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Crime

Les étranges petits boulots des détenus américains

Du dressage de chiots à la confection de dentiers, en passant par l’édition de livres en braille, revue de programmes qui peuvent parfois ressembler à du travail forcé.

par Liz Fields
10 Septembre 2015, 10:05am

Photo par Gerald Herbert/AP

À la fin du mois dernier, un prisonnier de 16 ans employé dans un camp de pompiers pour mineurs dans l'État de Washington s'est échappé dans la nature, après avoir frappé un garde. Quand les officiers de police ont remis la main sur le jeune détenu, 8 heures plus tard, il avait eu le temps de se procurer une arme de calibre 22 qu'il avait volé dans un véhicule appartenant aux gardes forestiers. À l'arrivée de la police, il s'est tiré une balle dans la tête.

Le fait de confier aux détenus la mission de sapeurs-pompiers pour combattre les feux de forêts est habituel— surtout en Californie, où 30 pour cent des pompiers de l'État sont des détenus. Un porte-parole de l'administration pénitentiaire de l'État de Washington a déclaré cette semaine que 280 prisonniers adultes sont sous contrat avec le Département des Ressources Naturelles (le DNR). Ils défrichent les arbres, s'occupent de la cuisine dans des casernes et remplissent diverses missions de contrôle du feu à travers l'État. Ceux qui combattent le feu en première ligne reçoivent entre 70 cents et 1,60 dollar par jour (de 0,60 euro à 1,40 euro).

Le jeune fugitif de l'État de Washington a finalement survécu après avoir voulu se donner la mort. Le programme de lutte contre le feu du Naselle Youth Camp (auquel il participait) a tout de même été fermé temporairement, alors que les autorités réexaminent le partenariat qui existe depuis des décennies entre les prisons et le Département des Ressources Naturelles. Le gouvernement de cet État du nord-ouest des États-Unis maintient que les détenus — qui ont l'autorisation de se servir d'outils comme des tronçonneuses et des pelles — sont surveillés de près. Le gouvernement ajoute que ce programme aide les prisonniers à acquérir des compétences qui leur serviront à leur sortie de prison.

Reste que la tentative désespérée du jeune prisonnier interroge la pertinence de ce programme — et celle de dizaines d'autres programmes semblables à travers le pays. Les défenseurs des droits des prisonniers estiment que certains programmes peuvent être comparés à du travail forcé.

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« Les autorités pénitentiaires expliquent que les prisonniers apprennent ainsi à maîtriser certaines "compétences" — comme aller au travail tous les jours — mais ils le font sous la menace de mesures disciplinaires, » explique à VICE News, Alex Friedmann, directeur de Prison Legal Network, un groupe de défense des droits des détenus. « Il en faut bien plus aujourd'hui pour trouver un emploi dans l'économie qui est la nôtre — spécialement pour les individus qui ont un casier judiciaire, comme tous ceux qui sortent de prison. »

VICE News répertorie ici les programmes de travail les plus surprenants mis en place dans les prisons américaines.

Confectionner des couronnes dentaires

En Floride, à la Union Correctional Institution, les détenus sont payés environ 50 cent par heure pour faire des couronnes, des bridges et des dentiers, à l'intérieur du laboratoire dentaire de la Prison Rehabilitative Industries and Diversified Enterprises Inc. (PRIDE), installé dans la prison d'État. Si les produits confectionnés par les détenus sont envoyés dans un autre État, la paie passe de 8 à 13 dollars par heure. PRIDE, qui est présent dans toutes les prisons de Floride, forme 4 000 détenus chaque année, selon leur rapport annuel de 2014.

Dresser des chiots et des chevaux

Colorado Correctional Industries (CCI) propose aux détenus de dresser des mustangs sauvages à Canyon City. Les chevaux dressés sont ensuite vendus et adoptés. Le Wild Horse Inmate Program, conduit en partenariat avec le Bureau de la Gestions des Terres, a commencé en 1986. Depuis, les détenus ont dressé près de 5 000 chevaux. CCI propose aussi un Prison Trained Dog Program, qui associe des chiots à des prisonniers. Ils les entraînent à réaliser un certain nombre de tâches. Certains chiens deviennent par la suite des chiens policiers.

Fabriquer de l'équipement policier et militaire

UNICOR, le nom commercial de Federal Prison Industries, se sert de prisonniers pour construire des équipements haut de gamme qui sont utilisés par la police et les militaires. On trouve des vestes de protection contre les armes blanches, des étuis pour armes, des ceinturons de service, des cibles pour armes à feu, des décors qui servent aux soldats pour s'entraîner et recréer les conditions d'une zone de guerre. UNICOR est une société semi-publique, une entreprise à but lucratif gérée par le Bureau of Prisons. Elle propose aussi des contrats à des prisonniers pour gérer des équipements électriques, laver le linge, travailler sur des chantiers ou dans l'agriculture ou encore faire des signes « Attention sols glissants » et d'autres produits de ce type.

L'édition de livres en braille

Le National Prison Braille Network forme les détenus à l'édition de manuels, de livres de musique et de romans en braille. Le programme englobe tout le processus — de la transcription en braille à l'emballage des livres.

Le centre d'appel

Les détenues femmes de la Bedford Hills Correctional Facility de New York prennent des appels du Department of Motor Vehicles (DMV), les prisonniers des pénitenciers d'Arizona passent des coups de fil pour le compte des clients de la compagnie marketing Televerde — notamment Microsoft et Cisco. 

Jouer au clown de rodéo et ramasser du coton

La prison d'Angola est connue pour accueillir les détenus les plus violents de Louisiane, mais aussi pour son rodéo annuel organisé pour les prisonniers qui jouent le rôle des cow-boys et des clowns de rodéo. Les détenus vendent aussi de petites productions artisanales — dont tous les bénéfices sont reversés au Louisiana State Penitentiary Inmate Welfare Fund, qui offre une éducation et des loisirs aux détenus.

La prison Angola est aussi connue pour un projet d'agriculture polémique, qui est installé sur un terrain de 72 kilomètres carrés : une ancienne plantation esclavagiste. Les détenus y font pousser et récoltent du maïs, du soja et du coton. Des défenseurs des droits des prisonniers ont protesté contre le projet. Les trois quarts de détenus sont noirs et se cassent le dos à longueur de journée pendant que des gardes montés sur des chevaux les surveillent. Des militants ont aussi porté plainte contre des prisons qui font travailler des prisonniers sous des chaleurs extrêmes en Louisiane, en Arizona, en Georgie, dans le Wisconsin, l'Illinois, et le Delaware.

Suivez Liz Fields sur Twitter : @lianzifields

Tess Owen de VICE News a participé à la rédaction de cet article.