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Griselda Blanco : la vie et la mort d'une marraine de la cocaïne

Griselda Blanco (aussi connue sous les noms suivants : La Madrina, Godmother, la Veuve Noire, Cocaine Cowgirl ou encore La Queenpin) a été abattue devant une boucherie de la ville de Medellín, en Colombie.

Griselda Blanco (aussi connue sous les noms suivants : La Madrina, Godmother, la Veuve Noire, Cocaine Cowgirl ou encore La Queenpin) a été abattue devant une boucherie de la ville de Medellín, en Colombie. C'était au début du mois, le lundi 3 septembre, il était 15h, au moment où deux hommes en moto lui ont tiré deux balles dans la tête. Que la vieille dame se soit faite descendre alors qu'elle faisait tranquillement ses courses n'est probablement pas sans rapport avec sa responsabilité dans la mort de plusieurs centaines de personnes au cours des années 1970 et 80. Car la Godmother, qui gérait une juteuse filière de trafic de cocaïne entre la Colombie et les États-Unis, aurait été à l'origine plus de 200 assassinats en Colombie, en Floride, à New York et en Californie. Liste de victimes de la firme de Griselda Blanco, dressée par la police du comté de Miami-Dade. Pendant des années, elle était connue de la police et des médias comme la pionnière de l'assassinat en engin motorisé : elle l'aurait même importé en Floride, où cette pratique est devenue monnaie courante. Toujours selon la police, elle serait à elle seule responsable du triste titre de « capitale américaine du meurtre » attribué à Miami dans les années 1980. De sinistres exploits racontés dans deux documentaires que j'ai moi-même réalisés il y a quelques années : Cocaine Cowboys (2006) et Cocaine Cowboys II : Hustling with the Godmother (2008) – films que vous pouvez acheter en cliquant sur les liens, si ça vous dit. Née dans les zones pauvres des montagnes de Medellín – tout comme Pablo Escobar, son ami d'enfance – elle grandit pendant la Violencia, la terrible guerre civile. Et elle ne perd pas de temps pour verser dans la violence à son tour. Selon la légende, elle aurait enlevé un jeune garçon à l'âge de 11 ans, avant de le tuer quand ses parents lui certifièrent qu'ils ne paieraient pas la rançon. Plus tard elle a barboté dans la prostitution et la contrefaçon avant de connaître plusieurs « échecs » matrimoniaux. Son sobriquet de « Veuve noire » lui vient d'avoir assassiné la plupart de ses époux, face à face ou indirectement. Ce sont pourtant ces mêmes relations, ainsi que son fameux caractère de chien – et ses liens étroits et anciens avec Escobar – qui lui ont permis de se faire une place dans le milieu de la cocaïne, pourtant dominé par des hommes. Miami News, 21 juin 1972 Miami News, 30 juin 1973 Blanco a su utiliser sa connaissance des femmes à bon escient. Elle a ainsi ouvert une usine de sous-vêtements en Colombie. Elle y fabriquait des soutien-gorges dotés de compartiments secrets pour que les « mules » puissent introduire la cocaïne sur le territoire américain en passant par les lignes aériennes ordinaires.   Miami News, 4 juin 1976 Au milieu des années 1970, elle s'était établie dans le Queens à New York, avec une solide réputation dans le milieu des trafiquants. Elle aurait ainsi été derrière l'affaire des six kilos de coke pure retrouvés à bord du Tall Ship Gloria, un navire envoyé en rade de New York par le gouvernement colombien pour commémorer le bicentenaire des États-Unis, en 1976. Une jolie métaphore de la Colombian cocaïne invasion à venir. En 1975, Blanco s'est retrouvée parmi les accusés dans ce qui fut la première grande offensive du gouvernement américain contre les trafiquants de drogue. En cavale, elle a trouvé refuge à Miami où son chiffre d'affaire a explosé, faisant d'elle une milliardaire de la coke. De l'argent gagné sur une MONTAGNE de cadavres. La violence et l'insécurité était telles que