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Red Star FC

Scènes d'un nostalgique du Red Star

Célèbre grand-père de la série Scènes de ménages, Gérard Hernandez est aussi fan du Red Star depuis son enfance passée dans le Saint-Ouen des années 30. Il nous raconte ici l'Étoile Rouge de son enfance, entre franquisme, churros et Django Reinhardt.

par Walid Kachour
10 Avril 2018, 10:12am

Photo : Valéry Hache // AFP

« Être supporter d’un club populaire comme le Red Star aide à garder les pieds sur terre ». Gérard Hernandez donne le ton d'emblée. Le fils d’immigrés espagnols, né à Saint-Ouen en 1933 près du Stade Bauer - « lorsque Hitler a pris le pouvoir en Allemagne » - ne minimise pas le rôle de l’institution dans sa riche et humble carrière, vieille de plus de soixante ans. Entre tournages et séances de thalasso, l’acteur de 85 ans n’élude aucun détail sur son étoile rouge.

Aux bons souvenirs de Bauer

Le célèbre moustachu a vécu durant sa petite enfance dans le quartier de la petite Espagne, « près des roulottes de gitans », à une centaine de mètres du stade de la rue du Docteur Bauer. Il y côtoyait les expatriés du régime de Franco ou encore la communauté manouche. Parmi elle, le clan du guitariste Django Reinhardt, avec qui son oncle aimait jouer au billard. À cette époque, le PSG n’existait pas. Les institutions phares de la région avaient pour nom le CA Paris et le Racing.

L’ancien bibliothécaire a connu la grande époque du Red, premier champion de France sous l’Occupation en 1941 et vainqueur de la coupe de France l’année suivante. « Des grands clubs anglais venaient disputer des matchs amicaux à Bauer » se souvient t-il. Le grand Arsenal des années 1930 - cinq championnats remportés entre 1931 et 1938 - est venu fouler la pelouse de la forteresse audonienne, à une époque où les compétitions européennes n’existaient pas.

Le jeune Gérard se délectait de ces sorties dominicales, se tenant toujours debout dans les tribunes. Il résume : « Mon père retrouvait ses amis et pour moi c'était la sortie du dimanche ». Aux abords du stade, les spectateurs se ruaient vers les marchands de chocolat et de churros. Une madeleine de Proust pour l'acteur, contraint à fuir enfant Valladolid et l'Espagne, alors sous le joug franquiste. Ironie du sort, Gérard Hernandez obtiendra la nationalité française le jour de la mort du dictateur ibère, le 20 Novembre 1975.

Le football d’un autre temps

Gérard ne cache pas sa nostalgie de ce football à l’ambiance bon enfant dans lequel il a baigné : « Les supporters n'insultaient pas l’adversaire comme on peut le voir dans les grands stades européens aujourd’hui. Les soirs de défaite, il fallait accepter la supériorité de l'équipe d’en face. » Ses idoles étaient l’ailier Alfred Aston et l’avant-centre André Simonyi, légendes du club entre le milieu des années 30 et 40. Les deux amis et compères d’attaque sont même devenus internationaux français. Aston a disputé les Coupes du monde 1934 et 1938. Il vouait également une certaine admiration pour le gardien espagnol Ricardo Zamora, passé par le FC Barcelone et le Real Madrid. « Il était capable d'arrêter le ballon d’une seule main » affirme-t-il en toute objectivité.

Ces mêmes étoiles du ballon rond restaient boire un coup avec les fans après le coup de sifflet final. « Je ne vois pas Neymar faire ça aujourd’hui » rigole-t-il. Le petit Gérard et ses potes de quartier préféraient taper le ballon jusqu'à la tombée de la nuit. Il a d’ailleurs du mal à se retrouver dans le football actuel parfois déconnecté de la base - « où l’argent coule à flots » - : « Je me sens pas proche de ces gens-là. J’ai toujours aimé les choses simples ».

Le Red Star de sa petite enfance reflétait sa personnalité, modeste et conviviale, à des années-lumière du star-system. « Mes proches et moi étions simplement heureux d'être au stade » souffle-t-il, l’air nostalgique.

« Le Red Star doit rester à Bauer »

La tradition populaire et progressiste du Red collait à sa mentalité, lui dont la famille était plutôt de gauche. « On ne va pas se mentir, ce côté populaire était un vrai plus, notamment pour le développement de ma conscience politique. » Mais cet attachement profond ne l'empêche pas pour autant de souligner l'impressionnante force du PSG version qatarie. « Ils sont formidables. Je suis admiratif de leur technique. C'est bien au-dessus de ce que j'ai connu ».

Pour ce qui est de son Red Star, son dernier rendez-vous remonte à la saison 2015-2016. Le club jouait alors en Ligue 2, et délocalisait ses matchs à Beauvais, homologué pour le niveau professionnel. Loin de Bauer mais près du coeur. Malgré le temps qui passe, hors de question pour lui de renier son premier amour de jeunesse. « Je vais retourner au stade avant la fin de saison » assure-t-il. Pour le grand-père le plus regardé du PAF, la réussite sportive du club passera par la rénovation du vétuste Bauer, un temps menacé de destruction pour son incompatibilité avec le haut niveau. « Il y a des lieux mythiques dans le foot, et notre stade en fait partie. Le Red Star doit rester à Bauer ». Son rêve, encore hypothétique, serait d’y retourner lors d’un Red Star-Laval, autre ville dans laquelle ses parents se sont réfugiés pour fuir la dictature.

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