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Culture

Les maîtres de l’horreur nous ont parlé des trucs qui leur font peur

Nos idoles John Carpenter, Wes Craven et Tom Savini sont des gens aussi flippés que vous.
5.11.14

Les réalisateurs de films d'horreur nous ont fourni assez de matière pour que nos nuits soient peuplées de cauchemars où se côtoieraient des tueurs assoiffés de revanche, des extraterrestres en putréfaction et des clowns cannibales. Mais si le cerveau tordu de ces cinéastes peut accoucher de telles idées, qu'est-ce qui peut bien les effrayer ?

J'ai discuté avec quelques-uns de ces maîtres de l'horreur et des acteurs qu'ils avaient dirigés, et je leur ai demandé quelle était la chose la plus terrifiante qui leur était jamais arrivée.

Illustrations : Nick Gazin

WES CRAVEN
Les Griffes de la nuit, Scream, La colline a des yeux
Il y a un an et demi, ma femme et moi passions la nuit dans un hôtel vieux d'une centaine d'années, quelque part dans le nord de l'Écosse. Quand nous sommes arrivés, on nous a dit que le lieu était hanté. À vrai dire, je n'ai jamais vécu d'expérience surnaturelle et j'ai tendance à ne croire que ce que je vois. Le propriétaire de l'hôtel nous a guidés dans une magnifique galerie qui menait au hall d'entrée, laquelle était connectée à une immense salle à manger. Il s'est arrêté et nous a expliqué qu'un miroir géant avait dû être retiré du restaurant. Selon lui, certains clients avaient déclaré avoir vu des reflets dans le miroir, alors qu'ils étaient seuls dans la pièce. Comme tout être normalement constitué, je me suis dit : Mais bien sûr ! - et j'ai rigolé dans ma barbe.

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Dans notre chambre, il y avait une immense cheminée avec un foyer ouvert, noirci par des années de suie. Elle était juste au pied de notre lit. Elle ne fonctionnait pas et je n'y ai pas vraiment prêté attention. Mais pendant la nuit, j'ai rêvé que je regardais cette cheminée et qu'elle était devenue immense. Une femme fantomatique en est sortie, vêtue d'une longue robe de chambre. Elle a regardé autour d'elle avant de m'observer. Puis elle a ouvert les bras et s'est précipitée sur moi. Je me suis réveillé en hurlant.

JOHN CARPENTER
Halloween, The Thing, Invasion Los Angeles
J'ai vécu beaucoup de choses effrayantes dans ma vie, surtout quand j'étais jeune. À l'époque, j'avais quasiment peur de tout. Plus récemment, j'ai rendu visite à mon père dans le Kentucky et j'ai souffert d'un décollement de rétine à l'œil droit. J'ai demandé à l'ophtalmo si je pouvais retourner à Los Angeles. Il m'a expliqué que ma rétine risquait de se détacher pendant le vol et que j'avais besoin d'être opéré immédiatement. Avant mon opération, qui s'est déroulée deux jours plus tard, j'avais vraiment peur de devenir aveugle. Ma vue, c'est ma carrière, ma vie. Jusqu'à récemment, un détachement de rétine signifiait cécité. Je pensais que j'étais foutu. L'opération a été une réussite même s'il y a eu quelques complications. La peur s'est calmée. Aujourd'hui, je peux voir.

FRANK HENENLOTTER
Frère de sang, Frankenhooker, Elmer le remue-méninges
Annie, la comédie musicale de Broadway - ça, c'est vraiment terrifiant. Ilze Balodis, une de mes meilleures amies (qui joue dans Frère de sang), travaillait à l'American Academy of Dramatic Arts. L'école avait toujours des tickets pour des avant-premières de spectacles à Broadway. En 1977, nous sommes allés au Alvin Theatre pour voir Annie, trois jours avant la représentation officielle. Ça m'a vraiment terrifié. On y voyait des enfants-acteurs gâtés qui tentaient d'émouvoir la salle en jouant les orphelins, Dorothy Loudon qui cabotinait encore plus - et bien entendu, la chanson « Tomorrow » (que je trouve atroce) était braillée toutes les 45 secondes. J'ai dit à tout le monde que je savais que le spectacle ne tiendrait pas une semaine. Et finalement, c'est devenu un énorme succès. Ça a même donné naissance à un film réalisé par John Huston, dont un remake est prévu pour décembre. L'horreur continue.

