reportage

L’Histoire du gamin de 14 ans qui a grandi en prison

En 1979, Ricky Olds a été condamné à la perpétuité pour complicité de meurtre. 37 ans plus tard, il va peut-être être enfin libéré.

par Marc Bookman; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
28 Juillet 2016, 5:00am

Illustration d’Antonio Zeoli

Notre soif de justice veut qu'à chaque offense corresponde une punition adaptée. Voilà comment, selon notre morale humaine, les fautes sont corrigées dans nos sociétés contemporaines. Or, il arrive que le crime et le châtiment ne soient pas équilibrés. Voici l'une de ces histoires.

Le 9 octobre 1979, Thomas Beitler, postier, travaille de nuit et profite de sa pause pour s'acheter des cigarettes et un soda. Le bureau de tabac de Pittsburgh étant ouvert 24 heures/24, il arrive aux alentours de 3h30 du matin – soit à la même heure que Ricky Olds, 14 ans, et son ami Todd Allen. Quelques instants plus tard, Beitler meurt à la suite d'une blessure par balle. Un mois plus tard, Olds et Allen sont placés en garde à vue. Ni l'un ni l'autre n'ont quitté la prison depuis lors. Trente-six ans ont passé et Olds continue à payer le prix de cette nuit-là.

Les deux ados s'étaient croisés par hasard le matin même. « J'étais censé aller chez ma grand-mère, se souvient Olds. Dès que je suis sorti de chez ma mère, je suis tombé sur lui. »

Olds semblait idolâtrer Allen. « Il jouait bien au baseball, savait s'y prendre avec les filles... Il dansait vraiment bien et savait faire plein de choses que je ne savais pas faire », raconte-t-il. Il s'avère qu'Allen menait une vie difficile. Il faisait la navette entre Pittsburgh et Detroit – là où vivait son beau-père abusif, tandis que son père était parti depuis longtemps et que sa mère était décédée deux ans auparavant. À 16 ans, il était donc complètement seul.

« Je sais qu'il a vécu des moments difficiles, raconte Olds. Souvent, je le laissais entrer chez moi en cachette et il dormait par terre ou dans le lit.»

Ce 9 octobre 1979, le duo a traversé la rivière Allegheny pour choper un bus en direction d'un quartier nommé Homewood afin d'y retrouver un groupe d'ados plus âgés. L'un d'eux était Larry, le frère de Todd. Claude Bonner, son pote de 18 ans, possédait une voiture. Tous les quatre sont allés au Music Bar, sur Liberty Avenue, mais Olds a été refoulé à l'entrée.

Lors de son procès, on lui a demandé ce qu'il avait fait pendant que ses amis étaient dans le bar, ce à quoi il a répondu: « Je suis resté devant. »

Quelques heures plus tard, Allen et Olds ont de nouveau croisé Bonner. Il se rendait au nord de la ville. Ils sont montés dans sa voiture et Olds a commencé à avoir faim. Le bureau de tabac était le seul endroit ouvert à cette heure de la nuit.

Alors qu'ils sortaient de la voiture, Allen a lancé : « Je vais voler dans le magasin. »

« Ouais, vas-y », lui a répondu Olds.

Son avocat a demandé lors du procès ce qu'il entendait par là. « C'était du sarcasme. Je ne pensais pas qu'il le ferait », a-t-il affirmé à la barre, expliquant qu'il pensait que son ami plaisantait, comme à son habitude. Olds a pris un paquet de chips dans le magasin; Allen est resté devant. Quand Olds est arrivé près de la caisse, il a rigolé à la blague du vendeur, qui disait de ne pas salir le sol fraîchement balayé, et a payé ses chips. Il a ensuite regardé Todd Allen suivre Beitler, le postier, hors du magasin. « À plus », lui a lancé Allen.

Olds l'a aperçu quelques secondes plus tard - il menaçait le postier avec ce qui semblait être un flingue. Lors du procès pour meurtre, l'avocat d'Olds a mis l'accent sur ce moment clé :

Q: Qu'avez-vous fait ou quelle a été votre réaction en voyant cette scène?

R: Je me suis mis à courir.

Q: Pourquoi avez-vous couru ?

R: Parce que si c'était un flingue, je ne voulais pas être impliqué.

