drogue

Les centres d’injection supervisée ouvriront à Montréal ce printemps

Le projet de loi libéral pour faciliter l’ouverture de sites semblables donnera aussi le droit aux douaniers d’ouvrir les colis destinés aux Canadiens.
8.2.17

Le gouvernement fédéral a donné le feu vert lundi à l'ouverture de trois sites d'injection supervisée à Montréal. Une décision prise dans la foulée du projet de loi libéral C-37, qui permettra de sauver des vies. Mais les autorités douanières verront aussi leurs pouvoirs accrus. Le document autorisera désormais les agents à fouiller tous les colis, peu importe leur poids.

Dans le milieu communautaire, on se réjouit de la décision de Santé Canada d'ouvrir ces centres, dont le besoin n'est plus à prouver à Montréal.

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« C'est une belle avancée puisque la nouvelle stratégie du gouvernement adopte la réduction des méfaits et c'est la même approche que nous », dit la directrice générale de Cactus, Sandhia Vadlamudy.

L'organisme communautaire de prévention des infections transmissibles sexuellement et par le sang ouvrira ce printemps l'un des trois sites d'injection supervisée autorisés par Santé Canada. Dopamine et Spectre de rue offriront les mêmes services.

Ces organismes comptent sur un financement de plus de 12 millions de dollars sur trois ans du  gouvernement du Québec, annoncé en septembre dernier.

En tout, c'est 19 places qui seront offertes aux utilisateurs de drogues injectables, si l'on compte un quatrième site mobile géré par l'Anonyme en attente d'approbation, et ce, 22 heures sur 24. L'organisme Cactus, situé au centre-ville, où la demande est la plus forte pour ce genre de service, proposera à lui seul 10 places.

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal a fait la demande d'exemption à Santé Canada pour l'ouverture de ces quatre sites. Ceux-ci desserviront les arrondissements Hochelaga-Maisonneuve et Ville-Marie, mais aussi le Sud-Ouest, via la clinique mobile.

Le nombre de places a été déterminé selon la fréquentation actuelle dans les quartiers. Le CIUSS n'est toutefois pas en mesure de confirmer s'il y a une augmentation ou une diminution de la consommation de drogues injectables à Montréal.

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Selon une étude publiée en 2015 du Centre d'expertise et de référence en santé publique, le type de consommation a changé au cours des 10 dernières années. L'injection de cocaïne ou de crack a diminué, alors que l'injection de médicaments opiacés tels que le Dilaudid a augmenté de façon importante.

« Ça vient changer les problèmes de santé associés, dit la chef médicale à la direction régionale de la santé publique de Montréal, Dre Carole Morissette. Les médicaments opioïdes sont des drogues qui causent plus de dépendance physique et plus de surdoses puisqu'elles peuvent mener à des arrêts respiratoires. Le bien-fondé des sites d'injection est d'autant plus important. »

La crise du fentanyl qui fait rage dans l'ouest du pays n'a pas encore touché le Québec. La Colombie-Britannique a compté 914 décès par surdose de drogue en 2016, dont une grande partie aurait été causée par le médicament opioïde, qui serait 100 fois plus fort que la morphine.

« La menace du fentanyl vient augmenter le besoin et la nécessité de combattre problème qui est en émergence, poursuit la Dre Morissette. Mais même sans la crise du fentanyl, les centres d'injection supervisée sont nécessaires pour prévenir les cas de VIH ou d'hépatite C, ainsi que les surdoses. »

La demande officielle pour l'ouverture de tels centres a été faite il y a un an et demi. À l'époque, le contexte politique était loin d'être favorable.

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« On était sous le gouvernement conservateur et la porte n'était pas vraiment ouverte, affirme Sandhia Vadlamudy. En fait, on nous mettait des bâtons dans les roues. Entre-temps, avec le gouvernement Trudeau, on a changé de paradigme. On a laissé la morale pour faire place à l'humanisme. »

Le 12 décembre, le gouvernement libéral a en effet déposé le projet de loi C-37, qui veut faciliter la mise sur pied de centres d'injection supervisée au Canada et s'attaquer à la production et à l'importation des opioïdes. La première réunion du Comité permanent de la santé à ce sujet devrait d'ailleurs avoir lieu le 9 février.

Cette loi veut notamment « simplifier le processus de demande d'exemption pour permettre l'exercice de certaines activités dans un site de consommation supervisée ». Sous Harper, les villes qui souhaitaient accueillir de tels établissements devaient se plier à une lourde liste de 26 critères. Elles devront maintenant respecter cinq conditions.

Elles devront prouver qu'un réel besoin existe pour ces centres, qu'elles ont l'appui de la communauté, qu'elles ont analysé les impacts sur la criminalité et qu'elles ont les structures réglementaires et les ressources nécessaires.

Pour mieux contrôler l'importation d'opioïdes, le gouvernement veut donner le droit aux douaniers de fouiller des petits colis. En ce moment, les agents doivent obtenir l'autorisation de l'expéditeur ou du destinataire pour ouvrir des colis de moins de 30 grammes, ce qu'ils n'ont pas à faire pour des colis plus lourds. Une fois le projet de loi adopté, les agents des Services frontaliers pourront désormais inspecter n'importe quel paquet, sans préavis.

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La Dre Morissette estime que cette intervention veut freiner l'importation de fentanyl chinois qui arrive par la poste dans de très petits paquets.

« Un colis de moins de 30 grammes peut contenir assez de fentanyl pour 15 000 surdoses mortelles, ajoute le porte-parole du ministère fédéral de la Sécurité publique, Scott Bardsley. Mais les douaniers auront le droit d'ouvrir les paquets seulement s'ils ont un doute raisonnable de croire qu'ils contiennent de la drogue. »

Le ministère n'a pas été en mesure de nous expliquer ce qu'est un « doute raisonnable ».

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