les médias n'hésitaient pas à comparer le sud de la Floride au Chicago des années 1920. La Godmother n'hésitait pas à tuer ses adversaires (ou ses amis) en plein jour, au beau milieu de centres commerciaux bondés. Au point de faire assassiner un trafiquant rival à la baïonnette (vous avez bien lu) alors qu'il descendait d'avion à l'aéroport de Miami. C'était l'époque où un cadavre sur quatre dans les morgues de la ville portait des traces de balles. Et des cadavres, il y en avait tellement que les morgues manquaient de place, au point de devoir parfois louer des espaces réfrigérants supplémentaires, comme ce camion appartenant à un Burger King de Miami. Après le bain de sang des Cocaine Wars de Miami, Blanco est partie se réfugier en Californie où elle fut arrêtée par Bob Palumbo, un agent des stups floridien qui la poursuivait depuis plus de dix ans. Jorge « Rivi » Ayala Elle purge alors sa peine pour trafic dans une prison californienne. Pendant ce temps, à Miami, le sergent Al Singleton et son unité incorruptible, la CENTAC 26, menaient une course contre la montre pour monter un dossier de preuves accusant Blanco d'assassinat. Leur pièce la plus importante : le témoignage de Jorge « Rivi » Ayala, un tueur à gages d'origine colombienne, charmeur et beau-parleur, qui fut un temps le porte-flingue favori de Griselda. Selon les dires de Singleton, « Griselda était notre John Gotti, et Rivi allait être notre Sammy Gravano ». De son côté, Blanco était en train d'élaborer un plan d'évasion. Son idée : faire enlever le fils de John F. Kennedy à Manhattan, et l'échanger contre sa propre libération.
En 1994, avant même d'avoir pu mettre son plan à exécution, Singleton est venu à sa rencontre au pénitencier, à la tête d'un petit convoi. Elle a dû penser qu'ils étaient des services de l'immigration parce qu'elle a attendu d'avoir pris place dans une des voitures avant de leur demander où ils allaient. Les agents lui ont alors expliqué qu'ils l'extradaient vers le comté de Miami-Dade, où elle était accusée de trois assassinats, encourant la peine de mort pour chacun. Elle vomit dans la voiture. Retournement de situation. Rivi, l'ancien ami devenu mouchard, allait tout faire capoter. Trop irrésistible, même pour les secrétaires du bureau du procureur de Miami, il fut impliqué dans un scandale de sexe téléphonique qui fut à ce point embarrassant que la juge Katherine Fernandez Rundle décida de couper court en proposant une négociation de peine à la Godmother. Quant à ce pauvre Rivi, il allait écoper plus tard de trois peines de prison à perpétuité. En 1998, Blanco réussit à obtenir 20 ans de prison en plaidant coupable pour trois homicides sans préméditation. Tandis qu'elle purgeait sa peine, deux de ses fils furent assassinés en Colombie. En 2004, elle était libre.   À sa sortie de prison, elle fut déportée vers son pays d'origine. Elle s'installa discrètement dans une jolie maison du quartier de Medellín, l'équivalent de Monaco en Colombie, où les résidents vivent en communauté fermée et sous la protection constante d'hommes armés. Son passé a bien fini par la rattraper, mais l'histoire de Blanco est malgré tout celle d'une extraordinaire rescapée. Vétéran des Cocaine Wars, elle a échappé aux autorités américaines pendant des années, purgé une peine ridicule, survécu à la fin de Pablo Escobar et des cartels, avant de mourir, finalement, en femme libre. Enfin, aussi libre qu'une femme comme Griselda Blanco pouvait espérer l'être. Elle laisse derrière elle deux fils. Le premier, Dixon Trujillo, vivrait en Colombie. Le second,  Michael Corleone Sepulveda, habitait à Miami avant d'être arrêté à son tour pour trafic de cocaïne. Elle laisse aussi derrière elle des centaines, voire des milliers de proches de personnes assassinés, dont la rancœur d'au moins l'un d'entre eux a culminé il y a peu devant une boucherie de Medellín.