JO de Rio : un petit précis de gastronomie dans le village olympique

Entre les nuggets de McDo, le stand italien du self et les Gerblé, voilà comment les athlètes cantonnés dans le village se démerdent avec la bouffe.
Alexis Ferenczi
Paris, France
5.8.16
Photo via Flickr user Natalie Clarke.

Est-ce que Pierre de Coubertin pensait au buffet quand il a dit 'l'important c'est de participer' ?

Figurez-vous que pour un sportif de haut niveau, il est impératif de bien s'alimenter avant chaque compétition. À Rio, les athlètes cantonnés dans le village olympique doivent composer avec ce qu'ils trouvent sur place. Comment se démerdent-ils avec la bouffe ? Dans le premier village de l'histoire, édifié à Baldwin Hills pour les J.O. de Los Angeles en 1932, on comptait 550 baraques en préfabriqué et – déjà – 5 réfectoires, preuve que le CIO ne badine pas avec les repas.

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En 2016 au Brésil, la « cantine » fait la taille de quatre piscines olympiques, rapporte l'Associated Press. Elle peut accueillir environ 18 000 personnes et servir 210 000 kg de nourriture par jour. Comme lors des précédentes éditions, tout est mis en œuvre pour satisfaire les palais des Olympiens venus bâfrer gratos.

Le village de nuit / le plus grand self-service du monde. #TeamFrance ??? pic.twitter.com/O8R1y1h2AK

— Yannick Agnel (@YannickAgnel) August 3, 2016

« Et vu le nombre d'athlètes que le village va accueillir, on peut dire qu'ils ont plus misé sur la quantité que la qualité », soupire Matthieu Péché. Interrogé par MUNCHIES, le céiste, premier athlète français à débarquer au village avec son coéquipier Gauthier Klauss à la fin du mois de juillet, raconte ses premières impressions : « On trouve plusieurs stands de bouffe ; asiatique, brésilien avec de la viande rouge, des haricots ou du manioc, italien avec des pâtes et de la pizza. Après, on n'est pas très aventurier. La dernière fois que j'ai essayé un mélange indien et chinois à Londres, c'était vachement trop épicé pour moi. »

Menu validé par un bataillon de diététiciens, options sans gluten, 10 choix de yaourts (aux fruits, sans matière grasse, au lait de soja ou au lait de chèvre), corners halal et casher : les sportifs sont plutôt choyés, insiste Marcello Cordeiro, en charge de l'approvisionnement, toujours dans l'article de l'AP. Pour rassurer les locavores, la plupart de la nourriture vient du Brésil, même si certaines spécialités régionales – notamment le kimchi coréen – ont été importées.

On a ramené quelques trucs de France avec nous. Des barres de céréales surtout. Et des Gerblé.

« On a ramené quelques trucs de France avec nous. Des barres de céréales surtout. Et des Gerblé. Mais le truc le plus important, c'est la cafetière. Parce qu'on a beau dire que le Brésil est le pays du café, on vient depuis avril tester le bassin et je n'en ai pas bu un seul de potable », précise Matthieu. « Au début, certains stands étaient fermés. Il y avait beaucoup d'attente. Au fur et à mesure que les sportifs sont arrivés, ils ont commencé à ouvrir l'ensemble du site. Il y a plus de monde, le débit est plus fluide mais il y a encore des petits moments de panique. Ce matin par exemple, il n'y avait plus de pain. Et l'autre jour, c'était la guerre du Nutella. »

? Alerte disparition ? récompense à celui qui me trouve du @NutellaFR au village Olympique #Rio2016 ???? — Matthieu PECHE (@MatthieuPECHE) August 3, 2016

Attention, la gastronomie du village olympique peut aussi se retourner contre les sportifs. Greg Shaw, nutritionniste en chef des nageurs australiens en explique les raisons à USA Today : « C'est un environnement culinaire exceptionnel. Pensez à une sorte de 'self' sous stéroïdes. Il y a un choix démesuré de plats (…) ce qui peut avoir une influence négative sur la performance. »

« Contrairement aux cyclistes, on n'a pas de coach en diététique parce qu'on n'a pas besoin de peser aux grammes près ce qu'on mange », ajoute Matthieu. « On fait quand même attention. On a nos petites salades. En 2012, on avait fait le McDo. Mais cette année il est dans la zone internationale. On n'a pas encore eu le temps d'aller voir ce que ça donne. »

Un McDonalds dans le village olympique ? C'est possible. Et c'est même une institution.

