En Irak, les Kurdes perdent du terrain au profit des forces irakiennes

Ces deux derniers jours, les forces irakiennes ont repris Kirkouk et Sinjar, après des semaines de tensions autour de la question de l'indépendance kurde.

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17 octobre 2017, 2:13pm

Ce mardi, les combattants kurdes ont dû quitter la ville de Sinjar (nord de l'Irak), un jour après que les forces irakiennes ont repris Kirkouk, une ville stratégique pour ses réserves en pétrole.

Les forces kurdes, qui tenaient Sinjar depuis sa reprise des mains de l'EI en novembre 2015, se sont retirées avant l'aube ce mardi, a indiqué à l'Associated Press, le commandant d'une milice locale, Masloum Shingali.

Le maire de Sinjar, Mahma Khali, a déclaré que les forces de la Mobilisation populaire (soutenues principalement par l'Iran et majoritairement chiites) étaient entrées dans la ville et la sécurisaient.

Ce lundi, les forces irakiennes étaient entrées dans Kirkouk, après des semaines de tensions entre la région kurde et le gouvernement central de Bagdad autour de la volonté d'indépendance kurde.

À lire : Kurdistan irakien : soif d'indépendance et référendum controversé

L'offensive irakienne porte un coup sérieux aux ambitions indépendantistes kurdes, et fait craindre de nouveaux affrontements entre Bagdad et le Gouvernement régional du Kurdistan – ce qui ferait presque oublier que la bataille contre l'EI court toujours.

Washington, qui arme et forme à la fois les forces fédérales irakiennes et les peshmergas kurdes, a demandé à ses deux alliés « d'immédiatement cesser ces activités militaires et d'imposer un retour au calme. »

« L'EI reste le véritable ennemi de l'Irak, et nous appelons toutes les parties à rester concentrées sur la libération totale de leur pays de cette menace, » peut-on lire dans un communiqué de l'ambassade américaine en Irak.

Les forces irakiennes ont rencontré peu de résistance de la part des Kurdes (en infériorité numérique et matérielle), lorsqu'elles ont repris Kirkouk et ses champs pétrolifères. Citant des hôpitaux locaux, le New York Times indique qu'environ 30 personnes ont été tuées et qu'une dizaine d'autres ont été blessées dans les affrontements.

Craignant d'être la cible de représailles dans cette ville d'un million d'habitants ethniquement mixte, des milliers de Kurdes ont quitté Kirkouk, pendant que des groupes de Turkmènes célébraient dans les rues.

Cette offensive éclair survient après des semaines de tensions. Quand les Kurdes ont massivement voté pour leur indépendance, Bagdad a menacé militairement la région autonomiste exigeant que le vote soit annulé.

L'offensive militaire irakienne représente l'action la plus décisive de Bagdad contre l'indépendance kurde. Cette avancée a aussi été facilitée par un manque d'unité chez les Kurdes.

Des milices alliées à l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) – un parti politique rival du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), qui gouverne la région kurde en Irak – auraient passé un accord avec les forces irakiennes pour les laisser progresser dans Kirkouk.

Un communiqué des peshmergas diffusé par Hemin Hawrami, un proche du leader kurde Massoud Barzani, accuse ses rivaux politiques de « trahison » et promet que le gouvernement central irakien va le « payer au prix fort ».

Mais avec la perte de Kirkouk, les Kurdes se retrouvent dans une position désavantageuse – en plus d'être divisés politiquement et sur le reculoir d'un point de vue territorial.

Si la ville est située à 32 kilomètres de la frontière du territoire kurde, Kirkouk est vue par les Kurdes comme partie intégrante de leur région. La ville, qui a été reprise à l'EI en 2014, est aussi stratégique grâce à ses champs pétrolifères.

Le porte-parole du Département de la Défense américain, le Colonel Robert Manning, ne s'est pas prononcé sur la marche à suivre si les affrontements continuaient. Manning a simplement indiqué que les autorités américaines « envisageaient toutes les options ».

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