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Comment Trump peut ruiner 10 ans de politique énergétique en 100 jours à peine

Trump a la ferme intention de démanteler l'Agence américaine de protection de l’environnement, qui est à l'origine d'une grande partie de la réglementation sur le forage offshore, la fracturation hydraulique et la production de gaz à effet de serre.

Lundi dernier, le futur président des Etats-Unis, Donald Trump, a annoncé dans une vidéo qu'il comptait mettre fin aux régulations énergétiques, dont les lois sur la production de schistes et de charbon qui selon lui paralysent la croissance et l'emploi.

Cette initiative rentre dans le cadre de ses objectifs « des 100 premiers jours » et fait écho à sa campagne, au cours de laquelle il a promis de développer le secteur du charbon et de supprimer la majeure partie des lois environnementales américaines.

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« Je vais nous débarrasser de toutes les restrictions sur la production d'énergie, dont la production de gaz de schiste et de charbon, créant ainsi des millions d'emplois à haut salaire, » affirme Trump.

Trump n'a pas détaillé en quoi consistent exactement, selon lui, « ces restrictions sur la production d'énergie » mais on devine qu'elles correspondent à la régulation mise en place par l'administration Obama, qu'il se ferait une joie de la mettre en pièces. Certaines régulations mises en place avant l'administration Obama et concernant la production de gaz et de pétrole sont également dans le collimateur de Trump. En voici quelques-unes.

L'oléoduc Keystone et le Dakota Access Pipeline

Ces deux projets majeurs ont été mis en attente. Le président Barack Obama a opposé son veto au projet de loi sur l'oléoduc Keystone en 2015, en citant des préoccupations liées à la sécurité et à l'environnement ; à l'inverse, Trump a formellement que son objectif était de reprendre le projet le plus vite possible.

Le Dakota Access Pipeline correspond quant à lui à un très vieux projet visant à relier plusieurs États par un gigantesque pipeline. Le Corps d'ingénieurs de l'armée américaine a annoncé ce mois-ci que le projet était en attente depuis un entretien avec des membres de la tribu Sioux de Standing Rock, inquiets au sujet des conséquences environnementales de possibles fuites d'hydrocarbures, et préoccupés par l'ampleur du chantier. Dans l'intervalle, les manifestations se poursuivent sur le site du Dakota du Nord, tandis que des milliers de militants et de Sioux se sont rassemblés pour protéger les réserves en eau de la tribu.

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Ce délai dans la construction du pipeline remet hélas son destin entre les mains de Trump.

Le Clean Energy Act

L'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) a ajouté six gaz à effet de serre, dont le dioxyde de carbone, à sa liste de polluants dangereux en 2009, ce qui lui permet de réglementer les émissions de carbone en vertu de la Loi sur l'énergie propre.

L'argument invoqué par l'EPA est que les gaz à effet de serre contribuent largement au changement climatique, provoquent des tempêtes virulentes, des périodes de sécheresse prononcées et l'élévation du niveau des océans, qui menace de nombreuses grandes villes américaines. Cette décision a été prise à la suite d'un arrêt de la Cour suprême, qui a affirmé que l'EPA avait le pouvoir de réglementer les gaz à effet de serre ; tenter de faire annuler cette décision exigera d'avoir de nouveau recours à la Cour suprême, ou saper les fondations politiques et administratives de l'EPA jusqu'à ce qu'elle ne soit plus en mesure de fonctionner correctement.

C'est justement l'option envisagée par Trump, qui prévoit de réduire l'EPA au silence en faisant nommer le climatosceptique Myron Ebell à sa tête.

La Loi sur l'indépendance énergétique et la sécurité

Le projet de loi sur l'énergie de 2007, signé par le président George W. Bush, avait été adopté au beau milieu de la guerre en Irak afin que les États-Unis s'acheminent vers une plus grande indépendance énergétique et une transition vers des « carburants propres et renouvelables ».

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Le projet de loi exigeait que les États-Unis augmentent le volume de leur production de carburants renouvelables, la faisant passer de 15 milliards de litres en 2006 à 136 milliards de litres d'ici à 2022. L'éthanol faisait partie des principales options disponibles, et l'industrie a déjà commencé à compléter l'essence traditionnelle avec du carburant à base de maïs.

