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Crime

Flingues, drogues et caniches : La vie et la mort du boss d'une prison vénézuélienne

Le week-end dernier, un puissant trafiquant de drogues vénézuélien a été abattu. Celui qu'on surnommait "Le Lapin" n'était pas seulement un baron de la drogue, il dirigeait aussi la prison dans laquelle il était lui-même incarcéré.
28.1.16
Photo via Facebook

Mort comme en vie, le trafiquant de drogues vénézuélien Teófilo Rodríguez Cazorla n'a jamais été un homme discret.

Mieux connu sous le nom d'El Conejo (« Le Lapin »), Rodríguez a été abattu dans sa voiture ce dimanche avant l'aube. Stationnée devant une boîte de nuit de Porlamar — la plus grande ville de l'île touristique de Margarita — sa voiture a été criblée de 70 balles.

Le lendemain de son assassinat, le corps d'El Conejo a été transporté devant la prison San Antonio, où il avait passé quelque temps en tant que « prisonnier ». En réalité, Rodríguez était le boss de la prison, il pouvait en sortir et y rentrer comme il voulait.

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Quand le cercueil est arrivé à la prison, des dizaines de prisonniers sont montés sur le toit et ont tiré en l'air des rafales avec leurs armes automatiques pour lui rendre un dernier hommage. Devant les portes du pénitencier, un contingent de la Garde nationale vénézuélienne assistait stoïquement à cette étonnante scène.

Video via YouTube

L'enterrement d'El Conejo a eu lieu ce mardi. Une foule s'est jointe au cortège funéraire, les principaux axes routiers de la ville ont été fermés, comme certaines écoles.

Des vidéos des funérailles de Rodríguez ont largement circulé sur les réseaux sociaux, mettant en lumière le phénomène des « pranes » dans le pays — ces « barons » qui contrôlent ce qui se passe dans nombre de prisons vénézuéliennes. L'hommage rendu à Rodríguez a aussi mis l'accent sur la frilosité du gouvernement vénézuélien pour mettre fin à la pratique des pranes.

Peu après sa nomination en 2011, la ministre vénézuélienne des Prisons, Iris Varela, avait rencontré plusieurs pranes afin de les convaincre de réduire le niveau de violence qui avait cours derrière les barreaux.

Si ces différentes rencontres ont permis aux autorités de récupérer quelques armes, elles ont surtout été l'illustration de l'incapacité du gouvernement à gérer ce qui se passe dans les prisons. La rencontre entre la ministre et El Conejo s'était conclue par une petite photo.

Murio alias 'el Conejo' pran consentido de Iris Varela, luego de ser tiroteado en discoteca en Porlamar, — Pedro Paolucci (@paolucci40)January 24, 2016

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La ministre des Prisons et El Conejo avec ses canichesdans la prison de San Antonio.

El Conejo avait été envoyé dans la prison de San Antonio sur l'île de Margarita en 2003. En plus de ses activités de trafiquant de drogues, il était tombé pour vol de voiture et possession illégale d'armes à feu.

Après être devenu pran de la prison, El Conejo est devenu le maitre incontesté de tout ce qu'il s'y passait, notamment l'organisation et le contrôle de l'accès aux armes et à la drogue à l'intérieur de la maison d'arrêt. Il aurait aussi continué de chapeauter le gros de l'activité criminelle de Margarita depuis sa cellule, notamment le marché de la drogue local qui prospère grâce aux nombreux touristes avides d'expérience en tout genre.

Au fil du temps, son organisation a commencé à se faire connaître sous le nom de Tren del Pacífico, soit le Train du Pacifique.

« Tren del Pacífico dit au revoir au roi des rois — le boss, » a écrit un membre du groupe sur sa page Fabebook après le meurtre d'El Conejo. « Les gens meurent seulement si on les oublie. Les tiens ne t'oublieront jamais. »

Quand il était chef de la prison de San Antonio, El Conejo était en permanence accompagné d'autres détenus armés, qui portaient apparemment de petits tatouages de lapins.

Sa cellule était équipée d'une salle de bains privée, d'un salon, d'un grand lit double, d'un écran plasma de 42 pouces, et de tableaux (des portraits de sa fille et des images de Dieu). Il gardait aussi avec lui deux caniches.

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El Conejo avait fait peindre le logo de Playboy sur tous les murs de la prison — un symbole qu'il utilisait pour marquer son territoire. Le petit lapin du magazine de charme américain était parfois un peu grossi pour mieux correspondre à la corpulence d'El Conejo. Dans le pénitencier de San Antonio, on trouvait aussi plusieurs portraits de lui aux côtés de l'ex-président vénézuélien Hugo Chávez.

Photo via Facebook

L'influence d'El Conejo au sein de la communauté était telle qu'en 2013, un yacht-club local a été inauguré au sein même de la prison avec un spectacle de sons et lumières, de l'air conditionné et des danseuses. En temps normal, on trouvait déjà à l'intérieur de la prison : une piscine, une boîte de nuit et un restaurant.

La prison de San Antonio n'est pas une exception au Vénézuela. Les discothèques installées derrière les barreaux sont relativement communes dans les prisons du pays. Une série de photos diffusée dans les médias locaux en 2015 fournissait une vue sur l'intérieur de la prison de Tocorón, où l'on trouve un ring pour les combats de coqs, une piscine, un terrain de sport et un restaurant. Cette prison aurait même une banque.

D'après l'Observatoire des prisons vénézuéliennes, une ONG locale, il y aurait en ce moment près de 50 000 détenus dans les prisons du pays et seulement un tiers d'entre eux auraient effectivement été condamnés. L'Observatoire note aussi que les établissements pénitentiaires souffrent d'une surpopulation chronique. Certaines prisons comptent deux fois plus de détenus que ce qu'elles devraient accueillir. D'autres études sont arrivées à la conclusion que le nombre de prisonniers est 9 fois supérieur aux capacités d'accueil.

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La ministre des Prisons, Iris Varela, a confié à Unión Radio ce mercredi que « tout le monde condamne » l'hommage rendu par les détenus à El Conejo après sa mort, et a promis que les armes seront confisquées.

« Les détenus voulaient que je leur permette de faire rentrer le cercueil dans la prison, » explique la ministre. « Je leur ai dit non. »

Varela a cependant insisté sur le fait qu'il n'y a pas eu d'émeutes dans la prison de San Antonio — ce qui signifie d'après elle que l'établissement est « pacifié ». Elle a aussi précisé qu'El Conejo avait purgé sa peine et était « un homme libre » au moment de sa mort. L'annonce de la ministre allait alors à l'encontre de plusieurs éléments qui laissaient penser que Rodríguez devait encore passer 18 ans en prison.

Video via YouTube

Pendant ce temps, des reporters basés sur l'île ont expliqué à VICE News que la mort d'El Conejo pourrait être attribuée à un gang rival souhaitant se lancer dans le business du crime sur l'île. Les journalistes ont ajouté que la situation à l'intérieur de la prison semblait calme parce que le successeur d'El Conejo avait déjà pris le contrôle.

Suivez Victor Amaya sur Twitter : @victoramaya