CLIVE BARKER
Hellraiser, Cabal, Candyman
Honnêtement, je n'ai jamais eu aussi peur que lorsque j'étais dans le coma. Être plongé dans l'obscurité, se réveiller avec un tube respiratoire dans la gorge - tout ça dans un lieu cauchemardesque, entouré d'inconnus. C'était terrifiant. C'était la pire expérience de ma vie, sans aucun doute. Et je parle d'horreur bien sûr, pas de chagrin. Perdre mes parents et des proches, c'est bien pire qu'un coma. Mais s'il faut parler d'horreur au sens strict du terme, je pense pouvoir affirmer que le coma était ma pire expérience.

HEATHER LANGENKAMP
Les Griffes de la nuit, Freddy sort de la nuit
Un week-end, je me suis retrouvée toute seule dans la petite ferme de mon père, perdue au beau milieu de l'Oklahoma. A l'époque, je pensais que j'allais apprécier la tranquillité de la campagne. Je pensais que ça ne me poserait aucun problème de rester toute seule dans une petite cabane. Mais quand la nuit tombait, chaque son se transformait en crissement d'ongles de Freddy, chaque insecte et raton laveur semblait sortir des ténèbres pour m'effrayer. Même le vent semblait comploter contre moi - j'entendais des voix terrifiantes. J'ai réalisé que mon imagination rejouait tous les films d'horreur que j'avais regardés. J'ai passé la nuit à être complètement paniquée et je suis restée éveillée jusqu'au petit matin, avec la télé allumée.

TONY TODD
Candyman, La Nuit des morts-vivants, Wishmaster
Il n'y a rien de plus terrifiant que de voir un homme de paix se faire assassiner. Soudain, tout autour de moi, la ville était en feu et les gens manifestaient après l'assassinat de Martin Luther King. J'étais en cinquième et j'étais élevé par une femme célibataire, ma tante, qui refusait de me laisser sortir dans les rues pour manifester. Je voulais faire entendre ma voix. Je suis un enfant des années 1960, j'ai donc vécu l'assassinat du Président Kennedy, de Robert Kennedy et de Martin Luther King. J'avais l'impression que tous ceux qui avaient promis de nous mener vers une meilleure existence étaient assassinés. Qu'est-ce-qu'il y a de plus terrible que de voir l'inexplicable arriver à un grand homme, sans rien pouvoir y faire ?

LINNEA QUIGLEY
La Nuit des morts-vivants; Hollywood Chainsaw Hookers, Douce nuit, sanglante nuit
Quand j'avais 14 ou 15 ans, je suis partie en vacances avec ma famille, à Acapulco. Après avoir visité notre maison de location, ma mère est restée dans le jardin pendant que mon père et moi allions au magasin. Heureusement, mon père avait oublié son portefeuille et nous sommes retournés chez nous. Nous avons trouvé deux hommes immenses dans le jardin qui s'apprêtaient à rentrer dans la maison. Avant que nous puissions faire quoi que ce soit, un homme qui tenait une machette m'a attrapée et dans un accès de fureur, je l'ai frappé de toute mes forces et il nous a laissés partir. C'était sans doute prophétique, vu que j'étais en bikini à ce moment là.

TOM SAVINI
Zombie, Une nuit en enfer, Vendredi 13
J'ai vécu l'expérience la plus terrifiante de ma vie quand j'étais photographe de guerre au Vietnam. Mon corps tremblait et mon esprit était ciblé sur une seule chose - je me demandais si quelqu'un allait surgir de la forêt qui se trouvait devant moi. Et je savais que si c'était le cas, cette personne voudrait me tuer. C'était terrifiant. Quand une attaque vient d'avoir lieu et qu'on sait que des soldats sont quelque part, et il fait sombre, très sombre…  jusqu'à ce que les nuages se déplacent et que la lune éclaire votre position. Pensez à ce genre de peur. Dans un cinéma, vous vous identifiez à une personne. Vous vivez l'aventure du point de vue de, disons de Père Merrin dans L'Exorciste, et ça vous effraie complètement. Mais au fond de vous, vous savez que vous êtes assis, en sécurité dans le cinéma. Imaginez que vous savez  que vous n'êtes pas en sécurité. Vous avez peur de vous faire tirer dessus ou d'exploser en morceaux… C'est la chose la plus effrayante qui soit.

R. A. MIHAILOFF
Leatherface, Massacre à la tronçonneuse 3
Je suis le genre de type que personne n'a envie de croiser dans une ruelle sombre. Mais honnêtement, je n'arrive pas à trouver quelque chose de profondément terrifiant qui me soit arrivé dans ma vie. La seule chose qui m'effraie, c'est la mort. Je suis absolument terrifié par la mort. Surtout parce que je suis athée et que je pense que lorsque l'on meurt, les lumières s'éteignent. C'est tout. Comme dans la fin des Sopranos.J'adore ma vie et je m'amuse énormément. Je ne veux pas qu'elle se termine. La pensée de tout perdre me terrifie. J'aime être gros. J'aime être fort. J'aime être un homme. J'aime jouer dans des films.

