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Corey Olsen a inventé le normcore photographique

Gens normaux, décors fades : 2014 en images.

par Matthew Leifheit
14 Mars 2014, 10:30am

En apparence, Corey Olsen photographie des scènes américaines tout à fait banales. Certains de ses portraits ressemblent même aux photographies qu'on peut trouver directement dans des cadres photo achetés en magasin. Quand j'en ai parlé au photographe Bruce Gilden, il m'a répondu que « tout le monde jetait ce genre de photo ». Je pense que ça résume assez bien le concept photographique de Corey – ses photos jouent avec les différents paysages jetables qui nous entourent.

Corey a grandi dans le Maine et étudie actuellement à l'École d'arts visuels de New York. C'est là qu'il a entendu parler pour la première fois de City Island, un lopin de terre de 2,5 km de long au large du Bronx qui ressemble un peu à un village de pêcheur de la Nouvelle-Angleterre. Corey s'intéresse à l'interchangeabilité des images et à la reproduction absurde de l'esthétique WASP des villes de Nouvelle-Angleterre dans le quartier le plus pauvre des États-Unis. Il y a quelques jours, il est passé au bureau pour me parler un peu de son boulot.

VICE : Donc, City Island se trouve dans le Bronx.
Corey Olsen :
Il faut prendre la ligne 6 jusqu'à Pelham Bay Park. Quand tu sors du métro, t'as l'impression d'être dans le Bronx, mais ensuite tu prends un bus pour passer le pont, et tu te retrouves sur cet îlot pittoresque. C'est un mélange bizarre entre le Bronx, Long Island et un village de pêcheur de la Nouvelle-Angleterre. C'est étrange et magnifique à la fois.

Certaines de tes photos ressemblent à ce qu'on peut trouver dans les cadres qu'on achète en magasin.
Oui. J'ai récemment acheté un cadre dans une friperie de City Island. Il y avait une photo à l'intérieur représentant un homme et une femme en train de naviguer dans un bateau à voile. J'ai pensé à l'inclure dans la série photo. J'aime bien ce genre de trucs. Un de mes profs m'a carrément demandé si je me moquais de la photographie avec mes portaits. C'est vrai que je suis un peu moqueur, mais de la même manière qu'on taquinerait un ami sur ses manies bizarres.

T'as parlé aux gens qui habitaient là-bas ?
J'ai discuté avec quelques personnes. Comme en Nouvelle-Angleterre, ils ont une mentalité très locale. Ils n'aiment pas les touristes, même si l'industrie du village en dépend énormément.

Qu'est-ce que tu essayes de montrer avec tes photos ?
Des choses qui me sont familières : la photographie, la Nouvelle-Angleterre et les banlieues étranges. J'utilise l’esthétique de la photographie pour rassembler ces éléments, avec City Island comme toile de fond.

J'ai une relation d'amour et de haine avec le Maine. J'adore y passer de temps en temps, mais il faut que je me casse assez rapidement. On l'appelle « Vacationland » – un lieu pour les vacances – et c'est exactement ça. Au quotidien, la vie est dure et il fait très froid pendant l'hiver. Mais l'esthétique générale de cet État me parle tout particulièrement. J'ai beaucoup été influencé par les catalogues L.L. Bean avec lesquels j'ai grandi.


Qui sont les gens sur les photos ?
Ce sont mes potes, des photographes pour la plupart. J'aime bien ramener du monde là-bas. C'est une petite excursion, et j'aime bien faire le guide touristique. J'essaie de représenter leur expérience. Je me suis inspiré de brochures de voyage pour prendre ces photos.

Un portrait de Corey Olsen. Photo : Rob Kulisek 


Tu photographies tes amis pour rendre les photos plus interchangeables, en fait. Tu n'essayes pas de montrer à quoi ressemble City Island.
Je préfère construire plutôt que de photographier des choses déjà existantes. Ces photos forment un petit documentaire pour lequel je choisis des éléments spécifiques. Ce ne sont pas des photos d'un lieu en particulier – elles capturent l'essence d'autres endroits aussi.

Matthew Leifheit est photo editor chez VICE. Suivez-le sur Twitter.