Culture

J'ai dormi avec des centaines d'inconnus dans The Internet Bedroom

Les génies de IDPW ont inventé une sorte de soirée pyjama en ligne, pour l'amour du weird.
29.6.16
Captures d'écrans par l'auteur.

Jamais je n’aurais imaginé coucher avec autant de gens à la fois. Merci qui ? Merci IDPW. Cette “société secrète” est entre autre reconnue pour avoir lancé l’Internet Yama-Ishi, un marché aux puces regorgeant de pépites inutiles ayant un rapport, de près ou de loin, avec le web. Tatouages Firefox et Google, bouteilles remplies d’air de Macbook-Air et boules de neige à l’effigie d’Edward Snowden ne sont que quelques-unes des merveilleuses futilités que vous pourrez y glaner.

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La semaine dernière, le collectif proposait un autre de ses événements signatures. Présenté pour la seconde fois, The Internet Bedroom invitait quelques aventuriers à s’assoupir, webcam allumée, aux côtés de totals inconnus ronflant à travers le globe. Pouvant se définir comme une performance participative en ligne de 24h, ce happening expérimental est bien plus qu’une fantasie. Cette pyjama party 2.0 questionne de nombreuses facettes de la société à l’ère du numérique et apporte une critique très pertinente de la culture de l’internet et de notre utilisation des réseaux sociaux. En proposant une dynamique à la fois cyclique et quasi-statique, elle est totalement en contradiction avec le flux constant de données offert par le web, de jour comme de nuit. L’internet ne dort jamais. Sauf ici. “L’internet est toujours bondé de millions de personnes d’ici ou d’ailleurs qui se connectent à chaque seconde en se réveillant en même temps que le soleil se lève” expliquent les cofondateurs de IDPW, Yae Akaiwa & Kensuke Sembo, à The Creators Project. “En y emmenant des éléments comme le sommeil des gens par exemple, nous y injectons le silence et la nuit pour lui donner un aspect un peu plus organique et plus proche de la nature que ce qu’il est habituellement” ils ajoutent.

Je ne sais pas trop pourquoi j’ai une fois de plus participé à ça, mais ça vient probablement du fait que de nombreux éléments qui rendent mon existence plus cool étaient réunis : de l'étrange, de l'internet étrange, la nuit, dormir, faire des expériences avec des inconnus.

La première étape aurait été de me trouver un “pyjama sympa” pour assurer mon #swag-game mais sachant pertinemment que je n’arrive à pioncer que dans le noir complet, je ne me suis pas trop pris la tête avec ce détail. Je me suis allongé dans l’obscurité et rejoint un des deux dortoirs virtuels disponibles. Par solidarité, je lance ma webcam et prends le temps de m’immiscer dans l’intimité de ces quelques cyber-dormeurs. Comme je rentre tout juste de soirée et que je suis un peu défoncé, j’ai au minimum une heure de battement avant de fermer l’œil, ce qui est bien assez pour un peu de voyeurisme - consentant.

À première vue ça roupille intensément par ici. Étalée sur plusieurs fuseaux horaires, The Internet Bedroom me donnera un accès privilégié à une poignée de couchers, de réveils et de siestes. Tout ça simultanément. Certains ronflent, d’autres font des bruits bizarres, se tournent, dorment à plusieurs, avec chats ou chiens ou parlent des langues incompréhensibles pendant leur sommeil. J’imagine aussi que lui vient de se lever pour aller pisser. Finalement, après avoir été témoin de plusieurs dizaines de comportements et habitudes nocturnes, je me suis endormi, contribuant à mon tour pleinement à l’expérience.

La cerise sur le gâteau sera quand même d’avoir pu apprécier la déco très raffinée de chez certains allants de la chambre témoin Ikea — et pas la mieux du catalogue — à la tentative ratée de piaule pseudo-minimaliste noir et blanc Malevitch-esque. Je peux vous assurer que la brigade du style n’est définitivement pas passée chez tous le monde.

À mon réveil ma connexion avait lâché. Il faut savoir qu’à Montréal internet est à chier : c’est cher, c’est lent et ça foire une fois sur deux. Parfois j’en viens à regretter Free.

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