ANGUS SCRIMM
Phantasm, Mindwarp, John Dies at the End
Il y a eu un manque de vampires, de fantômes et de bêtes aux longues pattes dans ma vie. Je n'ai jamais mis les pieds dans une maison hantée. Rien de ce qui touche à l'horreur ne m'a jamais effrayé. Je ne fais pas vraiment de cauchemar, et quand ça arrive, je rêve d'événements de la vie de tous les jours - un proche qui tombe malade, par exemple. Dans mes rêves, je voyage souvent, je suis sur le chemin du retour et je suis impatient de retrouver les êtres qui me sont chers. Tous ceux que j'ai déjà aimés sont dans mes rêves. En revanche, j'ai souvent rêvé d'une ville pauvre et déserte. Je marche à l'intérieur en me demandant comment elle a pu en arriver là. Je me sens seul et je suis seulement capable de voir quelques formes au loin.

MICHAEL BERRYMAN
La colline a des yeux, Une créature de rêve, Teenage Exorcist
Il y a longtemps, j'étais scout. J'ai aussi travaillé en tant que chauffeur bénévole et obtenu un diplôme des premiers secours délivré par la Croix-Rouge. J'aime bien aider les autres, c'est comme ça.

Vers le milieu des années 1970, je me baladais souvent en moto. J'avais une magnifique Norton Commando 750, une belle moto puissante. Je traversais la côte depuis San Luis Obispo et je suis arrivé à Santa Barbara. J'ai remarqué qu'il y avait eu un accident et qu'un van Volkswagen cabossé était rangé sur le côté. J'ai garé ma moto, avant de réaliser que trois personnes avaient été éjectées du van.

J'ai su immédiatement ce que je devais faire. J'ai arrêté la circulation et demandé aux gens de sortir de leur voiture. Je leur ai montré comment tenir la tête du chauffeur, parce qu'il avait du mal à respirer. Je leur ai dit : « Si vous remarquez quoi que ce soit d'étrange, appelez-moi et je vous dirais quoi faire. L'ambulance est en chemin. » Je suis allé voir une des autres victimes, un homme semi-conscient. À côté de lui, il y avait une grosse marmite. Elle était remplie de spaghettis !

Sur l'autre file de circulation, il y avait quelque chose qui ressemblait à une pile de couvertures. Mais il y avait une femme à l'intérieur, gravement touchée à la tête. Une grande partie de son crâne était partie. Elle souffrait énormément. Alors que j'appliquais une pression sur sa blessure, j'ai levé les yeux et vu une BMW avec un type en costume qui zigzaguait à travers la circulation. Il avait l'air très pressé, et il ne savait pas qu'il y avait quelqu'un dans la pile de couvertures. Alors qu'il était sur le point de rouler dessus, j'ai sauté devant sa voiture et il m'a klaxonné pour que je m'écarte de son chemin. Je lui ai dit, « S'il vous plaît, arrêtez-vous ! Venez nous aider ! » Il a de nouveau klaxonné et sorti la tête de sa voiture en disant, « Écartez-vous de mon putain de chemin ! ». Il a continué de rouler et heurté mes jambes avec son pare-chocs. J'ai sauté sur le capot de sa BMW, j'ai attrapé ses essuie-glaces et j'ai commencé à frapper son pare-brise jusqu'à ce que je le casse avec mon poing. Au moins, il a enfin arrêté la voiture.

 À ce moment-là, un officier de police est arrivé. Le type dans la BMW a crié, « Arrêtez cet homme. Il a cassé mon pare-brise ! » J'ai répliqué : « Ce type s'apprêtait à rouler sur une personne blessée. » Il est sorti de sa voiture, visiblement remonté, mais le policier l'a attrapé par la cravate et la ceinture, l'a fait tournoyer, avant de lui passer les menottes. Le type a fini par la fermer. J'ai pansé les plaies des victimes jusqu'à ce que les médecins arrivent. Plus tard, je suis allé au restaurant situé juste en face pour remplir un rapport, et un policier a tendu 20 dollars à la serveuse en disant : « Servez à cet homme tout ce qu'il veut - on paie la note . » J'ai dit : « OK, très bien. Je vais prendre un dessert. J'aime la tarte. »

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