort du chef terroriste, ce qui nécessiterait probablement un test ADN ou un communiqué du groupe de Belmokhtar annonçant sa mort.

« Je peux confirmer que la cible de la frappe contre-terroriste d'hier soir était Mokhtar Belmokhtar, » a déclaré Steve Warren, ce dimanche. « Belmokhtar a une longue histoire d'activités terroristes de premier plan comme membre d'Al Qaïda au Maghreb islamique. Il est aussi le leader opérationnel de l'organisation terroriste affiliée à Al Qaïda, Al Mourabitoune, et maintient son allégeance à Al Qaïda. »

Un islamiste, qui s'est exprimé à condition de rester anonyme par peur des représailles, a confié à AP, tôt ce lundi matin, que Belmokhtar n'était pas sur le site au moment de la frappe américaine. Il explique que la frappe aérienne a tué 4 membres d'Ansar Al-Charia à Ajdabiya, 850 kilomètres à l'est de la capitale libyenne, Tripoli.

Les officiels américains ont lié Ansar Al-Charia à l'attaque du consulat américain de Benghazi, le 11 septembre 2012.

Les charges retenues contre Belmokhtar dans le dossier de la justice américaine incluent la conspiration en relation avec Al Qaïda et l'utilisation d'armes de destruction. Comme charges complémentaires, on retrouve des faits qui peuvent valoir la peine de mort notamment le complot menant à la prise d'otage.

Si sa mort est confirmée; il s'agirait du dernier leader vétéran du mouvement d'Al Qaïda à avoir été éliminé.

À lire : La France face aux terroristes du « sanctuaire » libyen

Suivez Scott Mitchell sur Twitter : @s_mitchell

_L'Associated Press a contribué à la rédaction de cet article. _