Un témoin se souvient avoir vu « un homme de couleur et un homme blanc ». Ricky Olds était déjà parti.

Bonner a lui aussi entendu le tir. Il a fait démarrer la voiture et a rattrapé Olds. Allen n'était pas loin derrière et a grimpé dans la voiture. Bonner a relaté la conversation qui a suivi:

Q: Après être montés dans la voiture, qui a dit quoi?

R: Todd a dit à Ricky qu'il l'avait obligé à tirer sur cet homme. Ricky se contentait de ré pondre non. [Todd] a dit à Ricky que quand il a sorti le flingue, Ricky était censé attraper le portefeuille.

Q: Qu'a dit Ricky?

R: Il n'a rien dit. Il continuait de dire non.

Bonner a fait un détour pour rentrer – « afin d'éviter la police », a-t-il précisé plus tard – et a déposé les deux garçons près de chez Olds. Ils n'avaient sur eux que le paquet de chips. Allen s'était enfui sans prendre le portefeuille de la victime.

Lorsque les deux adolescents ont été arrêtés pour le meurtre de Beitler un mois plus tard, les journaux ont mentionné des « jeunes des quartiers nord » accusés d'avoir tué un homme originaire de Millvale. N'importe quel lecteur de Pittsburgh a immédiatement compris que les ados étaient noirs et la victime blanche.

Olds et sa mère se souviennent que le jury était entièrement blanc. Il leur a fallu plus de cinq heures pour parvenir à une décision. Finalement, les jurés n'ont pas fait de distinction entre Allen et Olds – les deux adolescents ont été condamnés pour homicide volontaire sans préméditation.

Le cas de Ricky Olds n'en est qu'un parmi des milliers. Récemment, il a fait l'objet d'une attention particulière suite à plusieurs décisions de la Cour suprême des États-Unis au sujet de la justice des mineurs. Des études sur les cerveaux en développement ont confirmé ce que tous les parents savaient déjà : les enfants sont enclins à se comporter de façon téméraire, sans réfléchir aux conséquences de leurs actes. Ces études ont été conduites par des experts et sont citées dans des centaines de décisions de justice.

En 2005, la Cour suprême des États-Unis a aboli la peine de mort pour les mineurs ; en 2010, elle a interdit la perpétuité sans possibilité de libération pour les mineurs condamnés à d'autres crimes que le meurtre ; en 2012, elle a interdit la perpétuité sans possibilité de libération pour les mineurs en toutes circonstances ; et en janvier dernier, elle a jugé que les mineurs purgeant actuellement une peine à perpétuité devaient bénéficier d'une nouvelle audience.

En pratique, cela signifie que beaucoup de jeunes ayant été condamnés à mourir en prison vont désormais faire l'objet d'une deuxième enquête, et beaucoup auront l'occasion de recouvrer la liberté. Cela a donné lieu à un examen rétrospectif des cas datant de plusieurs décennies, dont celui de Ricky Olds.

Olds n'aurait jamais imaginé avoir cette chance lorsqu'il a été condamné en 1981. À l'époque, la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle s'appliquait à tous les condamnés pour meurtre en Pennsylvanie. Ça a mis Samuel Strauss, le juge qui a présidé le procès, dans un sacré pétrin. S'il avait déjà prononcé cette peine pour Todd Allen, il était « mal à l'aise » à l'idée de réserver le même sort à Olds, qu'il voyait comme un « moindre participant » à ce crime. Strauss savait qu'il n'avait pas le choix – le jury avait déjà rendu son verdict. Il a néanmoins tenté de négocier une peine plus douce avec le procureur alors même que le procès était terminé et que le délai d'une telle négociation était dépassé depuis longtemps.

Robert Colville, le procureur, a affirmé au Pittsburgh Press que cette requête était « non seulement peu orthodoxe, mais absurde. Les jurés savaient que la perpétuité s'appliquerait s'ils votaient un homicide volontaire non-prémédité, et je ne peux pas revenir sur leur décision. Qui plus est, la prison à vie dans cet État ne veut pas dire prison pour le reste de la vie. S'il se comporte bien, il pourra sortir dans 17 ans, peut-être même beaucoup plus tôt. »

Colville, procureur du comté d'Allegheny de 1976 à1997, aurait dû mieux se renseigner : en Pennsylvanie, toutes les condamnations à perpétuité sont imposées sans possibilité de libération, et ce depuis les années 1970. Au cours de l'audience, le procureur a tout de même pris en compte les préoccupations du juge et a reconnu la différence d'implication entre le meurtrier et son « complice ».

