













En 1994, avant même d'avoir pu mettre son plan à exécution, Singleton est venu à sa rencontre au pénitencier, à la tête d'un petit convoi. Elle a dû penser qu'ils étaient des services de l'immigration parce qu'elle a attendu d'avoir pris place dans une des voitures avant de leur demander où ils allaient. Les agents lui ont alors expliqué qu'ils l'extradaient vers le comté de Miami-Dade, où elle était accusée de trois assassinats, encourant la peine de mort pour chacun. Elle vomit dans la voiture. Retournement de situation. Rivi, l'ancien ami devenu mouchard, allait tout faire capoter. Trop irrésistible, même pour les secrétaires du bureau du procureur de Miami, il fut impliqué dans un scandale de sexe téléphonique qui fut à ce point embarrassant que la juge Katherine Fernandez Rundle décida de couper court en proposant une négociation de peine à la Godmother. Quant à ce pauvre Rivi, il allait écoper plus tard de trois peines de prison à perpétuité. En 1998, Blanco réussit à obtenir 20 ans de prison en plaidant coupable pour trois homicides sans préméditation. Tandis qu'elle purgeait sa peine, deux de ses fils furent assassinés en Colombie. En 2004, elle était libre. À sa sortie de prison, elle fut déportée vers son pays d'origine. Elle s'installa discrètement dans une jolie maison du quartier de Medellín, l'équivalent de Monaco en Colombie, où les résidents vivent en communauté fermée et sous la protection constante d'hommes armés. Son passé a bien fini par la rattraper, mais l'histoire de Blanco est malgré tout celle d'une extraordinaire rescapée. Vétéran des Cocaine Wars, elle a échappé aux autorités américaines pendant des années, purgé une peine ridicule, survécu à la fin de Pablo Escobar et des cartels, avant de mourir, finalement, en femme libre. Enfin, aussi libre qu'une femme comme Griselda Blanco pouvait espérer l'être. Elle laisse derrière elle deux fils. Le premier, Dixon Trujillo, vivrait en Colombie. Le second, Michael Corleone Sepulveda, habitait à Miami avant d'être arrêté à son tour pour trafic de cocaïne. Elle laisse aussi derrière elle des centaines, voire des milliers de proches de personnes assassinés, dont la rancœur d'au moins l'un d'entre eux a culminé il y a peu devant une boucherie de Medellín.