Si Trump cherche à accroître la demande en combustibles fossiles, réduire les objectifs sur la production de biocarburants, comme l'éthanol, constitue la première étape de son plan.

Le Clean Power Plan et le projet Cap and Trade

Le Plan Énergie Propre de l'EPA a établi un programme fédéral de plafonnement et d'échange en 2015.

Le « plafond » en question fixe une limite maximale à la quantité d'émissions que chaque État américain peut produire ; cette limite sera réduite au fil du temps afin d'encourager les États à opter pour des solutions plus propres. La partie « d'échange » intervient lorsque les États possèderont un excédent d'énergie issu du solaire ou de l'éolien : ils pourront en effet vendre cet énergie à d'autres États, réduisant alors les efforts de l'État en question pour atteindre ses propres quotas d'énergie propre.

On s'attend à ce que le Plan Énergie Propre affecte certaines régions plus que d'autres. Les États qui émettent le plus de gaz à effet de serre obtiendront des pénalités plus élevées, comme le Texas et l'Ohio, qui sont parmi les plus grands pollueurs du pays.

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À quelques exceptions près, tous les États américains devraient réduire leurs émissions de carbone par heure d'énergie produite d'ici 2030, selon Climate Central.

Cependant, la Cour suprême a retardé la mise en œuvre de ce plan en février, attendant un contrôle judiciaire ; puisque Trump choisira probablement au moins un juge de la Cour suprême, le futur président pourrait avoir une influence catastrophique sur la poursuite de ce plan. On peut également s'attendre à ce que ses instructions concernant l'EPA affectent directement l'exécution du Plan Énergie Propre.

Le forage en mer

L'administration Obama a bloqué les tentatives de réouverture des forages offshore dans l'océan Atlantique pendant des années, pour des raisons environnementales et sociales. Même après que Obama ait envisagé d'interrompre ce blocage, tous les projets ont été tués dans l'œuf l'an dernier sous la pression des résidents de la côte Est.

Cette semaine, le Bureau fédéral de la gestion de l'énergie océanique a publié la liste des sites où de nouvelles opérations de forage pétrolier offshore seront autorisées pour les cinq prochaines années. Parmi les contrats de location-vente, 10 sites situés dans le golfe du Mexique et un site situé près de l'Alaska ; en-dehors de ceux-là, le forage offshore sera interdit dans l'Atlantique, l'Arctique et le Pacifique jusqu'en 2022.

Même si cette décision semble être irrévocable, le président des Etats-Unis dispose de suffisamment de pouvoir pour contourner l'interdiction et ordonner au ministère concerné de réexaminer le dossier et d'émettre plus de baux. Il est néanmoins trop tôt pour savoir si c'est bien l'intention de Trump.

La fracturation hydraulique

La fracturation hydraulique est la poule aux œufs d'or de l'industrie du gaz et du pétrole. Le processus de fracture des formations géologiques contenant du schiste et l'extraction du pétrole et du gaz des grands puits de l'Oklahoma, du Kansas et d'autres États du Midwest, comme la Californie, est central dans l'industrie des combustibles fossiles depuis plusieurs années.

Les propriétaires de ces sites sont tenus de respecter la réglementation concernant les puits d'évacuation des eaux usées (afin de préserver les réserves d'eau potable locales). Les permis de fracturation faisant intervenir du diesel exigent quant à eux des normes de qualité des eaux usées doivent satisfaire avant de pouvoir être évacuées. Enfin, il existe une réglementation stricte sur la qualité de l'air provenant du gaz naturel libéré pendant le pompage.

Dans le même temps, on estime que les activités de fracturation hydraulique ne sont pas sans rapport avec les tremblements de terre majeurs qui frappent régulièrement l'Oklahoma. Selon le US Geological Survey, le procédé qui consiste à éliminer les eaux usées issues de l'injection sous haute pression aurait causé au moins un tremblement de terre massif dans le Midwest cette année. Étant donné qu'une grande partie de la réglementation est appliquée par l'EPA, elle pourrait être mise à mal par l'administration Trump.