De son côté, soulignant que la cour n'avait « aucune marge de manœuvre quant à la décision », Strauss a condamné Olds à « subir une peine d'emprisonnement pour le reste de sa vie ». Il avait tout de même déclaré la chose suivante, invitant les « personnes courageuses du comté » à le soutenir dans ses efforts:

« Je sais que ça a été une infraction horrible. Il ne fait aucun doute que ça a été un meurtre brutal, mais ce jeune homme était le plus jeune des trois. Cela m'a dérangé. Malheureusement, je ne peux rien faire, mis à part écrire une lettre au Comité des grâces. »

Pourtant, le Comité des grâces affirme n'avoir aucune trace d'une telle lettre. Strauss étant décédé en 1995, il n'y a aucun moyen de savoir s'il l'a vraiment écrite. Lettre ou pas, l'inquiétude du juge était palpable – ce dernier a mentionné à de nombreuses reprises le fait que Ricky Olds était jeune. Mais, pas une fois, il n'a précisé son âge lors de son arrestation. Il était manifestement réticent à l'idée de condamner un enfant de 14 ans à passer sa vie entière entre les murs d'une prison.

L'abolition de la peine de mort pour les mineurs a soulevé une autre question : si la peine de mort pour les mineurs est inconstitutionnelle, la vie sans libération conditionnelle est-elle acceptable ?

Daisy Olds, la mère de Ricky, parle de son fils comme d'un enfant brillant. « Une fois, je l'ai emmené à l'hôpital pour un examen. Il lisait les mots techniques sur les panneaux, raconte-t-elle. Ça a étonné le médecin – il était si jeune. » Les dossiers scolaires de l'enfant appuyaient ses propos. Ses enseignants l'ont décrit comme étant un élève excellent, qui apprenait très vite.

« Il était un peu agité, admet Daisy. Il n'exploitait pas tout son potentiel. Pour les enfants noirs, à l'époque, l'intelligence était source de moqueries. Ricky cherchait sans doute à masquer son intelligence. »

Ses notes ont commencé à chuter en cinquième. L'année suivante, Olds a été à deux doigts de redoubler. En troisième, son côté trublion l'a mené tout droit au tribunal pour enfants. II a participé à une bagarre qui a dégénéré, a cassé une fenêtre avec une brique et a volé neuf dollars dans un magasin.

Puis il a été arrêté pour la dernière fois.

« Quand je suis arrivé en prison, il n'y avait pas d'aile dédiée aux mineurs –j'ai été placé avec les adultes, se souvient-il. Les gardiens me faisaient la misère – pour eux, j'étais l'enfant qui avait tué le facteur. Les détenus, en revanche, ne comprenaient pas que je sois en prison pour ça. Je n'appartenais à aucun des deux mondes. »

En 1982, à l'âge de 17 ans, Olds a été réprimandé pour sept infractions – notamment après avoir refusé de suivre un ordre et après s'être battu. L'année suivante n'a pas été plus calme, mais Olds contestait rarement ses infractions. Au lieu de cela, il plaidait coupable, comme s'il les regrettait.

« J'ai perdu mon calme à plusieurs reprises », avoue-t-il à présent.

Ricky Olds n'avait même pas 20 ans et ne savait pas comment occuper ses journées interminables. Un rapport d'évaluation de la prison de 1984 décrit son attitude :

« Ce détenu est relativement calme. Il est très intelligent, mais son plus gros problème est de se motiver. Il a sans doute besoin d'intégrer une institution où il pourra poursuivre ses études. »

À cet âge-là, la plupart des gens possédant l'intelligence de Olds vont à l'université ou travaillent. Lui, non. L'infini désert d'une vie passée au sein d'une institution pénitentiaire s'étendait devant lui. Il lui fallait trouver une oasis – sinon, il ne s'en sortirait pas.

