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Crime

Pour lutter contre le terrorisme, l’UE pourrait supprimer les billets de 500 euros

Ce billet de banque souvent utilisé par les criminels pourrait bientôt disparaître, alors qu’un durcissement des règles financières est également prévu.

par Alexander Saeedy
19 Février 2016, 2:10pm

Un employé de banque tient 5 000 euros en billets de 500 euros à Munich, Allemangne, le 3 février 2016. Photo de Matthias Balk/EPA

Alors que l'Union Européenne se démène pour trouver une réponse commune à la vague montante de radicalisation et de terrorisme sur le continent, les ministres de l'UE sont en pleine élaboration d'un plan contre les terroristes qui s'attaquerait à leurs portefeuilles.

Ce plan repose sur une régulation et un contrôle plus sévères des devises virtuelles mondiales anonymes et des cartes de crédit prépayées. Il pourrait même interdire les billets de 500 euros — souvent surnommés les billets « Ben Laden ».

Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), a d'une certaine manière confirmé il y a plusieurs jours les rumeurs d'un retrait de ces billets de banque, lorsqu'il a déclaré face au Parlement européen que le billet de 500 euros était « un instrument destiné aux activités illégales » tout en évoquant une « conviction de plus en plus partagée par l'opinion internationale » que ces billets sont presque exclusivement utilisés dans des buts criminels.

Le conseil dirigeant de la BCE aurait déjà pris la décision informelle de faire disparaître ce billet, d'après des informations avancées par le journal Financial Times ce mardi.

Ces billets violets, dont la valeur compte parmi les plus élevées du monde, sont toujours utilisés pour des transactions quotidiennes — du moins en théorie : ils sont en effet si rares qu'ils sont surnommés les billets « Ben Laden », car tout le monde sait à quoi ils ressemblent, mais très peu en ont vu dans leur vie. Une autre théorie explique ce surnom par le fait que ces billets de 500 euros sont très appréciés des personnes mal intentionnées.

Bannis en Grande-Bretagne, populaires en Allemagne

Ces billets ont déjà été bannis d'un pays européen, la Grande-Bretagne, qui les a déclarés illégaux en 2010 après qu'une enquête de police a permis de montrer que 90 pour cent de ces billets en circulation étaient liés aux milieux du crime, de l'évasion fiscale, et du terrorisme.

Prenant position sur son blog, l'ancien Secrétaire américain au Trésor, Larry Summers, a écrit plus tôt cette semaine que financer des activités illégales était plus facile « lorsque 1 million de dollars pèse moins d'un kilo, comme c'est le cas avec des billets de 500 euros, au lieu de plus de 22 kilos si des billets de 20 euros étaient utilisés. » Summers s'est rappelé que ces questions avaient été soulevées lors de la conception de l'euro dans les années 1990, mais que « les Allemands étaient déterminés à disposer d'un billet de haute valeur, [et] ce problème n'a jamais fait l'objet d'un débat sérieux lors des forums internationaux. »

Le problème, c'est que ces billets « Ben Laden » sont très populaires en Allemagne, qui s'avère être la plus grosse économie de tout le continent.

Des voix réticentes se sont exprimées dans les médias allemands contre le discours de Mario Draghi ainsi que contre un plan récemment proposé, qui vise à établir un montant maximum de paiement en liquide dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

L'Allemagne est l'un des seuls pays de l'Union Européenne où le liquide est encore utilisé pour des transactions importantes, comme acheter des meubles ou des appareils électroniques. Près de 79 pour cent de toutes les transactions effectuées en Allemagne seraient encore faites en liquide, d'après la banque centrale de ce pays.

Le plus grand journal allemand, le Bild, a lancé une campagne intitulée « Pas touche à notre cash », en invitant ses lecteurs à écrire au ministre des Finances allemand pour s'opposer à ces limitations. Parmi les slogans de cette campagne, « le liquide représente la liberté », « les limitations d'argent liquide placent les citoyens sous une suspicion générale », ou encore « le cash fonctionne toujours — pas la technologie ! »

S'attaquer à ce billet fait partie d'une tentative plus large des autorités de l'UE qui souhaitent entraver le financement du terrorisme. La Commission européenne — qui est le pouvoir exécutif de l'UE — a présenté un Plan d'action au début du mois de février qui vise à augmenter les pouvoirs des brigades de police financière des pays membres de l'UE. D'après ce plan, la Commission va immédiatement commencer à réguler les transactions effectuées à l'aide de cartes prépayées et de monnaie virtuelle, avant de compléter la régulation des paiements en liquide et entre les banques plus tard cette année.

Les cartes prépayées ont joué un rôle crucial dans les attaques du 13 novembre à Paris et à Saint Denis : les terroristes les ont utilisées pour se loger, s'acheter des armes et du matériel de manière anonyme à Paris les jours précédant le massacre. Les lois européennes actuelles ne requièrent aucun type de pièce d'identité pour acheter et recharger ce type de carte, que l'on peut trouver dans un bureau de tabac par exemple.

À lire : Tout ce que l'on sait des attaques du 13 novembre résumé en infographies

Cet article a d'abord été publié sur la version anglophone de VICE News.


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