Les caribous canadiens meurent, et personne ne sait pourquoi

Les caribous canadiens meurent, et personne ne sait pourquoi

Une force mystérieuse fait des ravages chez les caribous de Nunavik. Pour comprendre l’origine de ce phénomène, les biologistes sont prêts à tout.
6.4.17

Pour une raison mystérieuse, les caribous de Nunavik – une région située à l'extrême nord du Québec – meurent les uns après les autres.

Au cours des 15 dernières années, la harde de caribous de la rivière aux Feuilles, qui occupe la pointe supérieure du Nunavik, s'est réduite de manière drastique. Elle ne compte aujourd'hui que 200 000 individus, ce qui correspond à une réduction de la population aux deux tiers. Or, les biologistes n'ont aucune idée de la cause de ce phénomène.

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Pour obtenir des données qui pourraient les éclairer sur la situation, des scientifiques de l'Université de Laval, au Québec, ont conçu un dispositif astucieux qui permet de surveiller discrètement les bébés caribous et leur mère.

« Le risque était de ne pas voir les bébés à l'image. C'est ce que craignaient mes collègues », explique Steeve Côté, membre de Caribou Ungava, à Nunatsiaq Online. « Mais ils s'étaient trompés. Ça a marché du tonnerre, et on a pu collecter des données extrêmement utiles. »

Le spectacle auquel ont assisté les scientifiques par l'intermédiaire des caméras est pour le moins émouvant. Imaginez des caribous nouveau-nés enfonçant tendrement leur museau dans le duvet soyeux de leur mère, des animaux unis par des liens mystérieux qui voyagent à travers de magnifiques paysages blancs, et, en bonus, une vue sous-marine des techniques de nage des caribous traversant la rivière. Aucune de ces scènes n'avait jamais été documentée jusqu'à présent, car sans caméras embarquées, le seul moyen d'étudier ces animaux était l'observation directe – qui a ses inconvénients.

Les 14 femelles ayant reçu un collier ont survécu jusqu'à la fin de la période de surveillance. Sur leurs treize petits, huit étaient encore visibles sur les vidéos de septembre. Selon Caribou Ungava, cela correspond à un taux de survie de 62%, un chiffre plus élevé que ce à quoi ils s'attendaient.

Les Nunavimmiut, les peuples autochtones du Nunavik, n'ont pas toujours soutenu le projet de suivi des caribous. Côté explique que les anciens modèles de colliers GPS étaient plus lourds, invasifs, et gênants pour les animaux. Pour remédier à cette situation, l'équipe a opté pour des appareils fabriqués en Allemagne qui pesaient environ 1 kilo et coûtaient 5 000$ chacun.

Caribou Ungava/YouTube

« Nous avons très peur de perturber les animaux. Si nous mettons leur survie en péril, si nous modifions leurs comportements, alors nous n'arriverons jamais à lever le voile du mystère qui les entoure », ajoute Côté.

Les biologistes ont déjà formulé quelques hypothèses pour expliquer le taux de mortalité anormalement élevé des caribous au cours des quinze dernières années. La chasse sportive, qui sera interdite en 2018 mais est très populaire depuis quelques années, est le suspect numéro un.

Côté a laissé entendre que la chasse dite « de subsistance », qui cause la mort de plusieurs milliers de caribous chaque année, pourrait également être un facteur. Hélas, c'est un sujet très sensible d'un point de vue politique. Le caribou fait partie intégrante de la culture et de l'alimentation des Nunavimmiut, et la chasse de subsistance est préférable à l'importation de viande, extrêmement onéreuse pour les autochtones.

Caribou Ungava continue d'étudier le troupeau le long de la rivière aux Feuilles. Leur enquête se terminera en 2020, et d'ici là, ils étudieront aussi les principaux prédateurs du caribou, le loup gris et l'ours noir.