Ricky Olds est l'un des premiers adolescents à avoir été puni aussi durement. En 1944, George Stinney, un Afro-Américain de 14 ans, était accusé du meurtre de deux petites filles blanches à Alcolu en Caroline du Sud, en pleine ségrégation raciale. Il a été jugé coupable par un jury exclusivement composé de blancs au cours d'un procès qui a duré moins de trois heures. Il a été condamné à mort après de dix minutes de délibération. En raison de sa petite taille, il ne tenait pas sur la chaise électrique. Une bible a été utilisée comme siège d'appoint pour exécuter le garçon.

Soixante-dix ans plus tard, la juge Carmen Mullen est revenue sur cette condamnation injuste. Elle a méticuleusement examiné les divers droits ayant été refusés à Stinney et en a déduit qu'aucune véritable enquête n'avait été menée.

Le plus troublant reste que la vie du jeune homme lui a été enlevée à un âge étonnamment jeune. Comme Mullen l'écrit:

« Le huitième amendement à la Constitution, qui proscrit les peines cruelles, existait déjà en 1944. La condamnation à mort d'un enfant de 14 ans constitue bel et bien une peine cruelle. »

Mullen a disculpé Stinney, estimant qu'il avait été privéde ses droits fondamentaux.

Au moment de la décision de Mullen, la Cour suprême des États-Unis venait d'interdire l'exécution des mineurs dans le cadre de l'affaire Roper v. Simmons de 2005. La révolution de la justice des mineurs pouvait commencer.

Mais l'abolition de la peine de mort pour les mineurs a soulevé une autre question : si la peine de mort pour les mineurs est inconstitutionnelle, la vie sans libération conditionnelle est-elle acceptable ? Cette question avait déjà été pressentie lors d'un échange entre l'avocat de l'État du Missouri et le juge de la Cour suprême Antonin Scalia lors de Roper v. Simmons :

Avocat : Eh bien, je suppose que si la Cour d écide que [les mineurs] sont à l'abri de la peine capitale, quelqu'un va rench érir et dire qu'ils doivent aussi être à l'abri, par exemple, de la d étention à vie sans libération conditionnelle.

Juge Scalia : Je suis sûr que ça va être le cas.

Cinq ans plus tard, le problème de l'incarcération des mineurs était de nouveau au cœur des débats de la Cour suprême.

La vie en prison sans possibilité de libération conditionnelle ne laisse à l'individu aucune chance de s'épanouir à l'extérieur de la prison, aucune chance de se réconcilier avec la société, aucun espoir. –Cour suprême des États-Unis

Aux États-Unis, il n'y avait pas de distinction entre la prison à vie avec et sans libération conditionnelle avant un jugement de 2010. Dans l'affaire Graham v. Florida, la Cour suprême a affirmé que « la vie en prison sans possibilité de libération conditionnelle ne laisse à l'individu aucune chance de s'épanouir à l'extérieur de la prison, aucune chance de se réconcilier avec la société, aucun espoir ».

L'arrêt Graham a conclu que l'État devait fournir au mineur « la chance d'être libéré en fonction de sa maturité et de sa capacité de réadaptation ». Mais il y avait une condition : cette décision serait appliquée uniquement aux enfants ayant commis des infractions n'ayant pas entraîné la mort.

Ricky Olds a fait appel sur la base de l'arrêt Graham – après tout, il n'avait tué personne. Mais la Cour supérieure de Pennsylvanie – dont était membre Robert Colville – a fait peu de cas de cet argument.

En parallèle, dans le cadre de l'affaire Miller v. Alabama, la Cour suprême a introduit une nouvelle expression : « Les enfants sont différents. » C'était en 2012.

La Cour en est venue à la conclusion que, puisque les enfants étaient « moins coupables » que les adultes, les juges devaient tenir compte de l'âge d'un mineur avant d'imposer une peine – surtout s'il s'agissait de la peine la plus sévère qu'un enfant puisse recevoir.

Cela ne voulait pas dire que la perpétuité sans libération conditionnelle était écartée, mais plutôt qu'une telle peine deviendrait « exceptionnelle ».

Pour Ricky Olds, l'arrêt Miller a été la chance de sa vie. En effet, celui-ci semblait avoir été rédigé en tenant compte de sa propre affaire.

Des centaines de détenus attendent toujours d'en savoir plus sur leur sort.

