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Sport

Le Jour où Mohamed Ali m'a pris en stop

L'histoire de ma rencontre fortuite avec le combattant du siècle, et les précieux souvenirs que j'ai conservés.

par Michael Patrick Welch
08 Juin 2016, 5:00am

Au printemps 1971, Mohamed Ali s'est engagé dans les deux combats les plus difficiles de sa carrière – le premier l'opposait à Joe Frazier, l'autre à la justice. Au mois de mars, Ali avait renfilé ses gants de boxe après avoir été interdit de pratique pour avoir refusé de s'engager dans l'armée américaine. Il a néanmoins essuyé une défaite contre Frazier suite à une décision unanime des juges. Un mois plus tard, la cour suprême américaine se prononçait en sa faveur, lui reconnaissant le droit de refuser le service militaire.

Mais au-delà de ces deux combats majeurs, le boxeur a toujours trouvé de quoi se tenir occupé. Il voyageait fréquemment à travers les États-Unis pour parler de ses convictions religieuses et politiques à qui voulait l'entendre : des journalistes, des étudiants – et même un auto-stoppeur de 19 ans nommé Louis Diamond, qui s'est subitement retrouvé dans la voiture du combattant du siècle.

On a discuté avec Diamond – aujourd'hui travailleur social de 63 ans basé à Chicago – de sa rencontre fortuite avec le boxeur récemment décédé, alors qu'il s'apprêtait à donner une conférence à l'université Northwestern.

VICE : J'ai hâte d'entendre l'histoire de votre rencontre avec Mohamed Ali.
Louis Diamond :
À l'époque, il y avait des concerts tous les dimanches à Chicago, dans un parc situé au nord de la ville. Des groupes s'y installaient pour jouer, et les gens venaient assister au spectacle en buvant de la piquette et en fumant des joints. Il arrivait aussi que certaines personnes distribuent des prospectus politiques. Le Red Squad de la police de Chicaco [qui avait pour mission d'infiltrer et de saboter des groupes de gauche] y envoyait des flics en pantalon pattes d'eph' et T-shirts pour qu'ils prennent des photos du public.

À l'époque, je vivais toujours chez mes parents dans la banlieue proche de la ville. Au lieu de prendre les transports en commun, je faisais du stop sur environ 16 kilomètres.

Vous étiez en train de rentrer chez vous, donc ?
Voilà, j'étais en train d'attendre sur le côté de la route. Ça faisait un moment que j'étais planté là, sous un soleil de plomb. Je transpirais à grosses gouttes. Et alors que j'observais les voitures, j'ai aperçu un immense camping-car au loin. Je me rappelle avoir pensé J'aimerais tellement qu'il s'arrête pour moi. Et le véhicule a effectivement ralenti, jusqu'à s'arrêter devant moi.

La portière s'est ouverte et je me suis engouffré à l'intérieur. Je suis tombé sur cinq ou six noirs extrêmement bien sapés – en chemises et costumes bien repassés –, et l'un d'eux m'a demandé : « Hey, ça te dit de rencontrer le "Champ" ? » Un peu perplexe, je regarde autour de moi – c'est là que je me suis rendu compte que Mohamed Ali était là, sur son lit, à l'arrière du camping-car.

Vous étiez fan de lui ?
J'ai toujours été une personne très politisée, et je soutenais les mêmes causes que lui. J'étais aussi contrarié quand il s'est fait retirer sa licence parce qu'il ne voulait pas combattre au Vietnam. En grand pacifiste, ça m'énervait de voir quelqu'un être victime de discrimination à cause de ses engagements politiques.

Vous lui en avez parlé ?
Il s'est présenté et a commencé à me parler de sa philosophie de vie. Je ne me souviens pas de tous les détails, si ce n'est qu'il a insisté sur la nécessité d'instaurer la paix et d'œuvrer tous ensemble en ce sens. Pendant qu'il me parlait, le camping-car s'est arrêté pour prendre une fille.

J'imagine que vous avez dû la voir péter un câble.
En fait, je parlais toujours à Ali quand elle est montée à bord, et elle n'était qu'à six pâtés de maison de sa destination. Au moment où ils l'ont déposée, je discutais toujours avec lui. Je crois qu'elle n'a même pas remarqué qu'il était là.

Je trouvais ça dingue de me trouver dans une voiture avec cet homme détesté d'une bonne partie de l'Amérique – il n'avait pas l'air d'avoir de garde du corps, ce qui ne l'empêchait pas d'embarquer tous les auto-stoppeurs qui se trouvaient sur son chemin.

Vous avez discuté combien de temps ?
Cinq ou six minutes. Ensuite, ils m'ont demandé des informations sur le campus de l'université de Northwestern, et je me suis porté volontaire pour les aider. J'étais censé être déjà rentré, mais je savais que mes parents ne m'en voudraient pas si je leur expliquais la raison de mon retard.

Northwestern est une université pour les gens relativement aisés, et je crois bien que c'était un an avant qu'un étudiant noir soit élu président du corps étudiant là-bas. Ce soir-là, Ali organisait une conférence sur le campus, avant de donner un discours à une fraternité noire.

Vous avez pu assister à son speech ?
Non, je devais rentrer chez moi. Et je ne ressentais pas nécessairement le besoin de le voir parler en public, parce que rien n'aurait pu surpasser l'expérience personnelle que je venais d'avoir.

Ce qui est marrant, c'est qu'il a passé pas mal de temps à Chicago [et s'est même marié là-bas], et certains de mes potes ont eu des expériences similaires avec lui. Comme quoi, mon anecdote n'est pas si originale que ça. Dans un documentaire intitulé The Trials of Muhammad Ali, quelqu'un raconte qu'il s'est assis sur ses genoux pendant une fête d'Halloween. Une autre femme raconte que l'un de ses pneus avait crevé, et que Ali était sorti de sa voiture pour le lui réparer. C'était un mec comme ça.