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Des scientifiques tentent de ressusciter les dinosaures en modifiant des poulets

Un péroné à la fois, évidemment.
15.3.16
Photo: Dano/Flickr

Dans Jurassic Park, les dinosaures sont ramenés à la vie après que des scientifiques ont récupéré leur ADN à partir d'un moustique fossilisé dans l'ambre. L'idée n'est pas si mauvaise que ça, mais dans la vraie vie, de l'ADN vieux de 66 millions d'années serait bien trop endommagé pour être utilisable, explique Hans Larsson, paléontologue à l'Université McGill. « Peut-être qu'il existe un moyen de faire ça, mais nous ne le connaissons pas encore. »

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Larsson et quelques autres paléontologues essaient actuellement une nouvelle approche pour faire revenir les dinosaures parmi nous : ressusciter les traits de l'espèce depuis longtemps disparue par l'intermédiaire de l'un de ses proches parents vivants : le poulet. L'idée a été lancée par le paléontologue Jack Horner (l'homme qui a inspiré le personnage d'Alan Grant dans Jurassic Park), obsédé par l'idée de créer un « chickenosaurus. » Et nous sommes peut-être sur le point d'y parvenir. Des scientistes chiliens affirment qu'ils ont réussi à développer des jambes de dinosaures sur un poulet.

« Tout le monde, scientifiques y compris, a un jour rêvé de voir des dinosaures en chair et en os. »

Les embryons d'oiseau ressemblent tout à fait à des dinosaures au début de leur développement, avec une fibula qui rejoint la cheville au niveau des membres inférieurs ; cet os correspond à notre tibia. Chez les oiseaux ayant terminé leur développement, cet os est éclaté et plus court que le tibia. En inactivant un gène impliqué dans le développement osseux, Hérisson Indien (les scientifiques donnent toutes sortes de noms bizarres aux gènes qu'ils découvrent), l'équipe chilienne est parvenue à induire le développement d'une fibula à la sauce dinosaure chez un pauvre poulet.

C'est la seconde fois que Joâo Botelho, l'auteur de cette nouvelle étude, publie un article sur ce sujet. L'année dernière, il a produit un embryon de poulet muni d'un orteil non opposable, comme un dinosaure. Une autre équipe, de l'Université Yale cette fois-ci, a quant à elle créé un poulet disposant d'un museau de dinosaure similaire à celui des vélociraptors.

Larsson, qui tient la chaire canadienne de paléontologie des vertébrés, effectue un travail similaire dans son laboratoire de Montréal (quand il n'est pas sur un chantier pour dénicher des os de dinos). « Ça avance très bien, » se réjouit-il. La première étape est de comprendre « les bases de la biologie du développement » du poulet. Une fois que c'est réglé, les chercheurs doivent « remonter le temps » développemental pour trouver à quel moments clés le corps de l'animal emprunte une direction qu'il aurait pu ne pas prendre ; ils l'aiguillent alors vers une autre structure anatomique, comme celle du dinosaure. « Nous essayons de comprendre comment les dinosaures ont évolué à partir de la biologie du développement et de l'embryologie. »

Tout le monde, scientifiques y compris, a un jour rêvé de voir des dinosaures en chair et en os. Donner vie au chickenosaurus que Horner avait imaginé « pourrait constituer le but ultime de ces recherches, » précise Larsson, mais nous en sommes encore loin. Les scientifiques chiliens expliquent qu'ils ne tiennent pas particulièrement à ce que cela arrive, de même que les chercheurs de Yale. Ces chercheurs essaient avant tout de comprendre comment les oiseaux ont évolué depuis les dinosaures ; cependant, pour Larsson, un chickenosaurus vivant incarnerait parfaitement leur discipline.

« Il faudra des tonnes et des tonnes d'expériences pour comprendre toutes les étapes nécessaires à la production d'un dinosaure, » ajoute-t-il, « puis essayer toutes les modifications identifiées en même temps, sur le même embryon de poulet. Ce serait comme faire cent opérations chirurgicales à la fois. » Mais avec les nouvelles méthodes de modification génétiques, comme CRISPR-cas9, cela ne paraît plus du tout insensé.