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Come on Barbie, let's go party : au cœur du fétichisme de la dollification

On a parlé aux gens qui admirent les poupées et couchent avec elles.

par Bethy Squires
14 Janvier 2019, 11:43am

Photos Kate Toronto

On mesure facilement la fascination que peut exercer le BDSM à l’aune de son immanent dualisme. Pour causer simple et prosaïque, le monde se divise en deux catégories : les dominants et les dominés, les sadiques et les masochistes, les maîtres et les esclaves, les « daddies » et leurs princesses, les dresseurs et leurs créatures, et maintenant les « dolls » et leurs créateurs.

Ce nouveau maillon qui s’ajoute à la longue chaîne des « kinks » qui enserre la communauté BDSM se fait appeler « dollification ». Celui qui se costume est la « doll » et celui qui l’habille et son créateur.

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Photo Kat Toronto.

« La raison principale pour laquelle j’aime la dollification, raconte Danarama, le doyen de Kink University, c’est que quand vous l’habillez, que vous la manipulez, ou jouez avec, cela crée un lien unique entre vous et votre partenaire. Ce lien n’est comparable à aucune autre chose dans une relation ».

Danarama est un créateur, celui qui costume et manipule ses partenaires. Déjà adepte du shibari, le bondage japonais, il a versé dans la dollification quand des amis et partenaires lui ont demandé de les transformer en marionnettes, devenant ainsi en une sorte de Gepetto dominant kinky. Cette expérience l’a ravi tant sexuellement qu’artistiquement. « Je suis très emphatique et très artistique », nous dit-il.

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Danarama et dollie.

La marionnette n’est qu’une des facettes de l’existence d’une doll. Voici quelques archétypes populaires :

  • La Ragdoll [poupée de chiffon, ndlr] : elle arbore des tâches de rousseur, des lèvres façon geisha, une perruque ébouriffée et est impassible à tout ce que lui fait son créateur.
  • Ball-joint / poupée de pose : cette poupée se réjouit d’être mise en scène, de manière provocatrice ou non, et de tenir la posture durant longtemps. Son costume s’apparente à celui d’une ballerine de boîte à musique.
  • Barbie : ces poupées flirtent avec le fetish de la « bimbofication ». Elles acceptent toutes la chirurgie plastique possible et imaginable pour coller à la plastique de la poupée américaine.
  • Rubber Doll : option obligatoire full latex catsuit.
  • Kitty/Puppy Doll : ici on lorgne sur des petites oreilles mignonnes, des queues, des laisses, on laisse libre court à son imagination, le monde du kink vous devance déjà.
  • AI Fuckbot : là, on est dans l’être cyber sensible programmé pour la chose.
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Photo Kat Toronto.

C’est d’ailleurs, l’archétype préféré de la kinkster Despoena Calypso. « Je peux parler. [...] Je sais déjà tout faire, vous n’avez qu’à bien me programmer. »

Calypso n’a pas envie d’être la Barbie parfaite et ennuyeuse mais elle admire sa versatilité. « Bien qu’elle ne soit qu’une poupée, elle est aussi mannequin, avocate, doctoresse. Elle peut conduire ; vous n’avez qu’à la costumer pour qu’elle joue le rôle que vous désirez. »

Calypso possède une vaste gamme d’atours : cowgirl, Alice au pays des merveilles, écolière, jeune moussaillon, fliquette… Au sein du jeu, une doll peut tout être, qu’importe le genre, la profession, la personnalité.

« J’ai trouvé dans le port de masques et la dollification un moyen fantastique d’explorer la question du genre et de l’identité » – Kate Toronto

Comme le consentement est une préoccupation importante du BDSM, ces adeptes doivent trouver des dérivatifs pour exprimer leurs limites alors qu’ils sont grimés en objets inanimés. « Lors d’un cours que je donnais sur la dollification, l’une des choses que j’ai abordées était la création d’une doll. Je dessine des touches au marqueur sur le corps de ma poupée. Chaque touche déclenche une phrase. Un bouton pour “Je t’aime”, un autre pour “Fesse-moi papa !”, un encore pour “Je me sens belle !”. Cette dernière touche : “Je me sens belle !”, me sert à contrôler l’état émotionnel de ma doll sans qu’elle sorte de son personnage. Si alors que je presse le bouton, elle dit : “Je me sens triste” au lieu de “Je me sens belle !” je sais que j’ai poussé trop loin la réification et que je dois faire machine arrière ».

