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Manger comme Dracula en Transylvanie

Pour info, les restaurants locaux ne servent pas de sang humain. Par contre, ils proposent des ragoûts d'agneau capables de satisfaire n'importe quel palais.

par Aaron Kase
24 Février 2017, 11:00am

Dracula s'ouvre assez innocemment sur un poulet parfumé au paprika. Jonathan Harper, jeune notaire britannique et héros du roman de Bram Stoker, s'est rendu en Europe de l'Est pour y rencontrer le comte Dracula. Chemin faisant, il s'arrête dans une auberge à Cluj Napoca en Transylvanie.

Dans son journal, on lit : « J'eus pour dîner, ou plutôt souper, un poulet épicé par une sorte de poivre rouge qui était fort bon mais donnait aussi fort soif », ajoutant qu'il penserait à demander la recette pour sa fiancée. Bien que l'auteur ne se soit jamais rendu dans la région, appartenant à l'époque au Royaume de Hongrie, ses choix culinaires sont pertinents.

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Le paprika, obtenu à partir du poivre rouge, est même l'épice nationale du pays. Les plats de viande servis dans les restaurants ou à la maison en sont lourdement chargés.

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Buste de Vlad l'Empaleur à Sighisoara en Roumanie. Toutes les photos sont d'Ada Kase.

Après cette petite péripétie d'ordre culinaire, le récit reprend son ton macabre et l'on apprend assez vite que le plat préféré du comte Dracula n'a en commun avec le paprika que la couleur. Cet ingrédient n'est généralement pas commercialisé ni même recherché par les palais les plus aventureux. Vous pouvez quand même vous en approcher dans un des nombreux restaurants de Transylvanie, situé aujourd'hui en Roumanie. C'est un bon moyen de faire tripper les touristes qui marchent dans les pas du plus célèbre des vampires.

Il faut commencer à Sighisoara, une petite bourgade établie dans le centre vallonné de la région. Dans la partie médiévale de la ville, encore très bien préservée, on y découvre de vieilles églises, des tours de garde, des remparts ainsi qu'une maison présentée comme l'endroit où est né Vlad l'Empaleur. Au XVe siècle, ce monsieur était prince de Valachie, un petit bout de la Roumanie. Il a acquis son surnom au fil de son règne, entre répressions sanglantes et violentes campagnes militaires contre l'envahisseur ottoman. Vlad appréciait tout particulièrement empaler sur la place publique ses ennemis, Turcs ou autres, histoire de montrer qui était le patron.

Le ragoût Dracula accompagné de deux dômes de polenta.

Les plus pointilleux souligneront que le paprika n'est apparu dans la région qu'un siècle après la présence Vlad, importé par les Ottomans qu'il avait si souvent combattus. Peut-être que ses soldats avaient pour mission de repousser l'épice pour qu'elles n'envahissent pas l'Europe ? Enfin bon. Pour revenir à nos moutons, Vlad l'Empaleur était aussi connu sous le nom de Vlad Dracula et même s'il n'a jamais été accusé de cannibalisme, il a malgré tout légué son nom et sa réputation au monstre sanguinaire imaginé par Stoker.

Un plat typique de la gastronomie roumaine : agneau, purée et pickles.

C'est ce lien qui est célébré dans al maison qui l'aurait vu grandir et qui abrite aujourd'hui un restaurant, Casa Vlad Dracula, et son « menu-vampire ». Qu'est-ce qu'on y trouve ? Beaucoup de barbaque. Ragoût Dracula, poulet Dracula ou crevettes Dracula, tout est accompagné d'une sauce rouge épicée. Les gros estomacs peuvent commander le dîner Dracula : un mélange de cinq viandes servies avec de la purée de pommes de terre et des pickles. C'est un choix plutôt logique. Si les vampires boivent le sang de leurs victimes pour profiter de leur énergie vitale, manger la chair d'un animal mort découlerait plus ou moins du même principe. Au final, le menu et les prix ne sont pas si différents de ce qu'on peut trouver ailleurs en Roumanie. Le thème est la seule originalité des lieux.

La salade du restaurant Dracula, pleine de prosciutto.

J'ai commandé le ragoût Dracula qui s'est révélé être un mélange de saucisse et de poulet, le tout servi entre deux dômes de polenta. Ma femme, qui ne voulait pas abuser de produits carnés, a préféré choisir la salade maison, se disant qu'elle faisait là un choix judicieux. Elle a même pris la précaution de demander au serveur de ne pas mettre de fromage dedans, au cas où. Au final, la salade ne contenait aucun produit laitier mais elle était pleine de prosciutto.

Pour accompagner tout ça, j'ai demandé des bières Dracula. Le serveur m'a répondu avec un certain mépris que cela n'existait pas. Le menu proposait du vin Dracula mais seulement à la bouteille et je ne comptais pas sortir rond comme une queue de pelle de ce déjeuner. J'ai donc pris le rouge conseillé par la maison et il a très bien joué son rôle. Le menu propose aussi quelques cocktails : le Dracula Kiss et le Dracula Dream, ainsi que du café Dracula.

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Le restaurant Casa Vlad Dracula, à l'endroit supposé de la naissance de Vlad l'Empaleur.

Après s'être rempli la panse et à condition d'allonger quelques billets supplémentaires, il est possible de monter dans la chambre où Vlad est censé avoir vu le jour. Les propriétaires des lieux ont opté pour un décor 10 % maison hantée : on arrive dans une pièce sombre pour découvrir un cadavre se redressant d'un cercueil posé à même le sol. Charmant.

D'autres installations en l'honneur de Dracula se situent à Bran, au sud de Sighisoara, dans une zone plus montagneuse de la Transylvanie. La ville est surplombée par un château imposant et austère qui a été construit au sommet d'une colline. Bien que le château lui-même n'ait aucun rapport avec Vlad l'Empaleur, son air assez flippant en fait la résidence principale parfaite pour le Comte Dracula dans le roman – la falaise est un élément narratif important puisqu'elle empêche Jonathan Harper de quitter le sa prison.

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La bière Dracula à Bran. La couleur n'est pas encore tout à fait au point.

En bas de cette falaise se trouve un petit village spécialisé dans les boutiques de souvenirs. Des flopées de saucisses pendent à toutes les devantures des échoppes de bouffe, de quoi attirer le touriste affamé. Il est possible de dégoter une bière Dracula dans un tout petit resto qui ne paie pas de mine.

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Je pensais qu'il allait s'agir d'une blonde banale à laquelle un colorant aurait été ajouté mais en fait, les brasseurs ont poussé le délire un peu plus loin en ajoutant une sorte de sirop qui rend la bière non seulement rouge mais aussi un peu visqueuse et surtout trop sucrée.

Voyez-là l'alternative vegan à l'alimentation du vampire. Mais pour ressembler vraiment à la boisson préféré de Dracula, il manquait un peu de sel et un petit goût de fer à cette choppe de l'Enfer.