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Musique

L’homme qui murmurait à l'oreille des champignons

En 1980, Václav Hálek entend pour la première fois un champignon chanter.
3.11.11

En 1980, Václav Hálek entend pour la première fois un champignon chanter. Depuis, l'homme de 70 ans est constamment à leur écoute et retranscrit leur musique sur des tas de partitions pour orchestres symphoniques. Il possède aujourd'hui près de 5 000 « chansons champignons » et en ajoute tous les jours une nouvelle – surtout si c'est la saison de cueillette. Je respecte ce type parce que la possibilité d'un champignon qui chante me remplit d'humilité et m'émerveille.

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VICE: Comment ça se fait que tu puisses entendre les champignons ?
Václav Hálek :À la fin des années 1970, je suis parti à Prague avec un mycologiste [spécialiste de l'étude des moisissures] pour photographier et documenter les champignons sauvages. Un jour on a trouvé un champignon appelé Zvonecek sadni et il m'a demandé de jeter un œil à travers l'objectif. Quand je l'ai fait, j'ai entendu sa musique, c'était une véritable symphonie. Ça a commencé avec des cordes pincées, puis je me souviens d'un bruit de flûte.

T'as flippé ?
Non, j'ai couru pour prendre mon carnet et j'ai noté tout ce que j'entendais. Je savais que ce que je venais de découvrir était unique. Plus tard dans la journée, on a trouvé un autre champignon. C'était un houzevnatec, et à nouveau la musique a commencé. J'ai eu des visions du cosmos interminable, comme celui que tu peux voir dans les photos prises avec un télescope spatial Hubble. Quand je suis rentré chez moi, j'ai réalisé que je voulais composer toute une symphonie sur les gens, le cosmos, la nature, et les champignons sauvages. Je l'ai fait.

Je ne suis pas sûr de comprendre le rapport entre les champignons et tes compositions. Tu penses que les champignons sont des entités conscientes et chantantes ?
Ils ont la même capacité à la communication non verbale que, disons, les fleurs, les animaux, ou les arbres.

Ah, d'accord.
À chaque fois que j'établis une connexion avec un champignon, je ressens deux sentiments. Le premier est que le champignon est content que je l'ai remarqué et veut donc me montrer ce qu'il est et la raison pour laquelle il fait partie de ce monde. Ensuite une composition en émane. Parfois, je lui fais un clin d'œil quand j'entends la musique.

Est-ce qu'il existe des langages particuliers selon les champignons ?
Non. Mais j'ai déjà remarqué des choses bizarres. Quand j'ai musicalisé un groupe–composé de trois ou quatre spécimens–, j'ai l'impression qu'ils se déplacent ensemble. C'est un peu comme s'ils dansaient, comme s'ils étaient à un bal.

Et les différentes sortes de champignons jouent des mélodies différentes ?
Oui, c'est subtil, mais je compose comme ça depuis 20 ans. Je connais leurs chansons et je peux reconnaître certaines caractéristiques.

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Donc les champignons ont des caractéristiques raciales différentes ?
Ça, je ne sais pas. Je le vois différemment. Chaque type de champignon a probablement une mission spécifique, mais il a aussi son propre secret. Il n'y a rien sur cette Terre qui n'en ait pas. À chaque fois que j'écris, je « touche », d'une certaine manière, leur secret.

Combien de compositions as-tu rassemblées ?
Depuis mes débuts, j'ai fait presque 2 000 sortes de champignons. Pour certaines d'entre elles, j'ai 20 compositions, pour d'autres seulement une. Le lepista saeva par exemple, il a plus de 60 chansons, parce qu'il continue de grandir durant très longtemps. En tout, j'ai environ 4 500 chansons pour violon, 200 pour alto, 200 pour violoncelle, et il y en a plein pour des duos.

Et les gens ne se moquent pas de toi ?
Non, pas du tout. La plupart du temps ils viennent me voir pour me dire que ma musique les calme.

Cette année, t'as enregistré une chanson pour le Pape, c'est ça ? C'était un genre de message saint de la part des champignons destiné au Pape ?
Non. Il s'agissait de compositions basées sur la voix du pape. Je ne suis toujours pas sûr qu'il les ait entendues, mais un de mes amis, un évêque, a promis qu'il allait les lui donner.

Si j'étais le Pape, j'aurais hyper envie d'entendre un duo entre moi et des champignons. C'est quand le meilleur moment pour composer ?
Tôt le matin. Je n'arrive plus vraiment à dormir, donc je me lève et je prie. Puis je sors quelques champignons que j'ai trouvés et je prie encore plus fort, de reconnaissance. Je pense que si une personne est capable de montrer de la reconnaissance, elle a plus de chance d'être émerveillée par un truc. C'est ce que j'essaie de faire. J'essaie de recréer ce sentiment d'émerveillement. Comme quand un gamin voit l'océan pour la première fois. C'est comme une révélation. Et maintenant j'essaie de retrouver cette révélation à travers mon art. À chaque fois que je compose, c'est une petite révélation de Dieu.