Pour Calypso, être une doll ne signifie pas pour autant abandonner son libre arbitre. « Il y a des moment où être attachée et prise comme une poupée gonflable est fun, dit-elle . Ce qu’être une poupée m’apporte se situe dans le contrôle que j’ai lors du jeu ».

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Photo Kat Toronto.

L’artiste Kate Toronto a été aussi attirée par l’esthétique de la dollification. Sa série de clichés Dolls in the House of Venus à été exposée à la Resistance Gallery à Londres. Le travail photographique de Toronto s’articule autour de la féminité. Un masque qu’on peut aussi bien enlever que façonner. « Je suis rentrée dans la dollification par un ami il y a 6 mois, nous confesse-t-elle. Il est autant accro au latex qu'à la dollification. Sa collection de masques et de costumes de poupées en vinyl ou en latex est immense et il m’a gracieusement permis de les expérimenter. »

Kate a traversé un terrible épisode médical et s’en est tirée avec une hystérectomie qui lui a provoqué un lourd questionnement sur sa féminité. « Cette opération a été un mind-f*ck total. D’apparence j’étais toujours une féminine, mais je n’avais plus aucun organe pour me définir. Étais-je encore une femme, même si je n’avais plus d’utérus » ?

C’est là qu’elle a commencé à faire des autoportraits d’elle dans le personnage qu’elle a nommé Miss Meatface, une poupée mi humaine mi latex. « J’ai trouvé dans le port de masques et la dollification un moyen fantastique d’explorer la question du genre et de l’identité. Mon travail photo essaie d’incarner la perception culturel de la “parfaite” Barbie ».

Pour la performeuse Odette Delacroix, il y a un plaisir certain à s’abandonner à quelqu’un d’autre. « Des gens m’ont contactée via mon site web et m’ont demandé si je pouvais leur faire une vidéo personnalisée. Ils m’ont envoyé un costume de poupée et une perruque et je devais être sans vie, prête à être mise en scène et manipulée ». Odette à finit par leur faire une vidéo par mois pendant un an. « Je n’ai jamais été trop dominante, dit-elle, se soumettre pour être adulée et dirigée ne m’a pas mal plu ».

« Réfléchissez à la manière dont les gens traitent leurs poupées, raconte Danarama. Être l’objet de toutes les attentions est une expérience réjouissante pour quelqu’un dont la vie est chargée d’intenses responsabilités. »



L’esprit malléable et tendre des dolls s’accorde parfaitement avec la bimboification. Devenir une bimbo c’est passer d’une femme douée d’esprit à une créature aux seins hypertrophiés, à la taille minuscule, au fessier plus que rebondi et surtout, avide de luxure. Une véritable machine de baise. Et si vous pensiez que c’était un fantasme que les femmes déploient pour mieux appâter les hommes, sachez que c’est un genre de roman érotique extrêmement prisé par la gente féminine et ce, depuis de nombreuses années.

Il s’agit, encore une fois, de l’exaltation qui découle du lâcher prise, de la déshumanisation, d’être un objet de désir.

Bien sûr, comme dans tous kinks il y a des extrêmes. Pour les bimbos et les dolls, la chirurgie entre parfois en ligne de compte. Le Tumblr Make Me a Perfect Girl raconte: « J’adore l’idée que quelqu’un me démantèle, qu’il me révèle le traitement réservé à chacun de mes morceaux, à quel point ils sont défectueux, me sondant, me mesurant cliniquement, comme si j’étais l’objet d’une enquête ».

Les sites web comme dollification.com et fetlife.com offrent la possibilité aux dolls et au créateurs de jouer selon les règles des dolls. Si vous vous sentez à l’étroit dans votre vie, il y a toute une communauté en ligne de gens qui seront ravi de vous habiller, vous coiffer, vous faire prendre le thé, et peut-être plus si vous voulez.

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