En 1989, Camp Hill, la prison surpeuplée de Pennsylvanie où Olds avait séjourné pendant huit ans, a été réduite en cendres après trois jours d'émeutes. « Lors de l'incendie de Camp Hill, tout ce que je possédais a brûlé, raconte Olds. Ma grand-mère venait de me rendre visite et nous avions pris des photos. Elles ont toutes brûlé. »

Olds n'a pas été impliqué dans les émeutes, mais tous les détenus ont dû être déplacés. Le jeune homme a passé 18 mois dans la légendaire prison fédérale de Leavenworth, au Kansas. « Je me sentais plus mature en arrivant à Leavenworth – beaucoup de gens lisaient des livres et étaient capables de parler d'autres choses que de la prison », se souvient-il.

Quand il est revenu en Pennsylvanie, Olds était un homme nouveau. Il a commencé à prendre des cours d'allemand, d'espagnol, d'italien, de biologie, de mathématiques et de littérature à l'université de Pittsburgh. Plus récemment, il a appris à se servir de Powerpoint, de Word et d'Excel.

Les rapports disciplinaires ont cessé. Le dernier remonte à 2009 – il avait parlé trop fort après la victoire de son équipe lors d'un championnat de softball.

Olds n'est plus très loin de « célébrer » sa quatrième décennie derrière les barreaux.

« Pour ces gens [les autres détenus], je suis un vieux, dit-il. Je n'ai pas l'impression d'en être un, mais pour eux, je suis un ancien. Je penserais sans doute la même chose à leur place. Après tout, qui peut bien rester en prison aussi longtemps ? Ils ont du mal à le comprendre. »

Même après l'arrêt Miller, les tribunaux du pays ont eu du mal à décider si les mineurs condamnés à la perpétuité devaient se voir accorder la possibilité d'une liberté conditionnelle. Finalement, en janvier dernier, dans le cadre de l'affaire Montgomery v. Louisiana, le juge Kennedy a réglé la question une bonne fois pour toutes, estimant que tous les anciens délinquants mineurs devaient avoir l'opportunité de prouver que leur crime ne relevait pas d'une « dépravation irréparable ». « S'il n'en relève pas, a précisé le juge, alors leur espoir de passer quelques années en dehors des murs de la prison doit être restauré. » Marsha Levick, cofondatrice du Juvenile Law Center et avocate dans l'affaire Montgomery, résume l'évolution de la justice des mineurs en notant simplement que les tribunaux ont enfin « reconnu que condamner des enfants à mourir en prison est un acte inhumain ».

Les décisions Miller et Montgomery ont précisé que les condamnations de mineurs à la réclusion criminelle à perpétuité sans libération conditionnelle devaient être rares. Or, déterminer quels enfants sont « dépravés » n'est pas chose facile. Un certain nombre d'États – y compris des États conservateurs comme le Texas, le Wyoming et le Nevada – ont aboli la peine à perpétuité sans libération conditionnelle pour les mineurs pour tous les crimes futurs. D'autres, sans abolir cette peine, ont pris des mesures afin de la limiter aux crimes les plus graves. La Pennsylvanie l'a abolie pour tous les crimes à l'exception des meurtres volontaires avec préméditation.

En attendant, des centaines de détenus attendent toujours d'en savoir plus sur leur sort, alors que les États s'apprêtent à reconsidérer leur peine.

« À certains égards, la vie était plus facile avant l'arrêt Miller, explique Olds. On vivait au jour le jour. On ne pensait pas à l'avenir. On ne pouvait pas. Miller met à mal notre patience. Maintenant, tous les détenus pensent qu'ils vont sortir. Tout me tape sur les nerfs en ce moment. À présent, je peux espérer sortir – c'est ce qu'il y a de plus difficile, il ne me reste plus que cet espoir. »

Sa mère, Daisy, ne peut s'empêcher de penser à sa possible libération. L'arrêt Montgomery a débouché sur de nouvelles audiences pour 500 détenus en Pennsylvanie. Olds pourrait se retrouver devant un juge avant la fin de l'année – un juge qui aurait le pouvoir de le libérer.

« J'ai prié. Pendant toutes ces années, j'ai prié », m'a déclaré sa mère.

Marc Bookman est le directeur de l'Atlantic Center for Capital Representation à Philadelphie.