Devant l’entrée de la Fashion Week parisienne

Blogueurs, paparazzis, inconnus et fouteurs de merde : tous attendent en espérant rejoindre les stars à l'intérieur – et tous échouent.

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10 Mars 2015, 9:51am

Toutes les photos sont de Iorgis Matyassy

Devant l'entrée des différents défilés de la Fashion Week parisienne se retrouvent tous les gens qui n'ont pas eu d'accréditation pour entrer à l'intérieur. Le Parisien estime que lors de chaque Fashion Week, Paris accueille une centaine de défilés en moins de dix jours. Pour ma part, j'ai pris des photos devant les portes des défilés Jean-Paul Gaultier et Valentino.

Avec la démocratisation de l'univers de la mode – via les blogs –, s'est développé un phénomène que je qualifierais de « paparazzisme amateur ». On retrouve donc des dizaines de jeunes filles venues en groupe, le téléphone-appareil photo à la main. Je me suis aperçu que ces blogueurs étaient souvent plus stylés que les gens qu'ils venaient prendre en photo. Parfois c'est surprenant. T'es là en train de chercher à faire ta photo et d'un coup quelqu'un va venir et faire un selfie avec la personne que t'es en train de photographier, jusqu'à ce que tu te rendes compte que c'est un truc hyper normal et que ça ne choque personne.

Le contraste entre les deux événements – à cause de leur localisation géographique et du style des créateurs – était flagrant. L'atelier Jean-Paul Gaultier, où avait lieu le défilé, se trouve entre Strasbourg – Saint-Denis et Arts et Métiers, tandis que le défilé Valentino était organisé dans un hôtel particulier luxueux du 8 e arrondissement, à côté de la place de l'Étoile. J'ai passé environ deux heures lors de chacun des événements. Devant, c'était l'attente. Tout le monde était posté dans son coin en espérant que quelque chose se passe. Tu sentais qu'il y avait tout un tas de rumeurs qui circulaient, jusqu'à ce qu'arrive ce que les paparazzis appellent une « cible potentielle », c'est-à-dire une célébrité, et là c'était du grand délire, tous les photographes se ruaient dessus.

Le mec en orange a l'air d'être un habitué des défilés. Toutes les fois où je l'ai vu, il se postait devant avec des tenues hyper originales et prenait plaisir à être photographié. C'est une sorte de personnage. Il se lançait dans de grandes tirades et interagissait avec les gens à l'entrée. T'as l'impression que c'est le genre de gars qui veut se faire remarquer à tout prix, du coup il a un côté fouteur de merde tout en ayant l'air de parfaitement connaître tous les codes de la mode. On dirait qu'il est à la fois fasciné et dégoûté par tout ça. Comme s'il venait voir le spectacle tout en voulant y prendre part.

Je ne dirais pas que j'ai ressenti une forme de ségrégation sociale entre les privilégiés de l'intérieur et les badauds du dehors, mais il est clair que l'on assiste à la confrontation de deux mondes : celui des ultra-protégés qui arrivent avec leur chauffeur et repartent aussitôt, et tous les autres. Les seconds sont essentiels au succès des premiers. Du coup c'est aussi un moment de partage : les personnalités n'ont pas d'autre choix que de jouer le jeu. Les élans d'émotions qu'elles déclenchent de la part du public doivent les faire halluciner, car en effet, il y a quelque chose de grotesque dans tout ça.

Je tiens à revenir sur l'ambiance devant ces défilés, qui est vraiment folle. Lorsque la moindre personnalité apparaît, ça déclenche une espèce de folie générale, et tout le monde se laisse porter par la vague. Le plus saisissant, c'est voir à quel point son instinct de survie est mis à l'épreuve dans ces moments. Tout le monde est là pour une chose commune, mais finalement chacun essaie de se faire sa place, souvent au prix de grosses bousculades. Si tu veux ta photo, tu dois vraiment te donner les moyens, parce qu'autour il y a un paquet de gars qui mitraillent.

Je pense continuer la série lors des saisons à venir. Ce qui m'intéresse, c'est la façon dont chacun vit ce genre d'événement. Il y a dans la mode une excentricité assumée qui rend tous les sujets atypiques et intéressants. Chacun veut attirer l'attention sur soi. Moi ce qui m'intéresse, c'est le défilé qui s'opère dans la rue, qui est là, à la portée de tous.

Pour plus de photos de Iorgis, allez voir son site.