Partenaire de la compétition depuis 1976, physiquement présent depuis Atlanta en 1996, Ronald et ses potes font le bonheur des athlètes en quête d'une valeur nutritive refuge. Quentin Moynet l'observe en comparant le village dans l'Equipe à un buffet gargantuesque : « Un barbecue au milieu de la rue, des frigos emplis de boissons énergisantes, des distributeurs de sodas, des congélateurs à glaces sur chaque trottoir ou presque, un immense restaurant ouvert 24 heures sur 24, et même un McDonalds, qui fait le plein dès le premier jour. »

Dans sa biographie, Usain Bolt décrit ses habitudes alimentaires à Pékin, avant sa triple médaille d'or et signe une véritable ode aux nuggets.

En bon sponsor, McDo fait partie de l'histoire des J.O. C'est bien pour ça qu'on se transmet l'anecdote de Maurice Green en train de s'enfiler un Big Mac la veille de sa finale du 4 x 100 m à Athènes (2004). À Sotchi, dix ans plus tard, c'est le skieur acrobatique Torin Yater-Wallace qui est immortalisé sur les réseaux sociaux avec une jolie reconstitution du podium olympique en burgers.

Luh me mac D's who in the mountain village needs some, I'm about to be the supplier pic.twitter.com/sFIkCCoWqh

— Torin Yater-Wallace (@TorinWallace) February 12, 2014

Mais ce n'est rien à côté de la pub' qu'en fait Usain Bolt dans sa biographie, Plus rapide que l'éclair. Le sprinteur est à Pékin (2008) et raconte ses habitudes alimentaires avant sa triple médaille d'or (100 m, 200 m et 4 x 100 m) en signant une véritable ode aux nuggets.

« Je rendais trois visites quotidiennes au restaurant du village. J'ai goûté un peu de poulet par-ci, un peu de nouilles par-là, mais sans grand enthousiasme. Je suis jamaïcain, j'adore le poulet charki, le riz, les patates douces et les boulettes. Le poulet aigre-doux ne m'emballe pas. Parmi les plats locaux, certains étaient trop épicés, d'autres pas assez et je devais me méfier des deux. Les premiers jours ont donc été compliqués. Tant pis, me suis-je dit un matin. Je m'offre des nuggets de poulet. »

Usain va donc enchaîner les boîtes de 9. « En moyenne, je dévorais environ cent nuggets par 24 heures Et j'étais là pour dix jours. » Grâce au travail patient de sa compatriote et hurdleuse Brigitte Foste-Hylton, Bolt ajoutera quelques légumes à son régime. « On pourrait supposer que ce type de nourriture est bannie des enceintes olympiques, que nous prenons tous des repas très sains, mais rien n'est moins vrai », conclut-il avec finesse. Depuis, la délégation jamaïcaine s'est visiblement dotée d'un cuistot compétent.

Lunch time thanks to our Jamaican chef.. pic.twitter.com/JNjkkP1zUu — Usain St. Leo Bolt (@usainbolt) July 31, 2016

Avant le McDo et l'opulence, le village Olympique a aussi reflété son époque. Lors des Jeux de Londres en 1948, rebaptisé par le Guardian, « J.O. de l'austérité », les athlètes subissent, comme la population, les affres d'une économie dévastée par le conflit mondial. Et ça se sent dans la gamelle. La coureuse britannique Sylvia Cheeseman confiait par exemple au quotidien : « C'était très compliqué de mettre la main sur de la viande même s'il y avait de la baleine qui n'était pas rationnée. C'était immonde mais je devais absolument avoir une source de protéines donc je l'ai mangée. »

Officiellement, l'alcool est interdit dans le village.

À Melbourne, en 1956, ce sont des centaines de chefs qui sont employés pour faire à manger aux athlètes. Parmi eux, beaucoup viennent d'Inde, du Pakistan et de Singapour après avoir bossé dans les cantines de la Royal Air Force ou de la Navy pendant la Seconde guerre mondiale et sont donc totalement compétents pour faire de la bouffe à un grand nombre de gens, rappellent Kirkby et Luckins dans Dining On Turtles : Food Feasts and Drinking in History.

Officiellement, l'alcool est interdit dans le village. C'est pour ça que le pub londonien installé en 2012 ne servait que du Coca-Cola et du Powerade. Mais, comme le dit avec malice L'Equipe, « il y a 50 000 manières d'en faire entrer, il faut faire confiance aux athlètes pour avoir de l'imagination », sous-entendu : ça ne boit pas que de l'eau dans les chambres.